Résultante d’une ‘Histoire Héroïque’? Massacre de Kasika dans les Oubliettes ?

Il est à peu près 21 ans jour pour jour après le Massacre de Kasika qui eut lieu en date du 24 Août 1998. Durant toute la période de la deuxième guerre du Congo (1998-2003), Kasika ainsi que plusieurs autres cas similaires ont fait l’objet de débats―mobilisation politiques. En suivant de loin ou de près ces débats, personne ne pourrait s’imaginer que ça prendra de décennies pour que la justice s’en saisisse de ce dossier ; ou à la moindre mesure, penser à la réhabilitation de victimes-rescapés. L’expérience prouverait que, comme tant d’autres cas de tueries et massacres à grande échelle qui ont lieu dans la région, la justice va encore trainer. La conséquence est que les conditions de vie de victimes continuent de s’enfoncer dans la misère. Elle pourra être une misère qui se reproduira en générations.

Mon passage à Mwenga Centre et Kasika au mois d’Avril 2019 a été une expérience amère en palpant les conditions socio-économiques dans lesquelles vivent la population de Mwenga et celle de Kasika en particulier. Le désespoir est grand et se lit facilement. Entendre l’expérience de la vie de Samson (surnom), jeune de 10 ans en 1999 et n’avait pas de choix si n’est rejoindre un groupe armé pour se défendre et défendre sa communauté, plonge dans un désespoir plus profond que celui qui le l’a vécu. En dehors de discours politiques et les manœuvres de relativiser les malheurs qu’a connu l’autre ; la crise qu’a connue l’Est du Congo a de traces palpables et de fois une affaire individuelle.

Massacre, Perte de Parents et Choix Imposé : Choisir l’Arme pour la Survie

Natif de Kasika, Samson a vu ses parents être tués par ces égorgeurs au nom de la vengeance ; mais aussi, tueurs prônant la démocratie. Il était encore à l’âge qui exigeait qu’il soit gardé par ses parents. Malheureusement, sans qu’ils n’aient été impliqués ni de loin ni de près (la grande probabilité), la fureur de ceux qui pensaient se vanter tomber sur toute cette zone ; et de milliers sont sauvagement tués. Les parents de Samson sont aussi victimes de cette fureur sans justification. IL est resté orphelin, sans accompagnement alors que la guerre continuait à faire plus de dégâts.

 

La vue d’une partie du centre de Kasika

Samson n’avait pas de choix, si ce n’est que faire l’armée. Il s’enrôle à l’âge de 10 ans. Son parcours au sein de plusieurs groupes MaiMai lui a pris autour de 10 ans (1999-2006). Une dizaine d’années dans une carrière lui aurait procuré un espace comme tous les autres rebelles. L’âge ne lui a pas permis d’évoluer comme tant d’autres ; et être promu. Avoir un grade militaire n’était pas principalement sa première préoccupation ; mais, il a été au service de la nation. Sa préoccupation était ce choix imposé de se trouver une survie ; mais, la nation doit le reconnaitre son dévouement. Bien que l’armée n’eût jamais été son choix premier, il n’avait pas d’alternatives devant la situation que connaissait sa communauté, sa région natale et son pays. Derrière Nyakiliba, son parcours lui a amené de Kasika vers Mwenga, de Mwenga―Kamituga à Shabunda, et de Shabunda à Kalehe (précisément Hombo-Bunyakiri) ; et dans toutes ces forêts. La vie était difficile au point que quelqu’un qui avait de parents, selon ses dires, aurait dû retourner et les retrouver n’importe où ils seraient. Mais, la vie a ses réalités que le monde ignore souvent.

Devant toutes les promesses qui se sont difficilement réalisées, Samson est dans l’obligation de désarmer et réintégrer la vie civile. Il s’est marié et père de plus de 6 enfants. La vie s’est de plus en plus compliquée durant les dix dernières années (2006 à nos jours). Dans une précarité aiguée, leur famille est dans l’obligation de nourrir ces enfants, les vêtir et payer les frais scolaires et veiller à ce que leur avenir soit meilleur et promettant. Il me parle d’une autre forme de combat à l’instar de celui de Hombo-Walikale aux côtés de ces amis. C’est toute une histoire, une vie, une clavaire humaine ; cette fois-là sans arme. La région de Kasika donne moins d’opportunités économiques en dehors de l’agriculture. L’agriculture traditionnelle est l’un de domaines dominant la vie rurale alors qu’elle rapporte moins de revenus. Samson n’a pas de choix, il doit s’adapter dans ce nouveau parcours dont l’issue est difficile à prédire ; et pour lui ni pour ses enfants ou ses petits-enfants.

