Nikki Haley sur la Voie de Bill Richardson : Elections comme ‘Solution Contemporaine ou Elitiste’ aux Défis Congolais ?

Devant une crise sans fin qui avait durée de milliers de jours, Bill Richardson, l’Ambassadeur Américain aux Nations Unies s’annonça à Kinshasa pour « contribuer » à décanter cette situation qui prédisait une catastrophe humanitaire. Nous sommes enfin Avril 1997, quand les rebelles de Laurent Désiré  Kabila avance vers Kinshasa, après la prise de Lubumbashi et presque l’ensemble de grandes villes de l’Est du Pays. La crise qui avait longtemps perdurée dans le pays de Mobutu, s’accentue depuis les assises de la Conférence Nationale Souveraine (CNS) qui s’ouvra en date du 07/08/1991 avec 2842 délégués. Avec de moments de tergiversations, manœuvres dilatoires et interruptions, la CNS finit par trouver un compromis, et une constitution est adoptée en date du 09/04/1994. En plus de la constitution, les délégués avaient adopté une structure parlementaire, le Haut Conseil de la République- Parlement de Transition (HCR-PT) ayant au moins 700 membres en son sein. On a tout vu et entendu jusqu’à l’éclatement de rebelles « AFDL » qui montaient sur Kinshasa comme s’il s’agissait de la course de 100m et dont le « coureur » est Usain Bolt.

Mobutu (gauche) & Richardson (droite)

 Dans la foulée, avant que les rebelles arrivent à Kinshasa, Bill Richardson débarque dans la capitale Zaïroise avec un seul message au Président Fondateur du Mouvement Populaire de la Révolution, parti Etat : ton départ! Ton départ sans négociations afin de trouver une issue négociée entre le Président Mobutu et LD Kabila et qui s’étendrait sur l’organisation des élections dont les présidentielles. Le lecteur se souviendrait que ces élections dont chantons tous avaient été proposées durant les assises de la CNS, il y avait déjà 4 ans. Sans tenir compte du partenariat et d’amitié qui avaient caractérisé les deux pays, Zaïre-USA, le message de Bill consistait en celui d’éviter cette catastrophe qui pourrait tomber sur Kinshasa une fois que les deux armées s’affronteront en plein ville. Quelques heures après, la délégation Américaine se dirige vers Lubumbashi, la capitale Cuprifère sous contrôle de rebelles AFDL pour rencontrer ‘le Président  Kabila’. Dans la même configuration, Bill Richardson parvint a trouvé un compromis pour la cessation des hostilités mais aussi il insista largement sur les élections qui doivent avoir lieu dans les meilleurs délais. Le slogan est les elections1 Les élections ? C’est encore les élections, il y a 20 ans !

Ca me rappelle ce jeu qu’on jouait étant enfants. Si ma mémoire est bonne, il se joue toujours chez moi au village car moins de facilités de loisir existent. J’ai l’impression que même à Mweneditu ou Ikela, la leçon/expérience est similaire. Une graine de maïs ou de haricot (ou n’importe quoi, la moindre taille s’impose) est glissée dans le poing de la main et puis bien serrée. Les mouvements de déplacer la graine entre les deux poings se font pour tromper la vigilance de l’interlocuteur, deuxième joueur. Tout en chantant maintes fois « kavumu kajumu », littéralement signifiant « sa quitte ce poing pour aller dans l’autre », le premier joueur continue dans cette logique maligne. Dans les quelques secondes, l’interlocuteur ou deuxième joueur a la chance de pointer avec le doigt où se trouverait la graine ; c’est-à-dire dans quel poing. Un peu amusant comme jeu, mais il arrive de tomber sur la fausse main. Alors qu’en fin de compte, la graine restera avec sa valeur, ce choix du poing est dicté par un jeu du hasard. Plus vous essayez, plus vous tombez sur la vraie main. Deux questions se posent, en tombant sur la vraie main, la valeur de la graine est insignifiante. En tombant sur la fausse, vous vous découragerez de n’avoir pas bien vu/deviné !

Alors que l’actuelle Ambassadrice des Etats Unies à l’ONU est incessamment attendu à Kinshasa, toutes les spéculations sont permises. Pour les uns, ca rappelle cet événement de Richardson qui avait été précédé par plusieurs tractations à haut niveau entre Français, américains, Tanzaniens et Sud-Africains. La visite de Nikki Haley est en partie similaire à celle de son prédécesseur d’il y a 20 ans. D’innombrables assises et concertations ont caractérisé l’arène politique congolaise ces dernières années, de 2013-2017. Le pays fait l’objet de plusieurs rencontres, sommets et réunions au sein du Conseil de Sécurité de Nations Unies ou même au sein de la Conférence des pays membres de la région de grands lacs. Toutefois, la crise des élections persiste au point que personne n’est certain de quand ces élections auront lieu. On y travaille bien sûr, mais mon inquiétude est que celles-ci peuvent avoir dans la même formule de ce jeu de poing. Ca quitte ce poing pour aller dans l’autre d’une façon dissimulée. Quand vous devinez la vraie main, c’est peut-être que la valeur est proche à celle de la graine. La logique villageoise de raisonner ! Toutefois, mon souci est de savoir si en dehors des élections, le peuple ordinaire ne sera pas sauvé ?

J’ai l’impression que Bill Richardson avait été animé par une bonne intention : éviter une catastrophe humanitaire dans un grand centre cosmopolite comme Kinshasa. Je crois encore une fois que Nikki Haley a de bonnes raisons de se soucier de la stabilité de ce grand pays. Je comprends aisément le rôle des élections et de la démocratie dans toutes les sociétés humaines. Cette dignité de participer à la prise de décision, indirectement soit-elle, peu importe. Ne fut-il pas que les visites diplomatiques ou celles d’Etat entreprennent les itinéraires de boulevards sans palper la vie difficile dans les quartiers périphériques ou aux villages ? Pourquoi cette ressemblance d’images des années 1997 et celles des années 2017 ? Alors que des élections avaient été « organisées » depuis cette période, le retard ainsi que les guerres ne justifieraient pas ces conditions dont nous vivons.  Il y a une question dont on a peut-être pas bien approché ! La quelle ? Le mystère !

Un observateur intéressé peut revoir la vidéo de ces jeunes avec de milliers de calicots quand Bill Richardson visitait Kinshasa en date du 28/04/1997. Les messages sur calicots exigeaient la voie légale d’accéder au sommet de l’Etat, les élections. Les images rappellent celles que nous vivons et croisons tout le temps dans les grands centres de la RDC. Toutefois, la vie continue de devenir difficile et de plus en plus difficile. A-t-on épargné cette catastrophe ? Elle est peut-être venue sous d’autres formes et elle réside dans les manques de mécanismes adéquats de redistribution de richesses nationales. Une impression qui me fait croire que les élections sont une solution contemporaine ou une formule élitiste. Cela signifierait que le temps qu’ils seront élus ou qu’ils occuperont ces postes enviés, la solution sera, pour eux et pour leurs proches, trouvée. Voila pourquoi je me pose encore une fois cette question, la seule formule de bien vivre (redistribuer les richesses nationales) est les élections ?

 

NTANYOMA R. Delphin

PhD Researcher in Conflict Economics

The Institute of Social Studies/

Erasmus University Rotterdam

Twitter: https://twitter.com/Delphino12

Blog: www.easterncongotribune.com

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