Affrontements dans les Hauts Plateaux d’Itombwe-Minembwe: Quand tout le Monde a Raison ?

Les Hauts Plateaux d’Itombwe-Minembwe est devenu l’épicentre d’affrontements entre groupes armés qui détiennent le pouvoir et contrôle sur la population civile. Les derniers affrontements dans la succession de ce cycle datant de dizaines d’années ont eu lieu dans les localités de Matanganika, la première semaine du mois de Mars 2019. Les causes de ces affrontements n’ont toujours pas été éclaircies mais elles sont généralement liées a celles qui endeuillent aujourd’hui les localités de Kamombo-Mikarati-Kanihura. Ces affrontements connaissent souvent d’escalades au point qu’un observateur qui connait bien cette zone peut craindre le pire ou drame sans précèdent. D’une manière brève, ces affrontements exploitent largement l’absence de l’autorité de l’Etat ; et enfin tout un chacun peut décider de faire la loi et par la suite, tout un chacun a droit de se défendre contre toute menace. Je réalise enfin que quand l’Etat est absent, tout le monde a raison parce que tout le monde a tort au même degré. Qu’est ce passe-t-il à Kamombo-Kanihura

Le 4 Mai 2019, le Chef de Localité de Kanihura, Kawaza Nyakwana est brutalement interpellé par les hommes du commandant Semahurungure. Ce dernier appartient ou appartenait au groupe Gumino, il y a quelques mois. Il est l’homme le plus connu et très craint dans les Hauts Plateaux d’Itombwe-Uvira-Fizi. Pendant au moins 6 ans, il est l’adjoint du Commandant Nyamusaraba, le Chef Gumino. Dans le cadre d’anticiper les attaques qu’organisaient les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) contre les milices estrangères occupant les Hauts Plateaux, de manœuvres tactiles pensent impliquer malignement les groupes armés locaux. Ces manœuvres sont soupçonnées d’avoir usé les voies habituelles mais qui, de fois, tendent à co-opter des individus que de résoudre les doléances dans leur fonds. C’est dans ce cadre que Semahurungure promettrait que lui n’a pas de raisons de rester dans la brousse. Un divorce en gestation se profilait entre les deux chefs militaires du groupe Gumino ; d’audience Banyamulenge. Ils devraient dans les jours qui viennent établir deux ‘quartiers généraux’. Semahurungure est la personne qui est à l’origine de la mort du chef Kawaza.

Les civiles (femmes et enfants) fuiant les affrontements dans les Hauts Plateaux

Kawaza Nyakwana est arrêté et humilié dans les environs de sa localité qu’il dirige. C’était au marché de Mikaratai qui se tient tous les Samedi. Ce marché dit « kwa Ntayoberwa » est sous contrôle du groupe Gumino qui y taxe presque tout ; y faisant la aussi loi. Il s’agit de rapport de force qui compte et les faibles en pâtissent. Kawaza est un chef de localité mais il est accusé par ses voisins―détracteurs comme l’homme entretenant de relations avec les Maimai d’audience Banyindu-Bafuliro. C’est peut-être la seule manière de survivre dans une jungle ! Il y a quelques années, une confrontation interne entre Banyindu de Kanihura oppose Kawaza à Nyerere. Ce dernier avait été blessé à la main et aurait été victime de tirs venant du camp rival il ya quelques années. La confrontation entre les groupes soutenant Nyerere et Kawaza d’autre part consiste à contrôler cette localité de Kanihura. L’un de deux veut s’approprier le contrôle total en devenant le chef de localité. La force militaire peut garantir quelqu’un le poste majestueux de Chef de localité ; il s’agit d’un seul village à gérer. Ceci explique en partie la mort inopportune du Chef Kawaza.

Durant les derniers mois de 2018 (si ma mémoire est bonne), un garde du corps de Semahurungure disparait et il est resté sans traces pour plus de 6 mois. Il disparait alors qu’il aurait traversé les environs du village Kanihura et là, on peut soupçonner tout le monde mais particulièrement, l’ennemi éternel. Dans ce contexte, il est difficile de mener d’enquêtes pour déterminer qui aurait tué le garde du corps de Semahurungure. Difficile même de retrouver son corps. Nyerere aurait probablement comploté, dans le cadre d’éliminer son opposant pour la toute dernière fois ou une fois pour toute. Il est le probable accusateur de Kawaza devant le ‘maitre de l’ordre’, Semahurungure. Des sources concordantes affirment que Kawaza est arrêté en plein marché pour complicité de la disparition du pauvre garde du corps. Kawaza est d’ailleurs perçu―accusé comme le vrai commanditaire selon les dires de ses accusateurs. Avec toute l’humiliation et dans l’impossibilité de tout le monde qui devait plaider pour son cas, il est battu jusqu’à ce qu’il ait rendu l’âme. Quel drame qui rappelle celui du Chef de Localité de Kinyoni, Nkunzingoma Migeri. Ce dernier fut aussi tué dans les circonstances pareilles par les éléments de Semahurungure si pas sous son ordre.

