Phénomène Ne Muanda Nsemi & Crises Répétitives : Connection entre Religion, Manipulation & Frustrations ?

Seul l’esprit mortel de Léopold II peut difficilement convaincre?manipuler l’opinion congolaise par rapport aux crises en répétition qu’ait traversé notre pays depuis les années d’indépendance. Les attentes du peuple congolais qui ont suivi les vagues du multipartisme et de la démocratisation n’ont apparemment pas été atteintes à la hauteur de riches potentialités que regorge la République Démocratique du Congo (RDC). L’avènement de l’AFDL avait été saisi comme une occasion dont le peuple aurait cru au grand changement et au recouvrement de nos droits économiques et sociaux. Toutefois, la suite d’événements a été que, au lieu et place de vivre ces rêves, le pays a sombré dans les guerres en répétition ainsi qu’aux multiples défis dont notamment une gestion du denier public qui s’est moins améliorée.

Les crises de l’Est du Congo ainsi que l’implication de pays limitrophes ont accentué ce sentiment comme quoi le premier responsable du malheur congolais est le Rwanda. A tort ou à raison, la main invisible du Rwanda dans les insurrections répétitives dans cette partie du pays ferait croire que l’opinion aurait raison d’y voir tous les maux qui rongeaient ce grand pays, la RDC. Toutefois, il est raisonnable que notre responsabilité soit bien comprise dans le souci d’aller vers la recherche de solutions appropriées à nos crises répétitives. Profitant d’un vide et de frustrations dont connait le peuple, il est facile aux politiques de manipuler l’opinion que tout ce qui ne vas pas est à imputer aux dirigeants en les appelant simplement de « Rwandais ». Telle peut-être l’explication derrière le dossier d’actualité dans Kinshasa autour du Chef Spirituel de Bundu dia Mayala. Le secret est de coller à quelqu’un un qualificatif qui attirer la sympathie ainsi que le soutien du peuple ! Il en a malheureusement eu car il a su jouer aux émotionnels.

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Adeptes-“Milices” Bundu Dia Mayala en Rassemblement a la residence Ne Muanda Nsemi

Ne Muanda Nsemi, le chef spirituel de Bundu Dia Mayala/Kongo s’en prend au Chef de l’Etat Congolais ainsi qu’à quelques personnalités politiques qu’ils considèrent comme étant d’Etrangers sur base de discours haineux, divisionnistes et manipulateurs. Ces dernières semaines, sa secte religieuse enregistrée comme parti politique s’est transformée en une « milice » dans la ville de Kinshasa ayant pour visées la reconquête du pouvoir. Apres les événements qui ont endeuillé le Kongo Central en 2007-2008, Ne Muanda Nsemi s’est rapproché du pouvoir et est devenu un fervent défenseur de la transition. La raison est simple, il faudrait trouver une issu à la crise électorale et proposa 3 ans de transition suivant l’incapacité d’organiser les élections à temps opportun. Il était parmi les premiers dignitaires et notables qui avaient été reçu par le Président Joseph Kabila durant les consultations pré-dialogue quand sa position avait toujours été favorable à une transition dont certains de ses proches croient qu’il en mérita une récompense, nomination au sein du gouvernement. Par la suite, son parti politique?secte religieux participe timidement aux assises dites du dialogue de la Cité de l’Union Africaine qui conduisant à la formation du Gouvernement Samy Sadibanga. La question qui se pose est autour de promesses que le Chef Spirituel Ne Muanda avait obtenues durant toutes ces tractations.

Matezolo Papy, l’un de hauts cadres de BDM est nommé Vice-Ministre en charge des Infrastructures, Travaux Publics & Reconstruction, la goutte qui déborde la vase. Papy est le Vice-Président de BDM qui aurait présenté sa démission pour incompatibilité dont son chef interprétant comme une trahison en défaveur de son parti. Les accrochages commencent dans les Cités de Kimpese, Lukala ainsi que Songololo ; et le Chef Spirituel s’entoure d’un bouclier humain de ses adeptes à Kinshasa. Sur Treflexe/Macampagne, sa résidence est protégée par de centaines de ces adeptes qui ne vivaient que d’un pain et peut-être un repas du soir. Autour de deux cents hommes dont principalement les jeunes Bakongo, ne Muanda Nsemi est à mesure de proliférer de tels discours qui vont dans le sens de morcellement de ce pays sans se soucier de l’ordre public. Alors que députe national, il revient à ces discours tenues par la rue et détracteurs affirmant que l’autorité suprême du pays est un sujet étranger ! On assiste, en lisant dans les lignes de ses déclarations, une forme d’insurrection qui va au-delà de revendications sociales ou politiques. Il s’agit en quelque sorte d’un Mini-Etat qui fonctionnerait dans un autre. Toute personne soucieuse de la quiétude et de l’ordre dans un Etat moderne, démocratique soit-il, tolérait difficilement que tous les notables, députes, chefs spirituels ou chefs de partis politiques se créent de mini-Etats au sein de la capitale congolaise et surtout durant ces périodes de volatilités politiques.

