Le drame du Kasaï : Amalgame & Victimisation Collective ?

Le drame du Kasaï a atteint son paroxysme avec des milliers de morts, une quarantaine de fosses communes selon certaines sources, de milliers de déplacés internes mais aussi dans les pays limitrophes comme l’Angola. L’origine de ce drame s’inscrit en grande partie dans l’impunité qu’a connue la République Démocratique du Congo (RDC) de décennies durant mais aussi dans l’instrumentalisation et manipulation de la jeunesse à des fins politiques. L’instrumentalisation?manipulation vise la jeunesse qui, vivant à leur dépends, se sent marginalisée et peut répondre facilement à tous les appels sans toutefois penser à la finalité de leurs actes. Pour preuve, le phénomène Kamuina Nsapu qui endeuille cette partie du pays aurait enrôlé de milliers d’enfants au sein de cette « insurrection » dont les forces de sécurité sont accusées d’avoir usé une riposte disproportionnée.

Le Gouvernement de la RDC et les Nations Unies tardent à s’accorder sur l’approche de mener une enquête indépendante pour déterminer les causes et responsabilités de ce drame qui a fini par emporter les enquêteurs de l’ONU, Miachael Sharp et Zaida Catalan dans les circonstances non encore élucidées. Dans la foulée, l’Union Européenne a recouru aux sanctions ciblant 9 officiels RD Congolais présumés être responsables de ce drame. L’intérêt de mettre fin à ce drame a aussi fait que la communauté internationale, les médias internationaux s’activent pour apporter leurs voix en vue de plaider en faveur de victimes de ce drame sans précédent que connait le grand Kasaï. Parmi le plus marquants de ces médias, on trouve la Radio France Internationale (RFI) et son reportage sur les origines de massacres.

L’objet de cet article est d’apporter un éclaircissement sur les allégations qui tendent à victimiser et amalgamer certaines communautés comme étant de commanditaires collectifs alors que l’affirmation est basée sur la présence de militaires au Kasaï  appartenant à ces communautés. En deuxième lieu, l’article veut rappeler que la violence au Kasaï et en RDC en général est plus ancienne que l’Alliance de Forces Démocratiques pour la Libération du Congo/Zaïre du feu Mzee Laurent Désiré Kabila. L’une des raisons qui font que  l’impunité se perpétue serait que les événements s’interprètent sur base d’intérêts politiques en place et lieu de rendre la justice aux victimes. C’est dans cette optique que les exactions commises par les Kamuina Nsapu semblent ne pas avoir de responsabilités à être sanctionnées? Enfin, l’article conseille en particulier les médias d’éviter les formes de reportage influencées par de sentiments de haine au point de replonger la région dans une crise multidimensionnelle et répétitive.

Kamuina_Nsapu_Mpadi
Chef Kamuina Nsapu, Jean Prince Mpadi (décédé  le 12 Aout 2016)

Le reportage de RFI dont vous pouvez retrouver sur ce lien à l’internet (reportage chapitre 1 ; reportage chapitre 2) a quelques failles ou imperfections qui doivent être éclaircies pour éviter  la victimisation collective d’une communauté ou de certains individus membres des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) faisant partie de ces mêmes communautés.

D’après ce reportage, l’actuelle insurrection  des adeptes du chef coutumier Kamuina Nsapu  dans la province du Kasaï Central serait une réaction des communautés locales contre le déploiement dans cette région de soldats que son auteur appelle des ‘Rwandophones’. A titre de rappel, au cours de ces différentes guerres qui ont successivement secouées la RDC dans ces dernières décennies, ce terme est souvent utilisé par plusieurs médias et hommes politiques, pour désigner les membres de la communauté Banyamulenge du Sud-Kivu et les communautés Hutu & Tutsi du Nord-Kivu en République Démocratique du Congo (DRC). Selon plusieurs sources concordantes, l’élément déclencheur de ce conflit est loin d’être celui avancé dans le reportage de la RFI en date du 13 et 16 Juin 2017.