Les civiles (femmes et enfants) fuiant les affrontements dans les Hauts Plateaux

La mort de Kawaza devant impliquer une humiliation de toute sa communauté. Elle se mobilise de partout. Un ami de mon village me dirait ce matin que de milliers rejoingnent Kanihura-Kamombo dans le cadre d’aller se recueillir. Raisonnable car une explication comme quoi « on ne connait pas qui sera le suivant à être humilié » s’avance facilement et mobilise. Dans la foulée de sa mort, les leaders communautaires ont tenté de mener de pourparlers. Rien ne pouvait tenir car la situation était déjà explosive. Il était une occasion de venger tout ce qu’on accuse Semahurungure et Nyamusaraba. En grand nombre, les Maimai se mobilisent de Lulenge, Kipupu et les environs de Kanihura. Le Banyamulenge aussi, à travers Twirwaneho et Gumino doivent aussi riposter si pas paye les bavures de Semahurungure.

Dans ce contexte, on confond l’individu à sa communauté ; ce qui prouve que la question dépasse de loin la mort d’un individu. A Matanganika et ses environs, la question était que Twirwaneho a été formé pour se protéger contre les tracasseries à outrance. Ces Maimai prenaient la suprématie sur le rôle de Chefs Coutumiers au point d’exiger un paiement exhorbitant sans nom et ça s’appelle communément « Ituro/Itulo ». Les eleveurs payent ‘Ituro/Itulo’ car exploitant les terres des autres. Certains éleveurs, pour de raisons de leur appartenance ethnique peuvent être exonérés de ce type de paiement. Pour defendre leur presence et existence, les Maimai trouvent tout le temps une explication comme quoi les éleveurs sans état d’âme ravagent leurs champs ; et que seules les armes peuvent les contenir. Twirwaneho est initié pour protéger les éleveurs contre ces tracasseries de Maimai. Enfin, ces premiers sont aussi accusés de tous les maux.

Les civiles (femmes et enfants) fuiant les affrontements dans les Hauts Plateaux

Comprenez qui veut, si le monopole de la violence est dans les mains de tout un chacun, c’est l’anarchie et le chaos. Voilà l’origine récente des affrontements de Matanganika qui, le 06 Mars 2019, ont failli attaquer les villages autour du bureau de la commune de Minembwe. Dans les circonstances exceptionnelles et avec méchanceté, des milliers de personnes ont péri lors de ces accrochages armés. Les gens sont égorgées en pleine journée, de dizaines villages sont incendiés et de milliers de vaches sont emportées par les hommes en armes. Ces vaches deviennent une source facile à se procurer ensuite les armes et munitions ; tactique organisée. On peut lire sur terrain que les affrontements de Matanganika se sont arrêtés sans que les deux parties aient compris cette nécessite de s’asseoir ensemble et cohabiter. Personnellement, j’en ai prédit que n’importe quel incident devait nous ramener à la case de départ. En l’absence de l’Etat fort et impartial, les affrontements continueront jusqu’à ce que l’un devient fort plus que l’autre ; et domine.

Voilà pourquoi, tout le monde attendait cet incident pour se venger. Donc, la mort de Kawaza était une ‘opportunité’ pour que les armes reviennent sur la scène. Vous m’excuserez d’avoir considéré la mort d’un chef de localité comme un appât. Toutefois, la manière dont les villages sont incendiés prouvent à suffisance qu’il ne s’agit plus de venger une seule personne mais c’est plutôt une occasion de faire taire l’ennemi éternel et pour de bon. En dehors de villages de Kanihura et Gitasha qui avaient été incendiés le lendemain de la mort du Chef Kawaza, aujourd’hui on en dénombre des dizaines de villages allant de Mikarati, Kamombo, Kanogo… Bizarrement, les villages de Kabara loin de la résidence de Semahurungure ont été aussi incendiés au point que même des villages de Mibunda ont été attaqués ce soir. Une coalition Maimai regroupant les Banyindu, Bafuliro et Babembe contre Banyamulenge doit interpeller. Ces attaques s’inscriraient dans le cadre de la contestation où les uns sont dits ‘autochtones’ et les autres de ‘nouveaux-arrivants’.

La mobilisation qui a suivi l’érection de la commune de Minembwe, en dit beaucoup. La mobilisation sur les réseaux sociaux à Matanganika, Fizi, Bukavu, Goma, Kinshasa, Johannesburg et Bruxelles pour contester une entité décentralisée est révélatrice. Ma crainte est que ces règlements de compte pourront embraser toute la région car ils ne sont plus dans le cadre de la demande de la justice pour la mort d’un chef seulement. Bien sûr, cette mort est inopportune et Semahurungure doit répondre de ces actes barbares ; mais l’observateur avisé devrait comprendre que le seul incident de mort ne pouvait pas mobiliser de milliers de miliciens et qui finalement décident d’incendier et tuer de civils innocents. L’expérience des années passées prouve à suffisance que nous sommes devant un plan qui date de longtemps visant a amalgamer tout un groupe ethnique.

L’état Congolais doit dans l’immédiat trouver de solutions durables à cette recrudescence de la violence qui nous endeuille du jour au lendemain. La présence de forces de sécurité est primordiale ; mais nous avons besoin de l‘armée qui joue un rôle neutre et impartial ; et à mesure de protéger tout le monde. Les questions de fond et causes premières doivent trouver aussi de solution. D’une manière ou d’une autre, l’Etat doit rester le seul à avoir le monopole de la violence. L’Etat doit renforcer sa présence au point de répondre même à ces questions dont on exprime pas ouvertement alors qu’elles sont les moteurs de la mobilisation.

NTANYOMA R. Delphin

PhD Researcher in Conflict Economics

The Institute of Social Studies/

Erasmus University Rotterdam

Twitter: https://twitter.com/Delphino12

Blog: www.easterncongotribune.com

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