Congo : Si l’Etat Wébérien n’Existe pas, l’Eglise Catholique Existe

Dans un espace de trois semaines, la République Démocratique du Congo (RDC) est confrontée à un tournant sans précédent, inopportun qui gonfle le nombre d’innocents dans de circonstances violentes. Vraiment condamnable car on peut toujours l’éviter.  Mes condoléances aux victimes de ce drame qu’on aurait évité. On en a déjà enregistré de vingtaines de morts, innocents qui demanderaient quelque chose de possible ou qu’on aurait évité pendant de dizaine d’années. Le front de la lutte quitte la rue pour se concentrer dans les églises. Mais la question dont on se poserait, les manifestants laïcs exigent-ils le départ de Kabila ou réclament-ils une considération sociale. Telle est la notion à comprendre pour ceux qui veulent diriger ce grand pays.

L’histoire de RDC est riche―complexe que les 15 années du régime Kabila. Elle a été caractérisée par la violence d’une part exprimant le sentiment de privation mais aussi orchestrée par ceux-là qui voulaient/veulent s’asseoir sur le grand gâteau. Depuis la colonisation, au régime de Mobutu ainsi qu’à l’actuel, il semble que le peuple ordinaire n’a jamais senti le sens d’un Etat responsable dans le cadre de ses missions primordiales (cfr Modèle Wébérien). La notion d’Etat a semblé faillir au point que l’histoire de ce pays est souvent citée parmi les Etats défaillants.

Quand l’Etat a défailli, il est important de comprendre les institutions qui tiennent comme alternatives. La première de celle-ci est la structure dite « ethnie/tribu » mais aussi les organisations/associations caritatives ou non-gouvernementales parmi lesquelles les églises. L’église catholique occuperait une première place parmi ces structures religieuses. Elle est implantée dans plusieurs coins du pays, elle parvient à offrir de services, certains appartenant dans le domaine public, dont les entités Etatiques offriraient difficilement. L’église catholique occupe largement le secteur d’éducation au point que la classe élite aurait largement été formée dans ses écoles. Elle possède plusieurs centres hospitaliers, associations d’aide aux démunis… qui s’ajoutent à son rôle de diluer nos frustrations à travers l’enseignement biblique. Elle peut seule mobiliser car l’Etat joue le rôle de démobilisateur pour n’avoir pas répondu aux attentes de la population. Elle est la seule à mobiliser sans que les manifestants recourent facilement à la violence et aux casses comme cela arrive souvent avec les manifestations convoquées politiciens.

La démobilisation n’est pas seulement imputable à la classe dirigeante mais aussi à toute la classe politique confondue pour son rôle joué dans les conditions que nous vivons aujourd’hui. Peu importe ceux qui décident rejoindre l’appel du Comité Laïc de Coordination (CLC) comme une opportunité qui ne fallait pas rater ; les laïcs interpellent et se positionnent au-devant pour prouver que la confiance chute de plus en plus. Il est difficile de savoir si les politiciens qui rejoignent l’appel le font comme de politiques ou comme de croyants/chrétiens, membres de l’église mais cela ne suffit pas car l’histoire fait que « les faits soient têtus ». D’autre part, l’église comme acteur social apparemment apolitique devrait prendre en compte sa notion d’impartialité et œuvre dans un sens qui rassemble tous les acteurs. L’exigence de mettre en application les accords du 31 Décembre 2016 reste leurs droits si les laïcs jugent que l’accord n’a pas été respecté. Toutefois, les émotions ne devront pas primer sur la raison. A défaut, on tend à voir un phénomène de règlement des comptes individuels; avis simple.

