Le Lundi de tous les Enjeux à la CENCO: Prophétiques face aux Politiques

« Un peuple qui dialogue », il le peut même pendant deux législatures. Le lecteur se souviendra que depuis 2013 jusque cet après-midi du dimanche 26/03/2017, la classe politique RDC a déjà organisé 3 assises de grande envergure dont les dénominations changent alors que l’aboutissement semble être le même ; l’opinion croit qu’elles aboutissent toujours au « partage des gâteaux». Celle en cours au sein du Centre interdiocésain de Kinshasa, sous les bons offices de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), a déjà fait au moins 104 jours avec certaines interruptions bien sûr. Elle fait suite à celle organisée sous la médiation d’Edem Kodjo ainsi que les Concertations Nationales dont la pertinence de recommandations n’ont pas épargné la tenue des autres.

Alors que le peuple attendons impatiemment l’amélioration de nos conditions socio-économiques, les tenants du pourvoir font abstraction de cette demande qui ferait que le peuple ne sait plus à qui s’aligne derrière. Certains agissements de ceux qui même répondent dans la rue m’ont toujours semblé comme étant moins liés à l’idéologie politique qu’une manière latente d’exprimer ce mécontentement. Que les défis aient été majeurs mais le bon sens exigerait de revoir l’efficacité de réalisations politiques et les réponses aux besoins primaires du peuple ordinaire. La solution viendrait moins dans multiple dialogues que dans la mise en place des mécanismes visant à mieux répondre à ces soucis majeurs du peuple qui demande encore une fois l’électricité, l’eau, le centre de santé, la maternité, l’école, l’habitat décent et quoi sais-je encore. Toutes, les politiques n’hésitent même pas de confondre les « prophétiques ».

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Negociateurs aux assises de la CENCO (photo politico.cd)

La lecture et l’interprétation de textes dont ils sont auteurs prend de milliers d’heures comme s’ils ont besoin de repayer les frais scolaires-académiques. Le lien entre les préoccupations initiales par rapport aux questions qui divisent tend à prouver que la motivation principale pour tous finira par devenir « ôte-toi que je m’y mette ». Nous avons toutefois intérêt de ne pas tomber dans ces pièges politiques qui, une fois les postes ne sont plus promettant, nous appellent à envahir la rue ; une occasion pour ceux qui croient que vaut mieux tout détruire s’ils ne veulent pas nous distribuer équitablement les richesses de la « Nation ». Ces derniers ont-ils raison ou tort ? Il s’agit de tout un débat car ceux qui détruisent ce pays ne sont pas seulement ceux qui pillent lors de manifestation bien que cette approche semble couteuse et affecte malheureusement les innocents.

Alors que les questions qui divisent au sein de « discussions directes » entre acteurs politiques sont les moins préoccupantes par rapport aux demandes du peuple, elles sont profondes au point que l’observateur indépendant ne croirait pas qu’un compromis sera si vite trouvé. Toutefois, les Evêques catholiques, avec tout l’appui de la « communauté internationale » ont promu que demain, Lundi 27 Mars 2017, les discussions seront clôturées ; le lundi de tous les enjeux. Il peut s’agir d’une manière de jeter le tablier ou soit exercer une pression sur les politiques en vue de trouver un compromis ; mais je doute fort que dans les heures qui viennent un compromis ait été trouvé sur le mode de désignation du premier ministre, le partage de postes ministériels et particulièrement ceux clés, la question de décrispation politique ainsi que la question du Conseil National de Suivi de l’Accord (CNSA).

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Participants au dialogue de la CENCO (Photo politico.cd)

A la première question, les évêques selon Monseigneur Ambongo Fridolin, croient qu’il s’agit d’une question de formulation alors qu’elle a pris plus de temps et de temps. On peut en déduire que les avis se rapprochent et que le respect de prérogatives présidentielles seront respectées. Si non, l’écart entre les positions de la Majorité Présidentielle et celle de l’opposition non-signataire de l’accord de la Cité de l’UA reste apparemment profond. La Constitution de la RDC à laquelle fait référence les accords de la CENCO stipule que « le Président de la République nomme le Premier ministre au sein de la majorité parlementaire après consultation de celle-ci. Il met fin à ses fonctions sur présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement ».

Pour mieux comprendre l’origine de cet écart, le lecteur peut recourir à la formulation de l’Accord CENCO dont parle Monseigneur Ambongo. L’accord stipule que « le gouvernement de la République est dirigé par le Premier Ministre présenté par l’opposition politique non-signataire de l’Accord du 18 Octobre 2016/Rassemblement et nommé par le Président de la République conformément à l’Article 78 de la constitution. Le troisième tiret du point III.3.1 de l’Accord de la Saint-Sylvestre précise enfin que « la mise en œuvre des principes énoncés ci-dessus est déterminée par un arrangement particulier conclu entre les parties prenantes faisant parties intégrantes de l’accord ». C’est alors dans ces arrangements particuliers qu’ait eu lieu l’origine de cette interprétation politique qui semble perplexe alors que les négociateurs ont décidé de respecter la constitution, voir le point II.1 de l’accord.

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Participants au dialogue CENCO (photo @lereveildotnet)

Ensuite viennent les questions du remplacement du feu Etienne Tshisekedi au poste du CNSA. Le poste qui avait été réservé au leader Maximo a pour le moment plusieurs postulants car le Rassemblement connait de divisions internes d’une part mais aussi les manœuvres politiques autour ce cadre de suivi des accords. Les Evêques promettent qu’ils s’occuperont comme à l’accoutumée de l’œuvre prophétique bien que leur place dans le suivi des accords ne cesse de revenir dans le débats. On dirait que la CENCO veut accompagner ce processus pour ne pas croire en un agenda d’avoir sa main mise dans les politiques en RDC. En plus de cela, le lecteur conviendra avec le bloggeur que les politiques dans ce contexte spécifique s’alignent derrière celui qui accordera les postes ministériels. De ce fait, cette question n’est pas aussi la moindre au point que demain un compromis de partage de « gâteaux » sera déjà prêt sur la table de négociations. Et qu’adviendra-t-il de la décrispation politique dont l’ouverture des medias, libération d’espace politique ainsi que prisonniers politiques…, il y a encore du travail.

Des prophétiques qui rapproches les politiques doivent être plus patients—courageux comme s’ils pardonnent ces chrétiens qui pèchent plus de 70 fois 7 fois. Bien qu’épuisant et fatiguant, le rôle de la CENCO est et restera louable pour nous avoir épargné de la violence et de la confrontation. Ce souci doit toujours animer leurs décisions afin de faciliter cet atterrissage incertain. Les politiques doivent aussi comprendre que leurs manœuvres ont de limites et qu’il est temps de penser aux demandes multiples de la population. Les premiers concernés sont les tenants du pouvoir qui doivent différencier les négociations politiques tournant autour des « élections » ainsi que les missions principales d’Etat et les risques que cela provoquerait si ces missions ne sont pas bien remplies. « A bon entendeur, salut ». Attendons le miracle de prophétiques pour clôturer ces « discussions directes », concept qui n’a été qu’utilisé durant la première semaine.

 

NTANYOMA R. Delphin

 

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Blog: www.edrcrdf.wordpress.com

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