#PerpetualBabysitting: Diversion, Lavage des Cerveaux ou Kigali à la Rescousse de Banyamulenge ?

Ils disaient avant hier que « Kigali aurait le plein droit de soutenir qui que ce soit dans les Hauts Plateaux d’Uvira-Fizi car ce pays se sentait menacer par la présence d’éléments liés au RNC du Général Kayumba Nyamwasa ». Comme la mission est probablement à sa fin, le discours change le ton dans le sens que « Kigali n’aurait jamais aucun intérêt de s’ingérer dans les affaires Congolaises car ce pays est soucié de son développement » ! Enfin, que c’est qu’on peut retenir d’un débat public et télévisé, dans un contexte si restreint au point d’avoir l’espoir de voir toutes les facettes d’une complexité telle que celle qui prévaut dans les Hauts Plateaux de Bijombo, Itombwe, Kamombo et Minembwe bien explicitées. Tout aurait été conçu dans le cadre d’apaiser les esprits, laver les cerveaux ou quelque chose se trame derrière ? Quelques éléments de réflexion.

  1. Minembwe & « Evénements Majeurs » de Kigali

Pour ceux qui suivent de près la crise de Minembwe, il s’est tenu deux « événements majeurs » autour de celle-ci en capital Rwandaise, Kigali. Le premier était lié à la campagne #SaveMulenge quand le Président Paul Kagame s’est exprimé pour la première fois sur ce sujet en date du 8 Novembre 2019. Le Président Paul Kagame répondait à une question d’un journaliste qui a fait référence à la campagne (avec hashtag #SaveMulenge) qui a été, pour la première fois, initiée en ligne par les jeunes Banyamulenge vivant au Canada―US. La campagne vise à attirer l’attention du monde sur le désastre que connait Mulenge et le Banyamulenge en particulier. Le journaliste de Kigali Today, en posant la question au Président Rwandais, a fait référence à cette campagne (en boom online) pour évoquer les négociations autour des opérations militaires conjointes de pays de la région pour éradiquer les groupes armés à l’Est du Congo. Le deuxième est l’espace accordé aux représentants de la communauté Banyamulenge à la Télévision Nationale Rwandaise en date du 17 Novembre 2019. Il semblerait que ces deux événements partagent quelque chose en commun. Leur opportunité nécessite une réflexion pour savoir ce qui a changé tout au long de ces derniers mois par rapport à la situation de Minembwe. Dans les deux discussions, on peut lire une forme de sympathie pour le premier événement et une occasion de faire croire au public que Kigali n’a aucun intérêt de s’impliquer dans cette affaire ; pour le deuxième événement.

Partant d’indications comme quoi que les éléments de groupes armés Burundais ont activement pris part à la destruction de Bijombo-Minembwe, le discours sympathique du Président Paul Kagame me paraissait ironique ; telle avait été mon interprétation. Le deuxième événement est alors ambigu. Les intervenants lors d’un débat télévisé avaient apporté trois messages clés. D’une part, ils ont informé le public qu’il y a une crise humanitaire à Minembwe et dans ses environs. Vraiment appréciable mais cet espace aurait été plus important entre 2017-2018 ou du moins au début de Mars 2019. Ils ont souligné avec insistance que les populations locales ; où particulièrement le Banyamulenge constituent la cible des attaques des groupes armés locaux et étrangers. Pour ce faire, ils ont exigé qu’il y ait de mécanismes pour stopper ces tueries ; largement urgent bien qu’on ne sait plus à qui s’adresser ! D’une manière si hâtive, on pourrait lire qu’il s’agissait d’une demande « d’intervention musclée ou diplomatique » en faveur de cette communauté. Toutefois, je doute de cette bonne volonté de sauver si ce n’est que le #PerptualBabysitting. La cause de « sauver » le Banyamulenge est probablement révolue pour Kigali.

D’autre part, les intervenants ont appelé à l’intervention humanitaire urgente car les déplacés vivent les conditions inhumaines alors qu’ils ont été systématiquement appauvris par ces groupes armés. Enfin, il était question de prouver que Kigali n’a aucun intérêt de s’impliquer dans ces affaires dites Congolaises et des groupes armés multiples. Une forme de comprendre qu’il y a de pays « civilisés » qui ne peuvent plus tomber si bas pour s’ingérer dans les affaires conflictuelles ! Les intervenants ont rejeté en bloc toutes allégations faisant un lien entre Kigali et les groupes Burundais comme Red-Tabara, FOREBU et autres. Pour défendre leurs positions, ils ont avancé une idée comme quoi seuls les ‘génocidaires’ peuvent financer cette mission de manipuler pour toujours et encore une fois accuser Kigali. Ils ont rappelé que dans le temps, il y avait « d’entrepreneurs » qui ont joué sur les accusations contre Kigali pour se créer de positionnements et d’argent. Comprenez que ce blog post est caractérisé comme ‘génocidaire’ si pas son auteur. Ils ont même eu le courage d’affirmer que Red-Tabara, FOREBU et FNL trouvent leurs armes et munitions à partir de milliers de vaches qu’ils ont razzié chez le Banyamulenge. Partant de cet argument de blanchir Kigali qui a dominé ce débat, on peut comprendre qu’elle était l’objectif principal de celui-ci. Il s’agissait d’une occasion de laver les cerveaux en utilisant les victimes qui détournent l’attention sur une piste quelconque de commanditaires ? Il est encore tôt d’affirmer cela et bizarrement les indices ne pourront que se retrouvent ne fut-ce que par d’enquêtes approfondies qui ne se réalisent pas par n’importe qui.

