UNC & l’Ambitieux Vital Kamerhe : Leadership Responsable, Visionnaire, et Rassembleur au modèle de sa « Thèse Doctorale » ?

L’Union pour la Nation Congolaise (UNC) est le parti cher à Monsieur Vital Kamerhe Lwa Kanyiginyi Nkingi. Dans presque deux mois après les élections générales de Décembre 2018, le Président de l’UNC totalisera 60 ans ; l’âge de la sagesse pour ceux qui veulent l’appliquer. Les palpitations de la jeunesse tendent à décroitre et cela se fait remarquer quelque part dans son programme politique vis-à-vis du Projet de Société de l’UNC. En plus de l’âge du Candidat aux Présidentielles du 23 Décembre 2018, son parti politique aura aussi bientôt dix ans d’existence. Vital Kamerhe, l’homme de Walungu qui parle les quatre langues nationales a présenté à l’opinion Congolaise son programme politique en date du 28 Septembre 2018. Faisant l’objet de cet article, ce programme peut se résumer en une phrase qui siffle l’idée derrière sa thèse de doctorat : « la rhétorique, la bonne gouvernance et le développement durable ».

Ne revenant plus sur les qualités d’un Président de la République, incontournable, « fort à la tête de l’exécutif », ce programme présente des innovations exceptionnelles par rapport au projet de Société qui aurait été élaboré durant une période de divorce. On ne parle plus d’un Chef de l’Etat Fort. Toutefois, l’ancienne main droite du Président Joseph Kabila prône toujours un leadership « Responsable, Visionnaire et Rassembleur ». Cette devise est difficile à déchiffrer avant de lire ce document peut s’expliquer dans le sens de la mobilisation et slogans politiques. Certaines innovations laisseraient croire, jusque a preuve de contraire, que ce programme a été minutieusement élaboré avec des spécialistes dans le domaine de la Sante particulièrement. Il reste le temps de juger ce document par rapport aux autres qui sont encore dans les valises ou dans les tiroirs. Parmi les innovations majeures de ce programme politique de 2019-2023 (si élections aient lieu), il ressort qu’un diagnostic a été mené pour comprendre les défis du développement de la RDC. Ce diagnostic se fait remarquer plus dans le domaine de la Santé―Education et la clarté des réseaux de transports à construire, réhabiliter ou entretenir (Cfr volets Transport et Voies de Communications, ferroviaire et maritime). L’interdépendance de ces réseaux maritimes, ferroviaires et routiers rend ce programme aussi pertinent. Il est presque facile de comprendre la raison de la ligne ferroviaire Kalima-Shabunda-Mwenga-Bukavu-Kamanyola-Kiliba-Uvira par rapport au Port de Kalundu/Uvira en liaison avec Dar Es Salaam… Dans l’esprit de transparence et redevabilité, il est aussi lisible que l’électorat aura une base d’évaluation à la fin de ce mandat (si + si)…

Vital Kamerhe présentant son programme politique

En lieu et place de braquer éternellement nos yeux sur les minerais, ce programme donne à l’agriculture une place importante dans la croissance économique et le développement. Cette perspective constitue une innovation qui ferait que la RDC ne dépende plus du prix fluctuant des minerais sur le plan international mais aussi elle contribuerait à l’autosuffisance alimentaire qui s’impose. Elle limiterait aussi ces importations inopportunes dont nous vivons du jour au lendemain. L’instauration du Salaire Minimum Interprofessionnel Croissant (SMIC) de 300$ dans le domaine de l’éducation, aux militaires et policiers ; l’établissement des pôles industriels ainsi que la création du Fonds National d’Investissement pour financer la diversification de l’économie ainsi que l’imposition d’apprentissage de 4 langues nationales sur l’étendue du territoire national en font sa spécialité. Le programme politique évoque une idée de la diplomatie dit économique (Economic Diplomacy) qui en constitue un pilier important pour relier la RDC et les pays de la région ou l’Afrique. Cette notion pourrait contribuer à rendre la diplomatie ‘vivante’, gagnant-gagnant pour les Etats de la Région et orientée dans le domaine d’intégration économique régionale.

Une fois au commande, l’UNC veut instaurer la notion d’un Médiateur de la République (Ombudsman). Selon l’expérience dans d’autres contextes, les fonctions d’un Médiateur de la République joue un rôle déterminant en vue de mettre en place la transparence et la redevabilité des fonctionnaires de l’Etat vis-à-vis de ses concitoyens. Bien que rien n’ait encore filtré sur les modalités pratiques de mettre en place cette structure ainsi que ses compétences, il va de soi de reconnaitre qu’une telle innovation est à applaudir. Espérons que celle-ci/celui-ci, une fois nommé (e), ne sera pas limité dans l’exercice de ces fonctions. L’UNC promet aussi qu’il s’attèlera sur l’organisations des élections au niveau locales, urbaines et communales dans le meilleur délai. Je trouve important que l’UNC met sur la liste de ses priorités l’organisations des élections au niveau communal, urbain et local. L’expérience prouve que ces entités qui auraient servi de base de la démocratie n’ont jamais exercé ce droit depuis ‘kala’ ! L’effectivité de la rétrocession (40% de recettes de Provinces) est aussi une promesse de ce programme. Toutefois, il me semble qu’elle doit plutôt s’accompagner de reformes au niveau de textes légaux que d’en faire une simple promesse ; donc, j’hésite encore à y croire.

