Sud-Kivu : Dialogue Inter-communautaire ou Dialogue de “Sourds”? Réflexion de Sebaganwa Gasore Zébédée

Depuis le 26/6/2019, il se tient à Uvira une conférence intercommunautaire pour la paix dans les territoires de Fizi, Uvira, et Mwenga dans la province du Sud-Kivu. La conférence est organisée par ALERT INTERNATIONAL, en collaboration avec les ONG locales. Le but est d’essayer de trouver les voies et moyens pour restaurer la paix et la quiétude dans cette partie de la RDC.

A la suite de ces assises, de débats se tiennent pour discuter le bien-fondé de ce dialogue. Celle qui a retenu notre attention est le dialogue entre congolais sur la Radio Okapi. Les invités étaient des hommes politiques bien connus en Province du Sud-Kivu mais aussi dans la partie sud du Sud-Kivu. En suivant ce débat du dialogue entre congolais sur Radio Okapi le 26/06/2019, j’ai décidé de donner ma façon de voir les choses sur les conflits faussement dit communautaires dans les territoires de Fizi, Uvira et Secteur d’Itombwe en territoire de Mwenga.

De mon point de vue, les données qui ont été stigmatisées par certains de ces invités, ne peuvent pas mettre fin aux conflits dans cette partie du Sud-Kivu. A l’heure qu’il est l’État congolais doit imposer son autorité dans cette espace pour mettre fin aux conflits qui portent faussement la tenue des communautés des acteurs, alors qu’ils sont téléguidés par les politiques. Car depuis le 16eme et 17eme siècles, la cohabitation a toujours été pacifique jusque récemment.

Dialogue inter-communautaire qui se tient à Uvira du 25-28/Juin/2019

La lecture des événements étalés sur la période sensible de 1964 à nos jours est totalement différente car la politique s’immisce toujours et les réalités du terrain sont mal interprétées par le pouvoir public de Kinshasa. Depuis les événements qui ont marqué le départ douloureux des stigmates collectifs ont été lus et aperçus de manière opposée. La collaboration et le divorce brutale au moment du lancement de la Rébellion Mulleste a laissé des stigmates non pardonnés et mal entretenus. L’échec de la rébellion Mulleliste et la victoire du régime Mobutu (auquel était associé les Banyamulenge), a été ressentie comme une trahison par plusieurs leaders politiques du coin. D’ici naîtra l’astuce de les appeler des étrangers (Banyarwanda).

Cette réplique politique qui était amorcée en 1969 avait été planifiée par les politiques qui aujourd’hui n’existent plus. Ceci a été exacerbé pendant et jusqu’à ce jour. Les victimes se comptent par milliers. Les justifications ont été savamment mises en place et ont été inculqués aux générations qui se sont succédées dans le temps, au point que 50 ans vous ne pouvez plus savoir ce qui étaient fausses ou vraies.

Dans un parcours de conflit à caractère communautaire, parvenir à déterminer l’élément déclencheur est très fondamental, car il s’est avéré difficile que l’équation conflit soit résolue par les causes ou raisons de parcours, car une éternelle astuce des politiques. Alors que ce qui a participé au déclenchement du conflit dans le la région ? De mon point de vue ce n’est ni plus, ni moins le règlement des comptes de la Période Mulleliste.

Un travail sur le conflit psychosociologique de type Ethnique dans la région indique que depuis des générations aucun indice de conflit majeur. Seulement en 1964, la rébellion oppose de manière ouverte les Banyamulenge et leurs voisins. Les causes et/ou raisons de parcours se sont multipliées pendant des décennies. Et les victimes sont nombreux depuis 1966 à nos jours.

La vie publique est toujours réglementée par le pouvoir public. Les politiques n’accepteront pas d’assumer le passé, d’accepter le mal généré par leurs comportements (personnels ou collectifs) pour l’intérêt de la paix, mais essayeront toujours d’exiger à l’État de marcher sur les sentiers glissants.