Kamuina Nsapu c’est une chefferie traditionnelle située dans Kasaï Central. Depuis 2015, une loi conférant un statut légal à toutes les chefferies en RDC a été adoptée où les chefs se sont vus probablement attribués quelques avantages financiers par l’Etat Congolais. Toutefois, l’application de cette loi a connu certains défis au point que quelques chefferies n’ont pas été reconnues par le gouvernement mais aussi il avait été question d’une possibilité que la loi ait été utilisée pour de fins politiques. L’origine de l’actuel conflit au Kasaï Central est liée au fait que les  habitants de la chefferie de Kamwina Nsapu ainsi que leur chef auraient voulu réclamer la reconnaissance de celle-ci mais aussi les avantages que leur conféraient cette loi auprès du pouvoir central de Kinshasa. En d’autres termes, le déclenchement de ce conflit n’a aucun lien de rapport direct avec le déploiement de soi-disant militaires dits ‘Rwandophones’ pointés du doigt  par le reportage de RFI.

En outre, malgré l’inexistence des preuves tangibles de ses allégations, le même reportage pointe du doigt  certains officiers de l’armée Congolaise appartenant à  ces communautés ci-haut citées, y compris même ceux qui ne sont actuellement pas déployés dans la province du Kasaï Central d’être responsable des nombreux violations des droits de l’homme en RDC. Sans aucun doute, tous les actes horribles qui se sont commis dans la province du Kasaï Central sont condamnables et inacceptables. Toutefois, la désignation des présumés auteurs de ces crimes ne doit pas être fondée sur des motivations à caractère discriminatoire.

Le reportage de la RFI porte en son sein certains éléments d’idées propagées par les extrémistes et manipulateurs dans la région de Grands Lacs et en RDC en particulier consistant à imputer tous les événements malheureux que le Congo ait traversés durant ces dernières décennies  aux seuls membres de la communauté dit Tutsi, y compris le Banyamulenge. Telle est aussi l’idéologie de plusieurs groupes armés de l’Est du Congo ne jurant que par l’anéantissement collectif de ceux qu’ils considèrent comme des ‘étrangers?envahisseurs’. Cette campagne de diabolisation a pris une ampleur aussi grande au point que les médias sociaux ainsi que les politiciens opportunistes n’hésitent pas à appeler à la haine et même à l’extermination de ces groupes communautaires. Le fait que Rfi ait amalgamé la responsabilité de ces militaires et officiers congolais avec leurs communautés suscite une grande inquiétude et beaucoup de questionnements. Et quelles sont ces imperfections et failles ?

Jeunesse_ Kamuina_Nsapu-672x372
Jeunes enrôlés dans le Kamuina Nsapu

Partout dans le monde, il est reconnu aux structures militaires d’être très rigoureuses et hiérarchisées au point que quelques individus, forts soient-ils, ne peuvent être les seuls responsables d’une opération qui a duré aux environs de deux ans. En dépit de disfonctionnement, il serait hasardeux d’affirmer que les forces de sécurité de la RDC opèrent en forme de milices, où certaines personnes décident de quoi faire sans que leurs supérieurs n’y payent d’attention. Cette conception tend à questionner l’objectivité d’éléments collectés pour déterminer les responsables de ce drame du Kasaï. En plus de cela, il est important de rappeler que l’armée nationale Congolaise (les Forces Armées de la RDC) ne constitue pas une branche indépendante de la gestion du pays comme le prétend le reportage RFI en stipulant que le seul militaire sanctionné est le Général Ruhorimbere Eric.

De surcroit, le reportage blesse quand il se lance, sans s’en rendre compte, dans la fournaise de la manipulation et discours de haine des extrémités qui ne veulent pas voir certains faciès sur ‘leurs terres’. Il est aberrant que la RFI ait pris dans l’amalgame toute la communauté Banyamulenge et celle dénommée ‘Rwandophones’ comme des criminels tuant au Kasaï. Dans une affirmation aussi tragique que forte, RFI affirme que « Les responsables sont connus. Ils sont le produit des heures les plus sombres de l’histoire du Congo, celles de ses deux guerres et des atrocités qui se perpétuent depuis dans l’Est du pays». Et bizarrement, les seules personnes dont on peut identifier leurs appartenances ethniques sont seulement Ruhorimbere Eric ainsi que François Muhire Sebasonza alors que Julle Bukamumbe et She Kasikila sont épargnés. Y’a-t-il une raison pertinente de présenter les faits de cette façon même si Julle est cité comme originaire du Kasaï, parlant Tshiluba? Pourquoi les deux premiers ne sont pas cités comme originaires du Sud-Kivu et Nord-Kivu peut-être ?