Le programme a plusieurs aspects pertinents dont on ne saurait pas énumérés tous dans cet article. L’un d’aspects piquant est la répartition du budget est affecté par volet du programme. Les priorités en termes du budget (moins balancé en quelque sorte avec certains volets non-budgétisés) prouvent que les transports (Routiers, Maritimes et Ferroviaires) occupent une place importante avec 33% du budget quinquennal. Il est suivi de l’Energie renouvelable (22%) ; et ensuite l’Education, la diversification de l’Economie, l’Armée et la Sante ayant respectivement 8,9%, 8,9%, 8,2% et 5,4%. Ma lecture tend à convaincre que l’agriculture qui a 2.6% du budget total reste au centre de ce programme au travers l’ensemble d’investissement dans les domaines du transport mais aussi de l’environnement. Cette assertion est liée au fait qu’au Congo, l’agriculture ne souffrirait en premier lieu que de l’enclavement des milieux ruraux qui fasse que celle-ci devient dérisoire. Une fois ces milieux désenclavés, il faudra des mécanismes tendant à motiver les agriculteurs et orienter celle-ci dans le cadre l’agro-business ; et tout décolle. Le tableau en dessous résume probablement la répartition du budget par volet.

Tableau récapitulatif de la répartition du budget de l’UNC/Programme politique

En passant par le recensement général de la population, de la parité homme-femme au sein des institutions Etatiques à l’organisation des coopératives et crédits communautaires, ce document programme politique donne impression d’un mémoire contenant différentes informations utiles pour comprendre le contexte socio-économique et politique de la RDC. L’établissement de centres de formation pour les jeunes désœuvrés qui, de fois, trouvent une opportunité dans les groupes armés, mérite d’être mentionné. L’UNC promet de répertorier ces talents et connaissances qui sont éparpillés au sein de la Diaspora Congolaise ; revoir les mesures contraignant ces derniers à accéder à certains services au pays natal ; de la question de la double nationalité ; à la mise en place d’une gestion basée sur le résultat… des nombreux atouts sont remarquables dans ce document programme. La lutte contre la corruption, le clientélisme, népotisme, instauration de mécanismes de transparence au sein du secteur minier n’ont pas été oubliés comme aspects auxquels le Leadership de l’UNC doit veiller attentivement. Mettre fin au chevauchement des compétences dans la collecte des recettes entre le pouvoir central et Provinces/ETDs est à applaudir. La construction des logements sociaux, les reformes au sein du secteur de sécurité, justice et domaine des affaires sont appréciables. Il ne reste au lecteur intéressé de bien l’exploiter en détails. Il ambitieux au point de ne pas y croire qu’avec 114 Milliards, Vital Kamerhe sera à mesure de répondre a toutes ces promesses.

Au risque de se faire tirer dessus, ce programme présente certains aspects qui nécessitent d’éclaircissements pour éviter la confusion. Analysant son budget, il ressort que celui-ci est basé sur un simple réalisme et pragmatisme comme l’indique le candidat Président. Il me semble qu’il y aurait eu moins d’efforts pour prouver au lecteur et à l’électorat des pistes possibles par lesquels ce dernier croirait que le financement de ce programme est possible. La contribution des partenaires internationaux n’est pas mentionnée alors que nous sommes dans un pays ouvert au partenariat mais aussi aux investissements directs étrangers. Dans le domaine de transport, à titre indicatif et avec moins de notions techniques dans le coût de construire 1 Km (asphalté, chemin de fer ou la construction d’un port ou d’un aéroport), mon estimation tend à croire qu’autour de 10 sur 37 milliards ne serviront qu’à la construction de ces 24,000 Km à asphalter (en raison de $300,000/Km). Pour ce faire, je me demandais si le montant restant pourra couvrir le 83,000 Kms des routes à construire, les réseaux ferroviaires distant probablement de milliers de Kms, établissement de ce réseau aérien ambitieux ainsi que la construction de tous ces ports ? Je crois que la question est technique, mais elle nécessite d’éclaircissements. Je proposerai une répartition qui aurait été faite par ces 4 sous-volets.

