Felix-Antoine Tshisekedi Tshilombo: Le Défis d’un Etat sans « Cordon Ombilical des Hommes Forts »

Ce 24 Janvier 2019, la République Démocratique du Congo (RDC) a connu un événement historique d’alternance entre un Président de la République sortant et un Président entrant. Longtemps attendu, cet événement porte au sommet de l’Etat Felix-Antoine Tshisekedi Tshilombo ; pour un mandat de 5 ans renouvelable une fois. Il préside à la destinée d’un Etat ayant plus de défis innombrables mais aussi d’opportunités énormes. Ces potentialités que connait ce grand pays de l’Afrique centrale sont de fois conçues comme l’un de défis majeurs devant ses failles de sa gouvernance Il s’agit particulièrement de ses ressources naturelles-minérales convoitent par un monde entier dont on pourrait difficilement nommer par son nom. Toutefois, rien n’affirme vraiment que toutes les faiblesses qu’a connu ce pays en termes de gouvernance sont toutes liées à ses ressources naturelles. Durant 60 ans presque d’indépendance, les crises de succession mais ainsi que la notion de l’exercice politique dans ce pays m’amènent à penser à ce jeu d’enfance.

Quand nous étions encore enfants au village bien sûr, on jouait à quelque chose de jeu qu’on appelait « kav’umu kaj’umu » ; latéralement, ce jeu peut signifier « bouge d’ici-là ». Dans ce jeu-fan, l’adulte prenait une graine de maïs, de haricot (ou quelque chose de similaire) dans ses paumes et ainsi croiser ses doigts. Le mouvement de ses mains croisées rendait perplexe le suiveur du jeu pour déterminer où est passé la graine. Tout en manipulant―bougeant ses deux mains, l’une autour de l’autre, le joueur continue à parler « kav’umu kaj’umu » dans le sens d’indiquer que la graine est passée de cette main à l’autre. En forme de loterie probablement, le suiveur qui était souvent le moins âgé devait enfin choisir où se trouve cette petite graine en question. Par la suite, il devrait pointer de par ses doigts, laquelle des mains contient le grain en question. Le bon choix de la main contenant le grain méritait un applaudissement comme quoi vous êtes en mesure de suivre ces mouvements un peu rapides. Il était souvent difficile à déterminer avec précision laquelle des mains contient le grain car celui-ci pouvait passer inaperçu d’une main à l’autre. Du fait peut-être que le suiveur était moins expérimenté, il nous arrivait souvent de ne pas savoir exactement si le grain est passé de la main droite à la main gauche. Sauf l’applaudissement, rien d’autre n’était à espérer à la fin de ce jeu.

Bizarrement, c’est une histoire qui n’a rien à faire avec l’alternance mais qui peut interpeller les suiveurs en vue de comprendre si nous ne sommes pas dans une phase où notre observation peut tromper de vigilance alors que la graine n’a pas bougé. Mais si elle a bougé, on finirait par être applaudi comme de bons suiveurs qui peuvent mieux observer un mouvement complexe. Que suis-je en train de parler sur cette petite graine ? RIEN DU TOUT

Une rétrospective. Nous sommes en face d’un pays ayant d’énormes potentialités mais ayant une grande majorité de la population pauvre. L’inégalité socio-économique est au plus haut degré. Je ne vais pas m’embourber dans les statistiques ; mais elles prouvent une situation déplorable―inquiétante. Plusieurs explications, divergentes soient-elles mais la classe politique ; particulièrement l’élite sont les premiers à pointer du doigt. La classe politique congolaise réserve de surprises et la récente a été extraordinaire.

La contribution de ce poste est de rappeler que l’alternance qu’exige le peuple n’est pas celui de voir de différents visages au Palais de la Nation mais plutôt une autre manière de gérer les ressources publiques au profit de la société en général. L’une de piste auquel le nouveau Président et son équipe devrait s’atteler est de créer un lien direct entre l’individu personnel et les institutions étatiques. Il m’a toujours semblé que pour la plupart de citoyens congolais, l’accès aux droits comme citoyen d’un Etat doit à maintes reprises passé par les individus dits « hommes forts ». Ces derniers, représentent, d’une manière ou d’une autre, une voie obligée pour qu’un citoyen ordinaire ait une considération. Des mécanismes assimilés à la redistribution de ressources étatiques passent par ces individus dont une fois servis, le reste se sentent ‘amadoués’.

Je me sens perplexe quand tous nous demandons si l’une de nos chères personnalités a été nommée pour un poste clé au sein du gouvernement ou une grande entreprise étatique… ; principalement à Kinshasa. Il constitue un cordon ombilical entre l’Etat et ses citoyens. On se croit de fois (d’ailleurs probable) qu’à leur absence ; notre considération―reconnaissance est mise en cause. Leur présence trompe l’opinion à travers plusieurs manœuvres dont l’élite a érigées en vue de rester pour longtemps autour de l’assiette où est place ce gâteau à se partager.

Ces hommes qui campent dans les grands centres entrain de négocier pour leur peuple doivent se sentir qu’ils doivent plutôt assumer la responsabilité humble de servir le peuple avant de se servir. Il s’agit de ces mêmes « hommes forts », qui, une fois malaises, trouvent d’occasions pour manipuler et enfin en tirer profit. Je ne veux pas évoquer ouvertement un système népotique qui a longtemps caractérisé ce pays ; mais ceux qui connaissent mieux ce contexte savent de quoi il s’agit. L’existence de ces hommes dits forts, qui parlent au nom du peuple doit être banni. Ce schéma doit être remplacé par un mécanisme par lequel tout citoyen (élite ou citoyen ordinaire) doit être servi au même degré et selon les possibilités qu’offrent nos richesses.

Je comprends bien qu’il est difficile de résoudre tous nos problèmes hérités depuis la colonisation pendant un ou deux mandats. J’ai peur que les « hommes politiques », voulant tout faire pour des raisons diverses incluses celles d’anticiper les échéances à venir, risquent de concentrer tout autour d’eux-mêmes. Durant ce mandant, je vois un climat complexe de cohabitation entre acteurs qui pourront ne pas se faciliter les tâches en vue de positionnement dans les 5 années à venir. Les nouveaux dirigeants pourront aisément être rejetés car les attentes de la population sont énormes que personne ne peut y répondre dans une courte période. En dehors des ambitions personnelles, de l’expérience de la gestion du domaine public, les dirigeants actuels feraient mieux s’ils rendent effective le projet de la décentralisation. Il s’agirait d’un seul sacrifice à offrir à cette nation si ces nouveaux dirigeants pourraient rapprocher et renforcer ces entités décentralisées d’un pouvoir effectif de décision et d’exécution. Quand un débat tourne autour de déléguer le pouvoir de décision et ses moyens financiers, Kinshasa hésitera comme d’habitude. On tourne en rond pour plusieurs années encore ? J’espère que ça ne soit pas ce jeu d’enfance.

NTANYOMA R. Delphin
PhD Researcher in Conflict Economics
The Institute of Social Studies/
Erasmus University Rotterdam
Twitter: https://twitter.com/Delphino12
Blog: www.easterncongotribune.com

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