Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’Homme : Minembwe & Simplification de la Crise

La semaine dernière et dans une distance de zéro km de la positon FARDC, un homme a été décapité et enterré par les inconnus à Rutigita (moins 5 Kms de Minembwe Centre). Devant une situation intenable exigeant de trouver quoi manger pour sa famille, il avait décidé d’aller dans son champ de banane au village Rutigita (5 Kms de Minembwe Aérodrome) dont l’accès exige une autorisation de FARDC. Malheureusement, il n’a même pas survécu alors qu’il aurait cru en la bonne volonté de FARDC. Cette cruauté a ravivé encore une ce sentiment de peur et angoisse qui ont prévalu lors des événements d’Avril 2020 dans le village Kivumu. Deux femmes et un homme avaient été décapités alors qu’ils avaient été accompagnés par les FARDC. Qui y voit une zone sécurisée pour une communauté quelconque ?

  1. Rapport BCNUDH & Ses Multiples Questions  

Ce weekend (10/08/2020), le Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’Homme (BCNUDH) a produit un rapport sur la « situation des droits de l’homme dans les hauts plateaux des territoires de Mwenga, Fizi et Uvira, province du Sud-Kivu, entre février 2019 et juin 2020 ». Le rapport suscite plus d’intérêt aux lecteurs car exprimant, à mon avis, le point de vue de la Monusco ou des Nations Unies. accéder et Lire le rapport sur ce lien: https://monusco.unmissions.org/sites/default/files/20200806.unjhro.analyse_hauts_plateaux_0.pdf

Ce rapport des Nations Unies est probablement simplifié en évitant d’aborder certaines questions sensibles dont leurs contours aideraient les lecteurs (décideurs) d’avoir une idée plus globale de cette crise. D’une manière spécifique, il réduit presque à néant tous les efforts fournis par d’autres organisations locales et internationales, et des particuliers qui appellent à un secours humanitaire devant cette tragédie qui dure des années ; mais surtout pendant la crise Covid19. Tout en reconnaissant qu’il y a plus de questions d’incompréhensions qui nous arrivent tous quand on lit un document, cet article met l’accent sur l’aspect humanitaire qui devrait aussi constituer une priorité. La question se situe sur la conception presque erronée de de la notion de déplacés internes mais aussi « des zones plus sécurisées selon leur appartenance communautaire.»

L’accent particulier est mis sur la région de Minembwe car sa particularité exprime ce degré de la violence inouïe où les déplacées internes font face à de multiples problèmes au même moment. D’une part, il s’agit des déplacés vivant des attaques répétées depuis plus d’année consécutive ; des villages assiégés on point que des familles dans leurs propres villages sont imposées de conditions les limitant même d’accéder à leurs champs. D’autre part, il s’agit des populations dont presque tout le monde à Minembwe a été dépouillé et appauvri par la razzia systématique.

Toutefois, d’autres questions sont vraiment sans réponses. En premier lieu, l’esprit du rapport BCNUDH de ramener tout un débat complexe, impliquant l’armée nationale (FARDC), les armées étrangères Rwanda-Burundi, groupes armés étrangers ainsi que locaux, dans les lunettes d’un conflit intercommunautaire semble être plus dangereuse que le fait de ne pas souligner cette urgence autour de la crise humanitaire. Ensuite, le choix de ne pas couvrir cette crise dans les Hauts Plateaux depuis 2017 ; ne pas évoquer la contestation de la commune rurale de Minembwe ; le rôle de FARDC dans toute cette destruction ; officiers FARDC qui ont rejoint d’autres groupes en dehors de Gumino-Twirwaneho; pillage systématique (et non vol) de bétails avec intention d’appauvrir certaines communautés; les questions autour des coalitions entre groupes locaux et étrangers…

En exploitant ce rapport, il m’a semblé simplifié et entrant dans la ligne d’analyse que fait Autesserre, Severine[1] dans son article « Dangerous Tale ». Autesserre suggère que l’une de questions que connait la crise de l’Est du Congo, particulièrement au niveau local est la façon dont elle est simplifiée mais aussi construite sur les narratifs dominants et formulations (dominant tale and frames). En liant ces formulations (frames) et narratifs dominants (narratifs dominants) avec les solutions qui ont toujours été proposées pour résoudre les problèmes de cette partie du pays, l’auteur fonde l’un de ses arguments de base sur :