Comment peut-on demander au gouvernement de créer les conditions de discrimination au sein de l’armée nationale ? Une proposition dangereuse qui porte des réels stigmates pour toute la nation. Comment concrètement pour envoyer un Régiment, Un Bataillon, Une Compagnie au Kivu, au Kasaï, au Katanga et Ailleurs, l’État doit sélectionner les militaires selon leurs provinces d’origine ? Honnêtement cela n’est ni pragmatique, ni possible, mais une fuite en avant des politiciens. Il faut régler les conflits locaux et évitons de proposer des pistes qui fragilisent les Institutions Nationales. Ceci ça s’appelle une raison de parcours.

Dans le même ordre d’idée, la commune de Minembwe, une autre cause de parcours. Avant, pendant, et après le décret qui a créé les centaines des communes et Villes en RDC, il y a eu des morts d’hommes, des femmes violées, des villages brûlés, des bétails razziés. Pourquoi la ville de Baraka, ville d’Uvira et celle de Kamituga n’apportent pas les mêmes conséquences ? Honnêtement, le problème est ailleurs et il faut la dépister.

En effet, il faut ajouter que le problème du Kivu, précède de la refondation de notre nation. Ailleurs, il y eut tolérance ; mais, cette refondation a fait éclater au grand jour les difficultés de sa naissance. Il est connu que chaque congolais dispose de deux identités. D’une part celle de sa tribu, d’autre part celle de son pays, la RDC. Mais malheureusement on se définit d’abord par nos tribus ou communautés et le second devient aléatoire ou de façade, car il est impossible qu’une personne ait et considère ou donne la même valeur à deux choses identiques au même moment (Principe de création).

Le contact brutal du congolais à époque de la colonisation et l’accès à l’indépendance de notre pays a créé un incident identitaire douloureux, et les conséquences nous ont suivi jusqu’à ce jour. Soulignons en passant que la classe des évolués, tirés au départ des enfants des esclaves et mal nés dans nos communautés respectives et qui par la suite n’ont reçu une préparation adéquate pour la gestion du Pays à l’indépendance a été un problème sérieux, qui doit être réglé. Par manque des préparatifs adéquats, pendant les premières élections il fallait recourir aux origines tribales pour être élus. Ce schéma a continué jusqu’à ce jour. On est politicien de sa communauté, on doit rendre compte à celle-ci seulement. Quand on manque le discours qui draine les intérêts des populations, il faut attiser la haine pour survivre politiquement, sinon c’est la mort. C’est cela le véritable problème.

Pour revenir dans le terroir à problème, les intérêts politiques électoraux ne permettront jamais les politiques de dire la vérité. La tendance est de créer des alliances en usant des mensonges parfois grossiers et des contrevérités pour nos promotions personnelles au détriment des populations, dites souverains primaires. A chaque cause ou raison de parcours, les têtes sont surchauffées de 1964 à nos jours. Alors que faire ?

Si nous voulons nous en sortir, nous devons accepter de sanctionner nos faiblesses communes en disant la vérité. A cette condition la solution sera totale, impartiale et parfaite. Les jeux des pyromanes ne sauveront jamais notre contrée car seule la Justice élève une Nation. Pour de telles assises, nous suggérons alors qu’il y ait participation obligatoire des vrais acteurs et bénéficiaires de la paix ; la présence de l’État dans cette région comme organisateur et comptable devant la population ; mais aussi trouver de mécanismes instituant le tribalisme en une infraction dans le code pénal congolais.  

 

Sebaganwa Gasore Zebedee

Biographie : Gasore Zebedee est un homme politique congolais. Président National des FRF, Forces Républicaines Fédéralistes (FRF). Il est né à Minembwe en 1960 ; Licencié de la Faculté de Psychologie et sciences de l’éducation de l’Université de Kisangani (1988). Entre 1991-1995, Zébédée est Conseiller de Mungulu Diaka (Premier Ministre), Conseiller auprès de Ministres Kufi Kalanga à l’éducation, Conseiller de Prof. Luhumbu au Mines et Énergies, Conseiller de Prof. Rwakayikara à l’éducation.

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