« Histoire Héroïque » : La mort du Petit-Frère de Kagame

L’histoire de Kasika a une autre face. La face l’héroïque. De Mwenga vers Kasika, un jeune homme de 19 ans ; ayant une expérience de 5 ans comme motard, m’a racontee la version héroïque qui est l’origine du calvaire de Kasika. Nous sommes à deux sur sa moto, on discute de presque tout jusqu’aux localités que nous sommes en train de traverser. Très tôt le matin, les nuages me rappellent Walikale, « the land inside the mists ». Un trajet qui ne dure pas assez d’heures mais par lequel vous traversez la rivière Lwindi ! Très impressionnant. Lwindi, le mythe Kangere… c’est aussi une histoire.

Riviere Lwindi

 

A quelques mètres de Kasika centre, on arrive sur le lieu du drame où les Commandants Segabiro et Misoni ont était abattu par des inconnus. Leur mort aurait été à l’origine de ce massacre dont. On accuse Nyakiliba comme le principal auteur bien que lui aussi aurait passé certains messages l’incriminant. Une avant-dernière courbure sur la route Mwenga-Kasika s’appelle « kwa Ingénieur ». Ingénieur ? Mon ami dit oui. Ingénieur était le commandant de forces rebelles, grand et brun ; mais plus précisément, il est le petit-frère du Président Tutsi Kagame, raconte mon interlocuteur. Je suis curieux, il arrête la moto pour comprendre son explication mais aussi afin que je voie clairement comment cette embuscade avait été tendue. C’est improbable que la roquette ait été tirée par-dessus de la route; mais mon interlocuteur pointe du doigt l’endroit où se positionnait les forces Nyakiliba. Je dois admettre pour avancer.

Dans ses explications, il est que Kagame, le chef de Tutsi ait décidé d’en finir avec Lwindi par fureur de la mort son petit frère. Il me répète, les Tutsi sont méchants ! C’est pourquoi les enfants, les femmes et les hommes ont tous été engorgés au fusil et à l’arme blanche ; on n’épargnait personne. Le Mwami Mubeza, sa femme, les prêtres et Sœurs de la région ; on s’en prenait même aux personnes qui étaient dans une église le matin. Nous sommes en train de discuter une histoire qui eut lieu en Août 1998 alors que mon interlocuteur est né deux ans après (presque). L’histoire tragique comme celle de Kasika doit se transmettre. Toutefois, elle se transmet avec de zones qui ont été forgées pour de fins de mobilisation et propagande ! Dans ma grande stupéfaction et une surprise de comment la violence crée des histoires héroïques, il avance son argument comme quoi : « même si les Tutsis nous ont exterminés, à travers Nyalikiba, nous leur avons donné une leçon ». Et d’ailleurs, n’y eut été la faiblesse de l’armée nationale, les rebelles n’auraient pu occuper cette région ! On doit entrer dans Kasika.

Vue de la region de Lwindi

Ma dernière question, un peu bizarre car tout avait été déjà dit! Nyakiliba est un grand homme ? Courageux oui, répond-il. Il est aux alentours ? Ohhhh, non ! Unayuwa, iyi myaka ya nyuma, aliisha anza bitu byenye habiko bya muzuri sana na habasikilizanake na Mwami ! Comme qui dirait, Nyakiliba, l’homme à qui on attribue l’acte héroïque de venger l’invasion de la nation aurait fait diversion ; et d’ailleurs, il s’entend moins aisément avec Sa Majesté, le Mwami de Luindi. On entre dans Kasika, je dois alors palper cette histoire macabre qu’a connu ce peuple hospitalier.

La vie est compliquée en général. En dehors de l’histoire de Samson dont partage la plupart des natifs/natives de Kasika, les conditions de la route sont déplorables. A moins de 90 Kms de Bukavu, il faut des heures pour y parcourir. Les activités commerciales dans le centre de Kasika comme Mwenga centre sont très limitées aux petits boutiques et bars. Les jeunes sont pour la plupart dans les mines à Kamituga ou avoir la chance de trouver une moto de la main d’un si fort. L’image externe prouve aussi que la population est abandonnée comme c’est le cas tous les milieux ruraux Congolais. On s’en soucie moins ! On peut croire que la région de Kasika-Mwenga ne s’est pas encore rétablie de ce drame qui s’est battu sur son sol.

Mes condoléances aux familles de victimes du massacre de Kasika mais le monde doit comprendre la nécessite de réhabiliter les victimes des atrocités qu’a connu l’Est du Congo pour leur stabilité et celle de la région.   

 

NTANYOMA R. Delphin

PhD Researcher in Conflict Economics

The Institute of Social Studies/

Erasmus University Rotterdam

Twitter: https://twitter.com/Delphino12

Blog: www.easterncongotribune.com  

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PhD fellow @ErasmusUnivRotterdam/ISS: Microeconomic Analysis of Conflict. Congolese, blogger advocating 4r Equitable Redistribution of Ressources & national wealth as well as & #Justice4All #DRC In the top of that, proud of being "villageois"

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