Massacre de Makobola: 19 ans d’Incertitude, d’Effondrement & de Mémorial?

Il était un certain mardi, le 30/12/1998 quand un nombre estimé à 800 personnes, appartenant largement à la communauté Babembe[1], avaient été sauvagement massacrées dans la cité de Makobola. La cité de Makobola se situe à quelques 15 kilomètres au sud d’Uvira, à la frontière entre les territoires de Fizi et celui d’Uvira. Les auteurs du massacre étaient de rebelles appartenant au Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), un mouvement rebelle qui était dirigé pendant cette période par le Professeur Wamba dia Wamba et soutenu par l’armée Rwandaise.

Du 30 Décembre 1998 au 30 Décembre 2017, il y a presque 19 ans que les survivants de ce massacre n’en sachent probablement pas rien sur cet événement malheureux qui a endeuillé toute la région mais aussi qui a décimé de familles entières. Il reste qu’aucun enquête indépendante n’a été diligenté mais aussi moins sont ceux qui se soucient de l’avenir de victimes de cette barbarie. De surcroit, la localité se situe dans une région trouble dont on a longtemps appelé « Zone Rouge » de Fizi et qui est en proie à des incessantes rebellions et mouvements insurgés. Le tout dernier est le phénomène Yakutumba Amuli, groupe Maimai qui est en ‘insurrection’ contre le gouvernement de Kinshasa mais particulièrement contre le pouvoir du Président Joseph Kabila.

Massacre de Makobola

L’objet de cet article est de rappeler que l’impunité est la source du mal surtout quand elle est enracinée dans le domaine politico-sécuritaire. En plus de cela, il est important de souligner le caractère légal et individuel des crimes commis dans cette localité. Le bloggeur prend cette occasion afin de rappeler aux interlocuteurs que les victimes de ce massacre et ceux commis dans les environs ont toujours besoin de la justice pour que les victimes soient réhabilitées et comprennent réellement ce qui s’est passé durant cette journée qui précédait le dernier jour de l’année.

En dehors de discours politiques et populistes, ces victimes ont besoin d’un soutien moral, psychologique et pourquoi pas financier qui ferait qu’elles ressentent cette considération sociale. En fin, j’estime qu’il y aurait de réticences et indifférences pour ceux qui pensent, de leur part, à une certaine responsabilité au sein de ce drame. Toutefois, il est important de comprendre que nous devons penser à l’avenir de ce grand pays, à la cohabitation entre communautés ethniques au-delà de nos intérêts personnels. La seule solution―panacée pour que nous laissions un héritage de valeur aux futures générations ne passera que par la vérité, réconciliation et reconstruction du tissu socio-économique. Un aperçu sur le déroulement de ce drame de Makobola:

Par grande surprise de la majorité de la population, une rébellion s’annonce le 02/08/1998 et occupe les villes de Goma-Bukavu et Uvira dans quelques jours. Ils sont nombreux ceux qui hésitent de rejoindre cette nouvelle aventure mais certains par le choix imposé, ils n’avaient qu’a le faire. Les déclarations hors normes dans le milieu politique se succèdent et les rebelles vont continuer à avancer sur plusieurs fronts vers Lubumbashi, Kindu et Kisangani. Une stratégie de combat par procuration est mise en place par les grands belligérants surtout à l’Est du Congo. En date du 25/12/1998, un déploiement d’une position rebelle est installé dans la localité de Makobola en provenance d’Uvira. Le Maimai de la région dite « Babembe » ne pouvait pas supporter cette aventure rebelle dans une terre dite de leurs ancêtres. En date du 29/12/1998 vers 17h.30, les Maimai attaquent les rebelles du RCD estimés en une section militaire. Les Maimai parviennent à les pourchasser après qu’un grand nombre estimé à 5 auraient perdu leurs vies sur la rivière Ambaùlù ou Katuta. La suite fut une débandade de forces rebelles et les Maimai occupent la localité en maîtres-libérateurs.

Makobola: Entree en territoire de Fizi; photo: Stefan Roman

J’ai toujours douté que devant une arme, les civils ont plus de manœuvres pour imposer leurs volontés. Le sentiment de terreur qui accompagne avec les armes ainsi que la frustration et fureur devant les rebelles dont on ne connaissait pas leurs objectifs, la population de Makobola n’avait pas de choix si ce n’est que de se soumettre aux nouveaux maitres, qui sont les Maimai. Le lendemain, une force rebelle contre-attaque disproportionnellement dans la cité de Makobola confondant tout le monde aux Maimai. En date du 30/12/1998 vers 10h, quelques heures avant l’annonce du nouvel an ; ce qui devait devenir un climat de festivités tournent en un abattoir humain.

Le nombre de personnes tuées est estimé entre 600 et 800 selon les sources concordantes; hommes, femmes et enfants dont la majorité était des innocents qui n’avaient jamais manipulé une arme ni moins une lance. Sans distinction aucune, la population de Makobola paie la lourde responsabilité de Maimai dont ils n’auraient pas été en mesure de contraindre autrement. Alors que les préparatifs de la contre-attaque avaient été remarqués par plusieurs personnes, les Maimai avaient décidé quelques heures avant de quitter la cité et retournent dans leurs fiefs ; montagnes surplombant Makobola. Qu’il y ait eu une certaine complicité de la part de quelqu’uns, le massacre de civils par des rebelles ne peut au grand jamais se justifier.

