Des Entités Ethniques aux Provinces Ethniques : “Balkanisation” et Découpage du Nord-Kivu

L’histoire du grand Kivu et celle de la RDC a été caractérisée par de découpage―démembrement et regroupement de ses entités. Plus particulièrement, alors qu’elle constituait une seule région (province), le grand Kivu fut découpée en trois provinces entre 1960-1962 et encore une fois en 1987. De 1962-1987, le grand Kivu (Nord-Kivu, Sud-Kivu et Maniema) était une seule région qui ne cessa de s’embraser pour diverses raisons dont l’héritage colonial ainsi que l’absence d’Etat qui tenta de manipuler les divergences et antagonismes ethniques. La gestion d’un espace étatique-nation en entités ethniques ainsi que les déboires de la dictature de Mobutu furent d’éléments qui ont conduit à ces interminables références aux ethnies.

L’actualité de la région du Kivu ne cesse d’étonner par la manière dont elle s’interprète. Rien d’étonnant ailleurs dans toutes les provinces, dans les cabinets ministériels, cabinets de partis politiques, aux marchés, dans les taxis etc. l’ethnie est une notion qui revient souvent. Alors que durant de décennies, le Nord-Kivu fait face aux résurgences de groupes armées, milices et armées étrangères, groupes terroristes qui déciment son tissu social, le découpage de la Province en entités Hutu et Nande est aussi à la une. Il serait qu’une pétition et contre-pétition sont en cours en vue de découper la Province en deux parties ; l’une qui appartiendrait aux Nande vivat le Grand-Nord ainsi que l’autre qui sera majoritairement dominée par les Hutus !  Permettez-moi de tomber aussi bas en utilisant ces mêmes termes ethniques qui ne servent qu’aux intérêts politiciens de positionnement alors qu’en vrai dire, le citoyen ordinaire ne deviendra que le victime ou bourreau au service de l’élite.

Croyez-vous que tous les Nandes vivent l’honneur du Gouverneur du Nord-Kivu ? Espérez-vous qu’une Province Hutu rendra tous les Hutus heureux dans ce paradis dont ils aspirent ardemment ? Et qu’adviendra-t-il d’autres groupes ethniques vivant au Nord-Kivu du fait qu’ils n’auront jamais du courant électrique, de l’école construite, sans route parce qu’ils ne sont pas majoritaires. Peut-on affirmer sans hésitation que tous ces défis que nous rencontrons du jour au jour résultent du fait le ‘notre’ n’a pas été nommé gouverneur, Ministre, chef d’entreprise… ? NO

Il m’est difficile de juger le fautif entre ceux qui se disaient majoritaires en se référant au nombre numérique d’individus dont ils croient appartenir à leurs groupes ethniques. Le même embarras m’agace quand la manipulation ethnique tend à faire croire au peuple ordinaire que la solution est d’exclure les autres d’une part ; ou d’autre part, celle de rompre/scinder avec les autres. La suite est qu’on trouve éternellement l’ennemi dans l’autre camp alors que les bénéficiaires de toutes ces manipulations ne visent possiblement pas l’intérêt supérieur de ce petit citoyen dans ces coins inaccessibles. Et quand toutes ces pétitions sont interprétées comme un signe de la ‘Balkanisation’, personne n’est à mesure de le prouver avec évidences.

Voilà l’origine du mal. Comme tant d’autres qui jouent avec les esprits frustrés, Tumbula Rachidi Roger qui serait le Porte-parole du Gouverneur du Nord-Kivu vous présente un aperçu d’une Province qui sera dirigée sans interruption ni transition par un membre de l’ethnie Nande. Il n’hésite pas d’affirmer que le même scenario doit inévitablement se produire au Sud-Kivu, où l’ethnie Bashi doit éternellement occupe le premier poste de la Province ; donc le Gouverneur. Il serait facile d’estimer quelle ethnie dirigera le Kwilu, Sankuru, Maindombe, Tshuapa… Cette notion moins constitutionnelle qui accorde à un groupe ethnique de gérer une entité territoriale appartenant à un Etat s’appelle « la loi de la majorité numérique ». Voilà l’image à vendre d’une grande nation dont ses citoyens se reconnaissent aisément dans une confédération multi-ethnique. Je me sens perplexe devant de telles affirmations d’hommes dits politiques.

Je m’accorde avec Roger que le découpage d’une province ne doit pas être motivé par des visées dont les tenants et aboutissants ne ressortent que les intérêts ethniques au point que cela ne puisse constituer un mauvais antécédant pour l’avenir. De plus, ces ambitions de découpage peuvent ne rien avoir de palpable par rapport à l’annexion au Rwanda de cette nouvelle Province-Hutu ; l’idée communément dénommée comme la ‘Balkanisation’. Je ne saurai pas infirmer ni affirmer le propos de Thomas d’aquin Muiti comme quoi la pétition demandant le découpage du Nord-Kivu est à comprendre comme une stratégie « qui ne vise en réalité que l’annexion du Nord-Kivu au Rwanda ». Je crois que le rôle de la société civile est plutôt celui d’éclairer que tirer les ficelles. J’ai peur que même les membres de la société civile dans le pays de Lumumba distinguent confondent leurs missions à leur appartenance ethnique. En se référant sur les propos de Roger (moins représentatif espérons), Je trouve plutôt que les Hutus du Nord-Kivu envisagent une Province dont ils seront majoritaires comme les Nande et Bashi actuellement. L’un de leur sera à la tête de cette province pour l’éternité en éternité. Cette province pourra-t-elle résoudre tous les problèmes que connaissent tous les Hutus du Nord-Kivu ? Je doute fort mais je crois que cette province tout comme les autres 25 doivent être dirigées par des fils/filles Congolais plutôt que Hutu/Nande. Sans appartenir ni s’identifier avec n’importe quel groupe ethnique, ces filles et fils du pays doivent mettre en avant l’intérêt supérieur de la nation.

NTANYOMA Rukumbuzi Delphin

PhD Researcher in Conflict Economics

The Institute of Social Studies/

Erasmus University Rotterdam

Twitter: https://twitter.com/Delphino12

Blog: www.easterncongotribune.com

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