Général Yakutumba dans les Stratagèmes du Guérilla ?

Depuis quelques semaines, le Général autoproclamé William Amuli dit Yakutumba (à droite, photo profile) refait activement surface dans les contrées sud du Sud-Kivu.  Jadis chef des Forces Armées Alléluia (FAAL), il est présentement à la tête d’une Coalition dite Nationale pour la Souveraineté du Congo (CNSC). Ces miliciens Maimai de la région dit de Fizi-Lulenge, appartenant largement à la communauté Babembe, ont occupé une semaine durant les localités de Lulimba, Misisi, Lubonja. A partir du 29 Juin 2017, les miliciens ont été délogés une semaine après quand les forces armées de la RDC aient déployé plusieurs éléments en vue de contre-attaquer. Lors de ces affrontements de Misisi-Lulimba, de sources proches de ce dossier ont signalé qu’il y a eu plusieurs officiers et militaires FARDC qui ont perdu leurs vies mais bien sur de miliciens Maimai. Toutefois, la prise de ces localités par ces miliciens prouve encore une fois de failles de sécurisation et ils ont été à mesure de récupérer encore une fois des armes.

Zone Kazimia-Kikonde

Depuis sa dernière défaite dans ces localités ci-haut citées, les forces du CNSC ont regagné leur bastion dans les forêts de Nganja. Les informations concordantes font étant de nouvelles attaques de ces miliciens dans les localités Est de Nganja, dont Kikonde, Kazimya en direction de Nemba, Ubwali. Certaines sources précisent qu’il y a eu de morts mais aussi que ces localités dont les medias nationaux et internationaux s’intéresseraient difficilement seraient dans les mains de Yakutumba. Ces nouveaux affrontements auraient intensivement débuté à partir du 07/08/2017 sans qu’il y ait un lien avec les événements de Kinshasa dit de Bundu dia Kongo. Il n’est pas facile de confirmer si les Maimai attaquent en anticipation de possibles poursuites par les hommes du Général Safari Bwange (à gauche, photo profile), commandant Secteur dans la région du Sud, Sud-Kivu. Ils attaquent pour occuper/marcher vers Kinshasa comme cela avait été déclaré ces dernières semaines ? S’agit-il d’une stratégie de guérilla ? Le temps nous le dira !

Il y a quelques temps, les revendications de FAAL-CNSC se penchent sur la situation sociopolitique au niveau national. L’ancien Maimai proche du Général Dunia, Capitane au sein de FARDC jusqu’en 2006 et Général, chef de guerre présentement a changé de ton et milite pour un changement/alternance au niveau national. A en croire, les revendications qui peuvent s’interpréter facilement s’adapteraient au contexte politique mais aussi une occasion d’attirer la sympathie. A plusieurs reprises, les tentatives de sa reddition et réintégration au sein de FARDC n’ont pas réussi au point qu’en 2013, ses éléments qui attendaient la réintégration se sont volatilisés à Baraka. C’était après les échanges de tirs entre ces éléments ainsi que l’armée régulière. La question persiste depuis toutes ces années et elle est liée aux intérêts économiques, rivalités interethniques mais aussi aux acharnements et positionnement intra-ethniques vis-à-vis de Kinshasa.

La montée en puissance de ces éléments Maimai est devenue un casse-tête pour en deviner son origine. Longtemps basés sur les côtes du lac Tanganyika, toutes les spéculations font étant d’un appui provenant de l’autre bord sans en faire une précision. Le lac Tanganyika est la frontière la moins maitrisée séparant/liant cette zone au Burundi, Tanzania amis aussi la Zambie. Nonobstant, devant les défis majeurs que connaissent les FARDC, il est facile d’en comprendre une partie de cette énigme de montée en puissance. Dans ses récentes incursions, en date du 03/06/2017 ces miliciens ont attaqué les positions FARDC à Force-Bendela (localité séparant Sud-Kivu & Province du Katanga) et ont pu emporter tout l’armement. Par connivence ou pas, cette réalité reste un mystère et s’étend sur les zones attaquées récemment dont on en a signalé une certaine complicité de la part de la population locale (moindre échelle), éléments de FARDC ainsi le Général Sikatenda longtemps cité dans le collimateur.

Il est facile de comprendre que le contexte socio-économique et culturel de la zone de Fizi peut aisément faciliter la survie et persistance de ces miliciens. Ils opèrent dans une région délaissée comme l’est plusieurs régions rurales de la RDC. Ils sont moins nombreux, les jeunes qui trouvent une opportunité pour mener une vie décente. Ils peuvent recourir à l’arme comme alternative et choix unique.  Les opportunités d’emplois se limitent principalement à l’extraction artisanale de l’or. L’inexistence d’infrastructures économiques limite les ambitions même de ceux-là qui veulent s’épanouir.  La recherche d’une solution militaire ne doit jamais oublier que l’Etat a une responsabilité de mettre en place ces mécanismes visant à redistribuer les richesses nationales, construire des routes, hôpitaux, écoles….

Mine artisanal de cassitérites, Sud Kivu, 2006.

Le jeu de la carte ethnique est resté pendant une ficelle qui facilement manipulable. Ce jeu ne fait promettre ce miracle de ramener les ‘Rwandais’ chez-eux et en redistribuer leurs vaches. En dépit de cette rhétorique autour d’identités ethniques, les garanties des éleveurs Banyamulenge dans la région reste imprévisible alors que ces éléments CNSC se disent ‘libérateurs’. En plus de dégâts importants causés par ces affrontements, durant ces dernières attaques à Lulimba, Misisi, Lubonja, on en a dénombré de dizaines de Banyamulenge tués ainsi que milliers de vaches emportées comme d’habitude. Les défis majeurs de ces groupes armés sont au niveau organisationnel mais aussi idéologique. Toutes les fois qu’ils s’en prennent aux innocents, en tuant sélectivement certaines communautés ainsi que leurs biens, je trouve difficile qu’ils parviendront à rallier tout le monde à ces causes dites « révolutionnaires ».

Il est important aussi de comprendre que nous n’obtiendront pas de solutions à toutes nos doléances en tirant et tuant par les canons AK-47. J’hésite toujours que des manipulations ne soient derrière toutes ces manœuvres. Il nous faut une solution durable qui tint compte de plusieurs paramètres qui ont fait que le territoire de Fizi soit la zone rouge depuis les années 60. Les aspirations et prétentions individuelles sont à bannir, mais les conditions de vie du peuple ordinaire sont déplorables au point qu’elles expriment le manque du sens humain de dirigeants politiques.  En tout état de cause, il est impérieux que la population locale soit protégée et ne soit pas confondue aux miliciens.

Ntanyoma Rukumbuzi Delphin

PhD Researcher in Conflict Economics

The Institute of Social Studies/

Erasmus University Rotterdam

Twitter: https://twitter.com/Delphino12

Blog: www.easterncongotribune.com 

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