Parmi les forces rebelles, on identifiera certains éléments appartenant à la communauté Banyamulenge. Les medias en avaient cité quelques noms dont la responsabilité directe serait énorme bien que la responsabilité de conception se situe ailleurs. Certains de ces égorgeurs furent élèves dans la même région avant d’entreprendre le métier des armes. Il est facile de se connaitre car certains appartenaient à des familles qui se sont côtoyées durant des années. Certains de ces élèves qui deviendront par la suite des égorgeurs avaient été accueillis et logés durant des années dans les familles Babembe sur l’axe Makobola-Fizi. Même si certains n’ont pas eu cette chance de faire l’école secondaire, il était toujours possible de les identifier. Voila comment le massacre commis par des rebelles, au nom de la rébellion seront enfin identifiés comme appartenant à un groupe ethnique. C’est dans un contexte socioculturel qui est caractérisé par des rivalités et antagonismes lointains entre Babembe, Banyamulenge et Bafuliro

Le massacre de Makobola est l’un qui a été commis sur l’axe cité-haut. La différence remarquable par rapport aux autres est le mémorial érigé en mémoire de victimes. Sur l’axe Baraka-Lweba-Kabera-Nganji, certains corps ont été déterrés pour des fins de torpiller les preuves. On dirait que les corps ont été jetés dans le Lac Tanganyika afin d’éviter que soient retrouvés dans les environs d’évidences ces massacres ont été commis. Certains de ces massacres avaient commis d’une manière ciblée mais toutes ces victimes restent dans l’effondrement et une vie qui est devenue de plus en plus incertaine. Les criminels appartenant aux forces de sécurité mais aussi les jeunes et amateurs criminels facilement identifiables. Toutes les fois que Makobola est cité, dans nos mémoires on sent toujours de préjugés populaires qui opposent les groupes ethniques ; là, je conseille cette notion de responsabilité individuelle. Il y a aussi une nécessite de couvrir l’ensemble d’événements malheureux qui ont endeuillé toute la région en vue d’y trouver une solution adéquate et allant dans le sens de la réconciliation et cela d’autant plus que ces drames sont innombrables et les criminels que victimes sont lus que de milliers.

On dirait que les rebelles dans cette partie du pays n’ont que pour mission de l’endeuiller que de contribuer à y trouver de solutions. Les défaillances des années 1960-70-80 sont apparemment similaires à celles des années 1996-89-2002. Il me semble que ceux opérant actuellement ont la même tendance à jouer sur des sensibilités mobilisatrices au lieu de chercher des solutions aux problèmes que connait la population ordinaire. Il est difficile de déterminer les limites que connaissent ces mouvements rebelles mais la suite est que les répercussions tendent à opposer les communautés. La manipulation et l’intox ne font que tournent aussi autour de ces mêmes sensibilités en vue de se créer une forme de sympathie. Bien que mon entendement m’amène à hésiter sur des solutions violentes, les hommes en armes doivent comprendre que leurs missions premières seraient de trouver de solutions aux problèmes majeures que nous connaissons et ne pas nous opposer en termes d’appartenance socioculturelle.

En dépit de nos limites et défis qui nous emballent dans nos structures culturelles et communautaires, j’encourage aux nouvelles générations de les briser en vue de trouver une issue à ces crises en répétition. En plus de cela, j’espère que ceux qui nous souhaitent un avenir brillant doivent comprendre nos limites et défis ne sont vraiment pas innés mais plutôt une construction sociale qui se transforme en une réalité qu’on croit palper par nos mains. Ils sont nombreux ceux qui considèrent toutes ces manipulations comme étant une parole divine. Nous venir en aide nécessite de comprendre que nous sommes des humains par nature, fatigués et exposés aux manipulations durant de centaines d’années. Il est probable que nous soyons humains comme tant d’autres. J’espère qu’un jour nous prouverons à la face du monde, qu’en dépit de ces fortes manipulations, nous pouvons recouvrir le sens humain.

NTANYOMA R. Delphin

PhD Researcher in Conflict Economics

The Institute of Social Studies/

Erasmus University Rotterdam

Twitter: https://twitter.com/Delphino12

Blog: www.easterncongotribune.com

[1] Il serait que la localité de Makobola avait fait, dans le temps anciens, partie de la Zone d’Uvira et que la plupart de ses habitants étaient considérés comme de Bavira. La reconfiguration territoriale a fait que cette partie soit du territoire de Fizi et par la suite, l’ensemble d’habitants de la localité s’identifie comme Babembe. Cet aspect ne fait pas l’objet de notre débat mais il montre combien de fois l’appartenance ethnique est souvent une construction sociale qui mérite bien d’être approchée de la bonne manière.

Leave a Reply