C’est dans le cadre de prevenir cet incident majeur que le Vice-Premier Ministre de l’Intérieur et Sécurité a réuni les notables Ne Kongo dans son entièreté presque. Ces derniers se désolidarisent, comme le ferait toute personne responsable, du discours de Ne Muanda Nsemi. Nonobstant, l’honorable Clément Nzau, le Vice-Ministre des affaires étrangères Yves Kisombe ainsi que le Chef Coutumier Fumu Difima évoquent implicitement que le Peuple Ne Kongo a en quelque sorte de frustrations qui ne se règlent pas par la violence. Pour sa part, les cadres autour de l’homme influant au sein de la Majorité Présidentielle Kin Kiey Mulumba, en qualité du Président du Parti pour Action (PA) et de Kabila Désir n’hésitent pas de marteler un certain déséquilibre au sein de l’équipe Samy Badibanga dans lequel certaines parties du pays sont quasiment mis en l’écart. En termes claires, les responsables du PA ainsi que Kabila Désir déclarent avoir constaté « d’importants déséquilibres sociologiques et politiques ; des provinces du pays qui ne sont pas représentées ; de bases politiques et sociologique de Kabila absentes ; des territoires qui sont des circonscriptions électorales qui ont plus qu’il en faut et de très loin». L’interprétation prouve que les frustrations existent même au sein de la classe politique.

Ne me croyez pas, mais accepter de constituer un bouclier humain pour un individu, Chef Spirituel soit-il, revêt une forme de frustration à laquelle on ne tire pas dessus à la Kalachnikov ! Je me représente l’image et l’effort d’une telle décision d’un cadre au sein d’une grande compagnie de Télécommunication en train de faire la ronde chez le Chef Spirituel alors qu’il gagnerait de milliers de dollars à la fin du mois. Tous ne serons pas de cadres au sein de ces grandes compagnies mais accepte de passer 3 mois loin de sa famille ; passant approximativement 100 nuits en dehors avec ces voisins moustiques de Kinshasa, ne doit pas s’interpréter seulement comme un endoctrinement mais comme aussi un désespoir total jouerait un rôle déterminant. Il est possible que ce travail de trois mois ne soit que payer quotidiennement par ce #KangaJournée et un repas du soir dont ces centaines accepteraient volontiers alors que ce paiement ferait au total 2000 FC (1.45$). Le bloggeur tente de croire que ce choix à titre individuel n’est guidé que par l’absence d’alternatives. Bizarrement, il est fort possible que ce fonds utilisé pour s’entourer de tout un bouclier humain aurait provenu dans les caisses publiques d’une manière ou d’une autre. Les personnes interposées entre la mission d’Etat et son peuple ouvre de brèches pour laisser un vide exploitable à de fins manipulatrices car l’intervention directe d’Etat dans la vie journalière du citoyen se fait difficilement remarquer.

Dans le même ordre d’idée, nous assistons dernièrement au phénomène Kamuina Nsapu dans le grand Kasai dont les tenants et les aboutissants restent inconnus et imprévisibles. Ces jeunes mineurs s’exposent à des manipulations politiques au point qu’ils attaquent le Kananga car ils ne veulent pas voir premier ministre visiter ces contrées. La question qui était en premier lieu la gestion et le conflit autour de la coutume?chefferie, elle endeuille le pays et ces jeunes se constituent en milice dont la majorité sont des enfants qui auraient été à l’école primaire ou au niveau du cycle d’orientation. Le bloggeur doute fort que les enfants de ces grandes écoles de Kinshasa puissent devenir un réservoir de la milice Kamuina Nsapu ou du phénomène Ne Muanda Nsemi. On ne recrute que dans ces parties où l’avenir est sombre. Par conséquent, il est à demander à l’autorité publique mais particulièrement aux instances décisionnelles de ce pays d’éviter que ces manipulateurs politiques créent des mini-Etats au sein de l’espace national. Toutefois, il est aussi impérieux que ces instances comprennent que certains de ces jeunes qui optent pour devenir de bouclier humain sont victimes du passé-avenir sombre dont les premiers responsables sont ces mêmes institutions qui ont en charge la redistribution des richesses nationales.

D’une manière spécifique, le phénomène Ne Muanda Nsemi exige une prudence et la sagesse en ce qui concerne la maitrise et le rétablissement de l’ordre public ainsi que la limitation de dégâts humains et collatéraux ; on en dénombre approximativement 4 morts, 8 blessés et 22 interpellations et voitures incendiées. Que Ne Muanda Nsemi soit poursuivi en justice comme premier responsable ; mais ses adeptes ne sont pas largement de responsables à abattre mais plutôt à éduquer et orienter vers une vie responsable tout en tenant compte de ce contexte qui aurait limité leurs chances de servir la « nation » comme ces cadres au sein de ces grandes compagnies. Le bloggeur insiste sur le fait que résoudre ces crises en répétition ne se trouve pas dans la nomination des ministres appartenant au grand Kasai, au Kongo Central ou le Grand Bandundu ; mais au contraire dans la création de conditions qui feraient, qu’individuellement, ces jeunes aspirent à un avenir meilleur. De ce fait, les déclarations politiques, l’appel au calme, l’intervention de forces de l’ordre ne peuvent que constituer une solution à court terme. La réponse à long terme passe inévitablement dans la mise en place des politiques publiques adaptées à cette complexité de demandes du peuple ordinaire. Le lecteur n’exclurait pas la mise en place d’un système politico-administrative qui faciliterait l’exécution de ces politiques publiques.

Croyez-vous autrement ?

NTANYOMA R. Delphin

Secrétaire Exécutif & Coordonnateur

Appui au Développement Intégré &

à la Gouvernance (ADIG)

Twitter : https://twitter.com/Delphino12

Blog : www.edrcrdf.wordpress.com

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