En parcourant le reportage RFI, on dirait que ces Banyamulenge ou ‘Rwandophones’ ont été spécifiquement déployés au Kasaï pour massacrer sa population et qu’ils aient exportés le conflit de l’est vers le centre. Alors que les informations à notre disposition prouvent que Ruhorimbere et Muhire ne sont pas les premiers responsables des unités opérant dans le Kasaï, on se demanderait pourquoi ils doivent faire l’objet de la campagne médiatique comme de seuls criminels. Il parait que le Général de Brigade Lombe Bwangangu Emmanuel ainsi que le Colonel Putela Bertin respectivement commandant région militaire du Kasaï et commandant Régiment dont Muhire Sebasonza (que personnellement je ne connais pas) est l’adjoint sont basés dans le Kasaï Central depuis le début des opérations.

Fosse_commune_Kasai
un de fosses communes dans le Kasaï

On se poserait une question de savoir comment l’adjoint du Général Emmanuel et celui de Bertin sont les premiers responsables ? Opéraient-ils en milice ? Et d’ailleurs, avant de rejoindre ce Régiment, Muhire fut commandant Second dans le Régiment dont le commandement appartient à un autre Colonel bien connu. Clairement, le commandant Régiment Second peut difficilement opérer pendant deux ans sans que le Commandant Régiment mais aussi le Commandant région n’en sache rien ; à moins que cela soit une milice au sein d’une armée hiérarchisée.

Pour preuve que cette structure fonctionne en armée sous commandement de la hiérarchie militaire, de témoins affirment que le Général Ruhorimbere Eric était en voyage de soins ou de vacances en Belgique durant les premiers mois de la crise au Kasaï. En plus de trois semaines et demie qu’il ait passé à Kinshasa, son séjour aurait duré presque trois mois entre mi-Juillet et début Octobre 2016. Pendant ce temps de vacances du Général Ruhorimbere, les opérations au Kasaï  se faisaient télécommander à partir de Bruxelles ? Je doute fort.  Si la région militaire du Kasaï, ayant un commandant au grade de Général de Brigade, peut fonctionner et opérer durant trois mois d’absence de son adjoint en charges des opérations, cela prouve à suffisance que l’armée fonctionne et opère sous les ordres de sa hiérarchie et non pas d’un individu car appartenant à la ‘communauté de criminels’.

Ces imperfections et failles mais aussi le contexte politique actuel m’amène à penser que ces révélations ne visent pas en premier lieu à servir le peuple congolais. Et pourquoi rappeler qu’il y a eu impunité d’un demi-siècle alors que peu a été fait pour rendre justice aux victimes. Le moment est-il propice pour prouver que les congolais ont connu d’atrocités inimaginables ? Les précipitations dans les investigations peuvent mener à des conclusions erronées qui auront de conséquences néfastes et irréparables. Toutefois, l’objet de cet article n’est pas d’affirmer ou d’infirmer la responsabilité de tel ou tel dans le drame du Kasaï, mais plutôt d’exiger que les responsabilités soient individuelles et objectivement établies.

Il est évident que le drame du Kasaï a été orchestré par des personnes dont la responsabilité devrait être indépendamment déterminée. Toutefois, les sanctions semblent avoir déjà jugé la partie coupable alors qu’elles ont épargné les responsables de Kamuina Nsapu comme si l’enrôlement de ces enfants ainsi que les crimes commis par ce groupe sont légers. Que les officiers FARDC aient, d’une manière ou d’une autre, été individuellement impliqués dans le drame au Kasaï, le bon sens exige de ne pas les mêler à leurs communautés ethniques. De plus, l’impunité en RDC et à l’Est n’est pas à présenter comme si les crimes ont été commis par les seules officiers Banyamulenge. Je précise bien que l’argument ne vise pas à les dédouaner.

« Eric Ruhorimbere est, notamment, soupçonné de faire partie des commandants banyamulenge ayant participé à l’assassinat de 36 officiers congolais à l’aéroport de Kavumu au Sud-Kivu, le 4 août 1998, et aux massacres de Makobola et Kasika au Sud-Kivu entre 1998 et 1999 » rapporte Rfi.

