Ressortissants & Refugies Congolais au Burundi: La Communauté Internationale Faillira-t-elle en sa Mission?

Uvira et Bujumbura sont deux villes proches de ces deux pays de la région de grands lacs même si elles sont au différent niveau de développement. La première est dans l’Est du Congo au Sud-Kivu; alors que la seconde est la capitale du Burundi. Ces deux villes connaissent d’échanges en termes des personnes et biens. Particulièrement, les personnes congolaises vivent en grand nombre dans différents quartiers de la ville de Bujumbura. Toutefois, cette dernière connait une crise des manifestations liée au 3e mandat présidentiel de Pierre Nkurunziza. Cette crise prend d’ampleur qui pourra dans le bref délai dépasser les limites des mandats et embarquer dans la direction de clivage ethnique. Les déclarations politiques et injonctions sous régionales prouvent à suffisance que la crise pourra avoir d’effets inattendus.

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La crise socio-politique Burundaise date de longtemps comme celle de l’Est du Congo. Ces crises ont eu des formes et dimensions multiples au point que le déversement d’une crise dans l’un de ces pays reste son voisin. C’est dans ce sens que les refugies Burundais ou Congolais peuvent se retrouvent de l’autre côté de la frontière. Cet article met l’accent sur les refugies car étant un groupe à qui les circonstances ont imposé de chercher un abri dans un pays voisin même si ce dernier n’était pas assez stable.

Ils sont nombreux, des congolais refugiés au Burundi depuis les années 90. Ils forment un groupe hétérogène car provenant des différentes communautés ethniques de l’Est du Congo, et surtout celles de la Région d’Uvira, ses moyens et hauts-plateaux. Ils ont traversé la frontière, non pas pour s’amuser car la capitale Burundaise se trouvant sur le bord du lac Tanganyika est presque embellie par rapport aux cités de la plaine de la Rusizi ou Uvira centre. Ils ne sont non plus en voyage de pèlerinage même si le pays de Rwagasore a aussi, comme l’est le nôtre, un nombre impressionnant des croyants.

Les refugies Congolais au Burundi sont à la recherche de l’abri et de la protection auprès de la communauté internationale comme le prévoit les conventions de Genève. Ils sont en gros victimes et rescapés d’atrocités qu’a connues l’Est du Congo durant les dernières décennies. Ces atrocités sont souvent liées aux manipulations ethniques, qui ont été de plus en plus politisées. De surcroit, les interventions/invasions régionales dans l’Est de la RDC ont fait pas mal des victimes et des déplacés dans les pays limitrophes du Zaïre. Ces refugies ont fait le choix du Burundi pas parce que ce pays était stable, mais plutôt car les choix étaient peut être limités. L’expérience de ce pays est riche en termes de dégâts qui sont liés aux conflits ethniques.

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Depuis quelques années, le Burundi a semblé aller dans la bonne direction. Les accords d’Arusha, bien qu’ayant différemment été interprétés, avait plutôt donné l’espoir comme quoi la stabilité est possible malgré l’ethnisation de la politique dans ce pays. Comme les malheurs africains ne se reposent pas, voilà ce petit pays entré dans la crise de mandat présidentiel. Personnellement, je soutiens que le respect de la constitution doit s’orienter dans le sens de l’intérêt public et non individuel. Les injonctions à caractère hégémonique doivent avoir aussi des limites car les donneurs des leçons ont été nombreux dans le temps et leurs issues n’ont pas abouti aux solutions voulues.