Vital Kamerhe devant une audience lors de la présentation de son programme politique

Dans le même ordre d’idée, le budget du secteur de l’Education est de 10 milliards de $. Ce budget couvrira la construction de plusieurs écoles primaires (10,000), secondaires (45,000), techniques (1035), Instituts Supérieurs (52) et Universités modernes (26) …, mais aussi financer d’autres composantes dudit Secteur. Si à titre illustratif une Université moderne, un institut supérieur, et une école (primaire, secondaire et Technique) peut respectivement coûter 150 millions, 55 millions et 200 mille ; les constructions en elles seules couteraient autour de 9.6 milliards. De ce fait, si ce calcul est proche de l’estimation probable, avec 10 milliards, il est difficile de réaliser l’ensemble de ces projets. En y ajoutant les bourses d’études (253,000), le paiement et régularisation de plus de 150,000 enseignants… ce programme serait ambitieux. Ce raisonnement s’appliquerait aussi dans le domaine de la Santé ayant un grand nombre de défis et infrastructures à construire. D’une manière spécifique, les nombres de centres sanitaires et Hôpitaux à construire ressortent difficilement par lecture de la cartes (cfr cartes 3 ;4). La carte No6 est déchiffrable aussi difficilement pour « nous » apprentis de Système GPS. Ces cartes peuvent induire en erreur car chacun pourrait en estimer comme il veut les nombres d’hôpitaux, centrales électriques à construire dans les 5 ans. Je crois, c’est au candidat Président d’alléger la tâche au lecteur et a l’électorat.

En tant qu’observateur « indépendant » dans le domaine politique, je ne crois vraiment pas que « Le problème de la jeunesse n’est pas à dissocier avec la déliquescence du système éducatif ». Cette formulation tend à affirmer que l’ensemble des jeunes connaissent des problèmes dans ce pays car le système éducatif est « foutu―délinquant ». Qu’il y ait eu des failles dans le domaine éducatif mais ce n’est pas pour autant qu’il n’y ait pas eu d’écoles modèles dans ce pays et dont ses finalistes tardent à trouver de l’emploi. Certains de ces finalistes-diplômés restent chômeurs pendant la grande partie de leur vie alors qu’ils ont investi des milliers de dollars dans l’enseignement supérieur et universitaire. De deux, on croirait que tous les jeunes sans emplois ont eu accès aux études et que les grands défis qu’ils rencontrent sont liés au décalage entre la formation et le marché de travail. Je reconnais qu’il y a bien sûr ce décalage’ mais il faut honnêtement admettre qu’ils sont en milliers victimes de l’histoire de ce pays et que certains n’ont jamais eu accès a l’école. Si mon interprétation est erronée, j’aurais le temps de rectifier mon argument. D’ailleurs, le bloggeur a fourni plus d’efforts sans trouver clairement la solution aux défis qui entourent ces jeunes sortant d’Ecoles et Universités « sans niveau requis pour améliorer la productivité et la compétitivité de nos entreprises. » Il est important qu’une piste probable ressorte dans ce document.

Alors que Vital Kamerhe est fervent defenseur de la cour pénale international pour les crimes commis en RDC, il me semble que cette idée n’est pas bien ressortie. Même si la mise en place de cette institution implique plusieurs Etats et acteurs, souligner son importance comme moyen de rendre justice ou du moins présenter son alternatif aurait été le minimum. Je comprends qu’il y ait de défis tout autour de ce projet mais on a quand même besoin d’une option alternative. Ensuite, ce programme ferait mieux de clarifier ce qu’il appelle une « une amnistie fiscale par rapport à toutes les déclarations antérieures ». La manière dont le simple « régulateur Gouverneur de la Banque Centrale » s’arroge les prérogatives des Ministres du Budget et de Finances m’a simplement échappé. J’ai failli croire qu’il s’agit des problèmes personnels qui s’immiscent dans un programme politique d’un candidat présidentiable. J’aurai aussi voulu comprendre comment l’UNC prétend résoudre la question épineuse du rajeunissement des agents de la fonction publique et son corollaire qui est la retraite―pension des anciens agents. En dehors de ces casse-têtes, ce programme aurait mieux pensé que les droits humains, communications et médias, la lutte contre la corruption et concussion ne fonctionnerait pas sans budget.

Enfin, je crois que la gestion d’un Etat est plutôt à dissocier avec les émotions et sentiments partisanes. Il serait prudent de ne pas baser une politique/décision d’un Chef d’Etat sur bases de soupçons. L’idée comme quoi l’UNC prévoit remplacer la chaine de commandement et toutes les unités dans les zones en conflit m’a semblé inopportune car basée sur de simples soupçons qui peuvent de fois être erronés. Alors que le programme précise que « ces derniers [chaine de commandement et unités] sont soupçonnés, à tort ou à raison, d’être complice, co-auteur ou en intelligence avec leur bourreaux » ; je me suis posé la question de savoir comment la position de l’UNC s’il s’avère qu’ils (elles) sont accusés à tort. Une question cruciale comme celle-ci ne doit pas faire l’objet d’un débat animé par des sentiments personnels ou par influence de la rue. Au lieu de promettre et compromettre l’avenir d’un état pour de fins politiques et de mobilisation électorale ; au sommet de l’Etat il y a un espace et d’opportunités pour mieux comprendre ces énigmes auxquels font les populations de l’Est du Congo. Résumer 65 pages n’est pas simple, je ne crois pas que cet article est exhaustivement élaboré mais il contribue à ouvrir un débat autour de ce programme.

NTANYOMA R. Delphin
PhD Researcher in Conflict Economics
The Institute of Social Studies/
Erasmus University Rotterdam
Twitter: https://twitter.com/Delphino12
Blog: www.easterncongotribune.com

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