L’observateur indépendant s’accorderait avec moi que l’impunité en RDC est immense, au-delà de ces 10 années citées par RFI. Simplement, elle peut se réduire pour une raison ou une autre afin d’inciter le lecteur à focaliser sur certains événements. De 1996-1999, de milliers de massacre ont été commis à l’est du pays et ont été perpétrés dans plusieurs localités dont Makobola, Bibogobogo, Mboko, Kabera, Kasika, Bukavu mais aussi à Kinshasa, Kamina, Lubumbashi, et ailleurs. A une certaine mesure, certains de ces massacres visaient principalement les communautés bien identifiables et sur instruction de groupes rebelles ou de l’Etat Zaïrois/Congolais. Je redoute que la RFI ait été à mesure d’identifier ces présumés criminels impliqués dans tous ces crimes sans précédents parmi ceux qui ont opéré au Kasaï. Si non, ce reportage se serait servi des informations tendant à victimiser et amalgamer collectivement certaines communautés dont certains manipulateurs et opportunistes croient à tort qu’elles sont de criminels collectifs?

« Le territoire de Kamuina Nsapu voit alors déferler une armée commandée par des officiers, pour l’essentiel Rwandophones. Ces officiers qu’il accusait de son vivant d’avoir violé ses attributs de pouvoir et de tout faire pour maintenir le président Joseph Kabila au pouvoir après la fin de son deuxième et dernier mandat » Rfi rapporte.

Ce reportage n’hésite pas d’affirmer que ces militaires de l’Est sont les seules à tuer même devant les casques bleus de Nations Unies. Le reportage de RFI mentionne que « Après 10 ans d’impunité, ces officiers, redoutés, n’hésitent pas à massacrer, même sous le regard des casques bleus, comme à Kiwanja en 2008 ». Le lecteur peut facilement comprendre que l’intention est de prouver que ces criminels ‘identifiables par leur appartenance ethnique’, le sont durant de décennies tout en se basant sur  les preuves qui restent réfutables. Cela n’a-t-il pas de lien avec la façon dont ils sont vus par les habitants du grand Kasaï ? Et d’ailleurs dans ce reportage, on peut aisément réaliser que Kamuina Nsapu ainsi que certains citoyens de la région croient que ces ‘Rwandophones’ ne sont pas de citoyens congolais mais plutôt de criminels envahisseurs; une conception que RFI pose comme étant normale ! La radio va loin jusqu’à l’identification du premier commandant appartenant à ce groupe hétérogène qui, difficilement, est accepté au sein de la société congolaise. RFI trouve normal que ces militaires soient considérés comme des étrangers ?

rdc-3-7-millions-de-deplaces-internes-767925
Des milliers de déplacés internes dans le Kasaï (plus de 3 millions)

En voici la formulation dans ce reportage :

« Ce redéploiement se fait au grand dam des Kasaïens eux-mêmes, qui considèrent ces militaires comme des étrangers, des « Rwandais », présentés comme criminels et oppresseurs. L’un des premiers à ouvrir la voie Est-Ouest est le général Obed Rwibasira, jusque-là commandant de la région militaire du Nord-Kivu. Il était accusé de laisser l’armée rwandaise faire des incursions en territoire congolais. Il est transféré en décembre 2004 à Mbuji-Mayi, au Kasaï-Oriental, puis à Kananga, au Kasaï-Central ».

Rfi veut faire croire que ce déploiement s’était fait au détriment de la population du Kasaï? Donc, les Kasaiens devraient avoir leur propre armée ? Mais aussi, il est important de rappeler qu’un grand nombre de militaires Zaïrois et Congolais ont collaboré avec les forces étrangères qui tentaient de trouver de brèches pour attaquer ce pays en connivence avec ces Généraux d’armée? La liste est longue ! Et aux miliciens Kamuina Nsapu d’affirmer que « les officiers FARDC Rwandophones sont des « Rwandais », des étrangers qu’il faut chasser de leur « terre sacrée ». Leur arrivée est synonyme d’invasion ». Malheureusement, rien ne filtre dans ce reportage pour dénoncer de telles conceptions qui ont fait sombrer ce pays dans le malheur sans précédent exploitable par certaines puissances régionales !