  1. Et cette réalité est ‘génocidaire’ ?

Pour rappel, la tragédie de Minembwe a déjà fait de dégâts innombrables au point de croire que celui qui y avait intérêt a déjà réalisé son « rêve ». En plus de centaines de personnes qui ont péri durant les attaques contre les civils, plus de 40,000 têtes de bétails ont été razziées dans les mains de paisibles citoyens sans protection. Le même nombre de vaches a péri car toute la population Banyamulenge dans les Hauts Plateaux de Bijombo vers Minembwe (dont il était question dans ce débat sur Rwanda TV) est une situation comparable aux « camps de concentration » et sous siège ». Il ne reste que 4 villages à Bijombo, un seul camp de déplacés à Mikenke (autour de la Monusco) et moins de 10 villages dans le Minembwe Centre. Tous ces villages―camps de concentrations sont régulièrement attaqués ; et ces attaques continuent jusqu’aujourd’hui. Plus de 265 grands villages ont été incendiés par les hommes armés avec une participation active de ces groupes burundais cités-hauts faisant autour de 300,000 déplacés internes et externes.

Qu’il soit difficile de vérifier quand le Red-Tabara et Forebu ont reçu ou pas l’ordre de Kigali de collaborer avec le Maimai, cela ne contredirait en rien le lien entre Kigali et Red-Tabara/Forebu qui avait été établi par les rapports du Groupe d’Experts de Nations Unies. Ceux qui veulent les consulter, ils peuvent aussi en trouvent en ligne. En plus de cela, l’implication de Red-Tabara et leurs parrains n’enlève pas tout ce qui est manquement de la part de l’Etat Congolais et ses (ir)responsabilités de protéger ses citoyens. De surcroit, je dois rappeler qu’entre 2016 et 2018, une campagne dans les Médias Rwandais[1] ou ceux qui œuvraient[2] pour le compte de Kigali avait été mené pour présenter Minembwe comme un danger régional ; mais surtout un abri de ceux qui voulaient déstabiliser le pouvoir en place au Rwanda. Cette campagne se faisait comme si Minembwe s’agissait d’un quatrième « Etat de la communauté Economique des Pays de Grands Lacs (CEPGL). Pour tout observateur averti, cette campagne était un signe précurseur de ce qui se préparait contre cette région.

Loin de ces indications vérifiables, de sources locales diverses ont indiqué que les éléments Burundais ont continué de traverser (traversent) la frontière Rwanda-Congo pour renforcer ceux qui sont (étaient) déjà établis dans les Hauts Plateaux d’Uvira. Cet état de lieu ne dirait rien pour celui qui a déjà réussi sa mission car il est facile de clamer son innocence en détruisant les traces et indices probables. Enfin, les sources locales même ceux qui étaient dans l’Itombwe (Mai-Octobre 2019) où ces éléments Burundais ont pris part active derrière les Maimai ont affirmé et affirment que Red-Tabara (qui se renforçait régulièrement) ont été impliqué dans d’attaques (combats) contre les villages de paisibles citoyens. Le commandant Gisiga est sur la liste de ceux cités comme commandants Red-Tabara qui ont participé dans les attaques et razzias. Il reste moins convainquant de nier l’implication de groupes Burundais mais aussi de leur parrain. Toutefois, cet article ne change absolument rien.

 

NTANYOMA R. Delphin

PhD Researcher in Conflict Economics

The Institute of Social Studies/

Erasmus University Rotterdam

Twitter: https://twitter.com/Delphino12

Blog: www.easterncongotribune.com

 

[1] (i) igihe.com ; (ii) igihe.com; (iii) bwiza.com; (iv) Rugali 

[2] (i) La libre Afrique RDC : « A qui étaient destinées les armes de l’Antonov?; (ii) SDE/Kenyan (republié par Virungapost)

About admin 343 Articles
PhD fellow @ErasmusUnivRotterdam/ISS: Microeconomic Analysis of Conflict. Congolese, blogger advocating 4r Equitable Redistribution of Ressources & national wealth as well as & #Justice4All #DRC In the top of that, proud of being "villageois"

Be the first to comment

Leave a Reply