Cet article ne vise pas l’interprétation de la constitution Burundaise, au contraire, il s’agit d’un cri d’alarme en faveur de ces réfugiés et ressortissants congolais établis dans ce pays. Ils sont en nombre très élevé, allant à des dizaines de milliers. Ces refugies sont au moins 50 000 personnes. Ils se situent dans les camps de réfugiés de Musasa et Gasorwe dans la Province de Muyinga et Bwagiriza dans Ruyigi. Ils sont d’enfants, femmes et hommes sans espoir qui sont coincés depuis ces dernières décennies. Ils ont presque tout abandonné dans leur pays d’origine dans le seul souci de la survie, croyant qu’un jour ils vont rentrer et retrouver la dignité dans cette patrie mère qui ralentit aussi à se stabiliser, le Congo. Ils restent plus vulnérables par rapport aux conséquences de la crise politique-électorale que connait le Burundi. Cette vulnérabilité des refugiés devient de plus en plus inquiétante quand tout semble, dans ce pays à 90% chrétien, est revenu à la case de départ des années 90.

Massacre de Banyamulenge a gatumba
Massacre de Banyamulenge a gatumba

L’inquiétude reste fondée car l’expérience du passé montre clairement que certains d’entre ces refugiées ont été massacrés dans les camps qui étaient sous protection du Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) ; une situation presque unique dans la région des grands lacs d’Afrique. En dépit de flagrance des preuves d’implications dans ces massacres ciblant les groupes ethniques ainsi que l’existence des rapports non publiés, la communauté internationale et le Burundi en particulier n’ont pas encore rendu justice aux victimes innombrables de ces faits macabres. Deux points à relever à ce niveau, il y a d’une part l’incapacité de protéger mais aussi de rendre justice, d’autre part. La liaison de ces deux aspects reste aussi discutable dans le fonds car les possibilités et capacités de le faire semblent ne pas faire défaut. Alors, quel est le problème dans le fonds ?

Dans le même ordre d’idée, il sied de souligner que la responsabilité de l’Etat et des autorités congolais sont à analyser minutieusement. Indépendamment de l’instabilité que connaissaient l’Est du Zaïre, certains de ces réfugiés craignant pour leur protection dans le temps, auraient décidé de rentrer au pays. La suite a été qu’ils en ont implicitement été empêché, alors qu’ils étaient à la frontière. La volonté de l’autorité congolaise est aussi à considérer dans le cadre d’efforts fournis par celle-ci pour stabiliser les contrées d’où proviennent ces paisibles citoyens afin qu’ils puissent revenir en paix.

Mais d’autre part, il est aussi à entreprendre dans la logique d’efforts fournis ces derniers jours par rapport à la crise que traverse le Burundi. Alors que d’autres pays se précipitent pour se rassurer de la sécurité de leurs ressortissants à Bujumbura et Burundi en général, l’intervention de l’autorité congolaise devait se faire remarquer au plus tôt. Au même moment, ceux-là qui en ont les possibilités peuvent traverser les frontières, donc les autorités congolaises devraient penser à des mécanismes d’accueil de ces concitoyens. Toutefois, il apparait que ces efforts restent à renforcer si pas à entreprendre.

Se basant sur l’analyse faite en haut, l’expérience du passé, les conditions et la vulnérabilité des congolais au Burundi, refugies ou autres ressortissants, leur avenir est aussi inquiétant et le bloggeur recommande :

  • La responsabilité de l’Etat Burundais et de ses forces de sécurité doit être interpellée dans le souci de mieux remplir leurs missions de protéger tout ressortissant etranger qui est sur ce territoire ;
  • La communauté internationale, les institutions des Nations Unies et le HCR en particulier doivent ménager tous les efforts pour éviter que de bains de sang coulent dans les camps de réfugiés car ces derniers ne sont pas vraiment concernés par ces mandats présidentiels ;
  • Les parties en confrontation dans la crise actuelle du Burundi doivent cesser tout amalgame liée à l’éthnisation qui impliquerait les ressortissants étrangers et congolais en particulier;
  • L’état congolais et ses autorités doivent se rassurer que les mesures sont prises pour sécuriser ses ressortissants vivant au Burundi et que les conditions d’accueil sont mis en place pour ceux-là qui auront la chance d’échapper;
  • Les manœuvres qui tendent à victimiser certains groupes vulnérables afin de trouver d’alibi doivent aussi cesser.

Ntanyoma R. Delphin

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