Une nuance et contribution de poste est de rappeler aux aspirants aux fonctions Etatiques que la mobilisation ne serait pas forcement une expression d’un sentiment contre un individu ou une plateforme dirigeante comme cela se présente souvent dans le Medias ou par le monde politique. Il est loin de se limiter sur l’exigence de positionner tel ou tel à la Primature au Ministère de Finances ou de l’Industrie. Il est plutôt l’expression du cumul de frustrations qui datent de générations en générations. Cette expression peut être politiquement manipulée et présentée comme tel mais elle est largement circonscrite dans la demande du bien-être social mais bien sûr en incluant la demande de liberté d’expressions. Cet article vous interprète les déclarations des manifestants du 21 Janvier dont l’auteur est ndeko Eliezer, le journaliste qui souvent perce les murs difficiles pour couvrir ces événements douloureux.

Pour plus de cinq personnes à qui ndeko Eliezer a tendu le micro, dans un enclos de refuge de la MONUSCO, les cris étaient ‘Kabila akende’ ; pour dire simplement Kabila dégage. Là, on fait simplement allusion au Président Joseph Kabila comme individu bien que le message est fort qu’on ne le pense. Même si on criait contre le Général Kasongo ; même si la frustration et le sentiment de détresse poussaient tout le monde à s’exprimer, voilà les messages clé à retenir : les manifestants dans ce reportage spécifique qui peut-être représentatif font allusion à la corruption et l’enrichissement illicite. Ca s’exprime dans « oyo tonga nyioso bazui, baiba…, bakotika yango ». Littéralement, on sent qu’on s’insurge aux inégalités entre le peuple ordinaire ainsi que la classe politique. En criant que “les médiocres dégagent”, ils expriment un sentiment de frustration comme quoi on n’est même pas à mesure de pourvoir aux besoins primaires : « tokemba fort ».

Les propos de manifestants allaient à demander l’alternance politique, répondre à l’invitation du Cardinal Monsengwo ; mais, ils insistent que ceux qui ont eu la chance d’étudier, ils trouvent difficilement l’emploi. Le chômage à Kinshasa ou dans toutes les provinces du pays n’est un dossier à discuter ; il est clair comme de l’eau de la fontaine ; je me dis. Ils vont loin en exprimer le désarroi qui fait que la jeunesse recherche de l’emploi chez les ‘chinois’; et tout ce qu’on y vive comme expérience malheureux. Cela n’est peut-être pas une expression de la xénophobie contre la Chine mais plutôt exprimer ces opportunités que les nationaux ne parviennent pas à exploiter et qui sont exploitées par … J’ai été stupéfait que l’un des manifestants pointe du doigt à l’entourage du Président Kabila. Il dit, «  alors que nous souffrons, cet entourage vit en aisance… » ; Je paraphrase. Bref, la question n’est pas un individu mais plutôt la demande collective de vivre à la hauteur de la richesse du pays.

Derrière les manifestants, on peut paraitre comme parfait ou saint. Soutenir un peuple ordinaire réclamant ses droits est à encourager. La question reste la manipulation pour de fins politiques. Que ceux qui y trouvent une opportunité sachent que le peuple n’exige pas seulement le départ d’une personnalité politique mais plutôt le changement du système de « patronage » dont plusieurs avaient contribué en sa mise en place depuis l’indépendance de ce pays. Quand on accuse les dirigeants d’avoir organisé un enrichissement illicite, je doute que Twitter et tweets défendront celui qui, d’une manière ou d’une autre, avait joué un rôle dans ce drame du Congo qui dure de décennies. D’une manière particulière, répondre à ces exigences que pose le peuple ordinaire de Kingabwa (dans Kinshasa ayant 12 millions d’habitants) passe par une mise en place d’un programme politique assidu qui propose de solutions adéquates aux crises en répétition. J’ai toujours cru et crié que la redistribution équitable de nos richesses reste une panacée, si non, ce cycle de violence ne sera pas interrompu. « A bon entendeur, Salut! ».

NTANYOMA R. Delphin

PhD Researcher in Conflict Economics

The Institute of Social Studies/

Erasmus University Rotterdam

Twitter: https://twitter.com/Delphino12

Blog: www.easterncongotribune.com

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