Journée Internationale de la Femme à Nyamilima: Des Générations en Générations « Hors Radars et Grands Ecrans TV»

Nyamilima est situé dans le territoire de Rutshuru au Nord-Kivu sur l’axe allant à Ishasha (frontière entre la RDC et l’Uganda). Une grande localité dans laquelle la cohabitation entre groupes ethniques constitue l’une de question casse-tête. Cette localité dont on parle que quand les « Mazembe » ou autres groupes armés s’affrontent ou s’attaquent aux paisibles citoyens, elle aurait servi la base de l’éducation scolaire pour certains grands leaders de la Province du Nord-Kivu. La jungle où les armes dominent au point de ne pas permettre ces « personnages clés » dans notre vie à cultiver la terre pour la survie de la famille. En cette journée internationale de la femme ayant pour thème « L’heure est venue : les activistes rurales et urbaines transforment la vie des femmes », ma voix s’associe à tout ce monde qui milite en vue de trouver un monde meilleur sans toute forme de discrimination.

Femmes de Nyamilima revenant aux champs

L’article vous amène à Nyamilima juste pour vous exprimer ce sentiment de culpabilité mais aussi de peur car de générations en générations se perdent dans la jungle. En dehors de grands écrans, de discours politiques de la chaude température de Kinshasa, il existe une vie qui mérite une attention particulière et moins de discours que des actes palpables. Même si les armes crépitent durant presque toutes les 24 heures du jour, cela peut largement s’explique par le fait que devant l’unique alternative qui est l’arme, le ‘choix rationnel’ ne serait que celui-là. Pour ce faire, il est important de penser à des solutions appropriées qui ne sont pas seulement le monopole de la violence de la part de l’Etat mais plutôt la responsabilité publique. J’ai toujours pensé que si les responsables politiques avaient fait un bon choix depuis la période coloniale et jusqu’ avant-hier, les armes n’auraient jamais constituée la seule option entreprise par les jeunes. Mais, hélas !

Ttravail de champs n’éxclut pas le travail de ménage. Femmes de Nyamilima

Au 21e siècle, de Nyamilima comme partout dans ces zones reculées de la RDC dont spécifiquement mon village, la force physique de femme reste le pilier de survie et du développement de la famille. Est-il possible de trouver la place de  l’Etat dans notre vécu quotidien ! La réponse peut se réaliser sur terrai ou à  Nyamilima. De l’aube aux heures tardives du soir, les femmes travaillent dans les ménages, aux champs mais aussi se débrouillent de gauche à droite pour subvenir aux besoins primaires. Elles doivent trouver de l’argent pour se procurer du savon, du sel, des vêtements en passant par la vente de produits de leurs champs. Jusqu’à 2018, bizarrement nos enfants doivent accompagner leurs mamans aux champs ; une situation qui affectera des générations et de générations. Le choix n’est pas irrationnel mais certainement rationnel car le contexte socio-économique et politique leur a abandonné. Elles sont des femmes qui ont vécu des atrocités et de guerres en répétition de tout un quart de siècle alors que la notion d’Etat n’a jamais existé depuis de milliers et de centaines d’années. En dehors de la culture dominante de l’homme sur les femmes, ces dernières ont été délaissées et abandonnées car le premier est souvent celui qui s’engage dans les guerres ou victime ciblée.

Enfants et avenir: Nyamilima a besoin de solutions appropriées

Il est à rappeler que ces générations perdues « hors de radars » connaissent de milliers de défis qui affectent en premier lieu les jeunes filles, les futures mamans. Ces jeunes filles se font prisonnières des hommes en armes dans un contexte où le viol laisse plus de charges aux femmes. On en dénombre plusieurs jeunes filles qui, faute de protection sociale et sécuritaire, se voient obliger d’avoir des enfants aux bas âges. Un ami à moi évoqua ce phénomène inquiétant et à Nyamilima qu’à Fizi mais qui peut se manifester partout dans la région Est du Congo. La suite est que des jeunes filles se trouvent avec des enfants dont elles n’ont pas décidé d’en avoir ; et cela a des répercussions sur l’avenir car de fois elles se sont obligées de recourir à n’importe quels moyens pour survivre ; même ceux-là qui occasionnerait d’autres naissances.

Ces jeunes filles de Fizi ayant eu d’enfants aux bas-ages; phénomène inquiétant. Photos Faustin

Ma contribution à travers ces photos est d’interpeller les responsables politiques de penser spécifiquement à ces zones abandonnées, aux femmes qui en constituent la grande majorité. Pour l’intérêt de l’avenir et des générations futures, il est urgent aussi trouver des solutions adéquates à ces enfants qui accompagnent leurs mamans faute d’autres possibilités. Dois-je dire encore une fois que la question principale que connait ce pays est la redistribution des richesses ? Cette fois-là, NON.

NTANYOMA R. Delphin

PhD Researcher in Conflict Economics

The Institute of Social Studies/

Erasmus University Rotterdam

Twitter: https://twitter.com/Delphino12

Blog: www.easterncongotribune.com

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