Même les compagnons d’armes croient que ces militaires et officiers sont des étrangers et la RFI ne trouve pas cette situation anormale alors  qu’elle mettrait en cause les révélations de leur investigation. Alors que tout peut s’apparenter à une campagne de créer de dissensions au sein de l’armée Congolaise, il est important de comprendre qui sont les informateurs de RFI car certains seraient peut-être ces militaires voulant se débarrasser de ceux qu’ils qualifient des étrangers. Pour preuve, le propos du lieutenant de l’armée nationale se décrit de cette manière : « Le lieutenant Julle Bukamumbe ne se cache pas, il est même plutôt bavard avec la population locale. Il se plaint des mauvaises relations avec les « Rwandais », favorisés par la hiérarchie. Comme les Kamuina Nsapu, il accuse ses compagnons d’armes rwandophones d’être « étrangers ». Qu’arriverait-il si quelqu’un de semblable ait été l’informateur de l’investigation menée par RFI ?

Alors que la situation se compliquait de la manière dont on ne saurait plus qui a tué, Rfi ne devrait pas juger ces seuls « Kadogo » de l’Est. Il est à noter que ce reportage affirme que « Certains de ces policiers et militaires, originaires du Grand Kasaï, rallient [ont rallié] les miliciens, et ces ralliements inquiètent [ont iniquité] les autorités ». Tout en ajoutant que « D’autres, agents locaux ou originaires de provinces ayant les mêmes croyances que les Kamuina Nsapu, ont [eu] peur de leurs « pouvoirs mystiques », de leurs armes en bois et de leur « baptême » censé les rendre invincibles » ; cela aurait possiblement occasionné la prise d’armes par les miliciens Kamuina Nsapu comme le mentionne ce reportage. Il est alors possible que ces miliciens, loin d’être victimes, cette complexité aurait peut-être créé une situation incontrôlée dont la responsabilité est à déterminer et à condamner de toute part. Et voilà pourquoi ces miliciens sont cités dans plusieurs cas de figure comme auteurs dont le gouvernement Congolais avait pendant longtemps hésité de déclarer ses pertes en vies humaines.

« Dans la nuit du 3 au 4 août 2016, d’autres miliciens surgissent à la gare et au poste de police de Mfuamba, dans le territoire voisin de Demba. Ils frappent les policiers et emportent une Kalachnikov. Le 8 août, alors que le chef de l’État est dans l’est du pays pour sceller la paix avec ses voisins, le chef coutumier prend d’assaut la ville de Tshimbulu. Le bilan officiel est de neuf morts, dont cinq policiers. Commissariat, sous-commissariat, résidences du commandant de la police et du maire de la ville et même le bureau de la Commission électorale… Tout est incendié ».

Du phénomène Kamuina Nsapu, le reportage de Rfi ainsi que les informations concordantes font état d’une confrontation interethnique qui en est résulté. Le conflit entre Luba, Lulua, Chokwe et Pende n’est pas littéralement lié au conflit de l’Est du Congo. Rfi est bien informé au même titre que tout lecteur avisé qu’en date  du 11 Octobre 1959, les Luluas et Balubas s’affrontent d’une manière sanglante à cause de rivalités créées de toute pièce par le pouvoir colonial. L’un de ces groupes avait trouvé de l’estime aux yeux de colons comme quoi il est «courageux et intelligent » ! De cet affrontement entre Luluas et Lubas, on en a dénombré de  milliers de morts et l’ensemble de groupes ethniques de la région s’est retrouvé en confrontation l’un contre l’autre ou en suspicion mutuelle. Pourrions-nous dire que ces crimes ont vieilli pour que ces massacres des années 60 ne soient pas considérés comme de l’impunité ?  Et cela s’appelle alors le déterrement de la hache de guerre à la place de l’impunité ? Bref, les imperfections et failles de Rfi doivent être objectivement revues et toutes ces questions sans réponses doivent nous éclairer dans la présentation de la réalité. La justice pour tous reste la seule voie pour la stabilité de la RDC.

 

Ntanyoma Rukumbuzi Delphin

PhD Researcher in Conflict Economics

The Institute of Social Studies/

Erasmus University Rotterdam

Twitter: https://twitter.com/Delphino12

Blog: www.edrcrdf.wordpress.com

Leave a Reply