«… frames and narratives do not cause action. Instead, they make action possible: they authorize, enable, and justify specific practices and policies … These actions in turn reproduce and reinforce both the dominant practices and the meanings, embodied in frames and narratives, upon which they are predicated. Over time, the narratives and the practices they authorize come to be taken as natural, granted, and the only conceivable ones. » Auteserre (2012: 207)[2]

  1. Crise Humanitaire Simplifiée au travers les « Narratifs Dominants »?

Revenant sur la crise humanitaire à Minembwe (Commune), le rapport BCNUDH stiplule qu’˝Actuellement, 1.350 familles déplacées sont dans la commune de Minembwe et ses environs, avec un total de 8.300 personnes dans le besoin d’une aide humanitaire d’urgence dans des sites de déplacés et des familles d’accueil˝. Si « Actuellement » voulait signifier le mois de Juin 2020, j’ai cru comprendre que nous vivons deux mondes différents.

Pour rappel, j’ai eu accès (26 Juin 2020) au rapport établi à partir de Minembwe et au sein des organisations de la société civile en collaboration avec l’administration locale confirmant ces informations suivantes :

Pour entre Février 2019-Juin 2020, il y a eu de centaines de civiles tuées, 307 villages complètement incendiés, et dont les populations locales ont été contraints de trouver refuge dans les « camps de concentration » Minembwe, Mikenke…, 147 écoles et 57 structures sanitaires détruites ; au moins 28 tonnes de produits agricoles détruits… En plus de cela, plus de 165.000 vaches ont été razziées par les groupes armés dans l’indifférence totale de FARDC ; et une moitié de ces vaches est morte à causes de conditions invivables imposées aux gros bétails qui survivaient par la transhumance. On est devant une situation ayant fait des dégâts difficiles à étaler si on a été sensé protéger ?

Toutefois, la tragédie simplifiée pour de raisons inconnues est la présence de milliers de déplacés internes dans la commune de Minembwe. Alors qu’actualisé, ce rapport venu de Minembwe indique qu’autour de 25.000 ménages sont dans ces conditions de déplacés internes. En moyenne de 6 personnes par ménage, ce total ferait autour de 150,000 personnes dans Bijombo, Minembwe, Mikenke. Pourquoi ne pas sauver ces vies humaines assiégées et non assistées et en réduire à 8.300 personnes ?

Sauf mobilité de populations car les conditions ont été invivables pendant longtemps, nos informations indiquent qu’OCHA dans ses récents rapports estime qu’autour de 45.000 personnes sont de déplacés internes à Minembwe. Ils s’ajoutent aux autres qui vivent les conditions de ces quelques villages assiégés par l’armée nationale et les groupes armés Maimai et alliés. En plus de ces déplacés internes, il est vrai la population de Minembwe est devenue en majorité de déplacés. Ils seraient aussi estimables autour de 50.000 personnes. D’ailleurs, la zone de Sante de Minembwe croit qu’en totalité il y a autour 102.000 personnes faisant partie de cette zone de santé. Parler de 8.000 personnes, qui ont fui vers les « zones sécurisées » ; et sans tenir compte qu’il est impossible de sortir du périmètre Minembwe Centre sans risques d’être décapités, ce rapport détournerait l’attention sur cette crise et tragédie humanitaire.

  1. Conclusion

Deux aspects importants sont à tenir en compte : d’une part, ces statistiques BCNUDH sont sujet à débat au point qu’il faut comprendre l’origine de cet écart en mille de personnes se référant sur d’autres sources. Deuxièmement, on pourrait croire que ceux qui habitaient Minembwe avant la récente crise sont dans les conditions stables. Ça ferait abstraction qu’autour de Minembwe, il est pratiquement impossible d’accéder même aux champs qui sont dans une distance de moins de 3 Kms en dehors du périmètre imposé par ce siège militaire. Pour preuve, les seules voies de trouver à manger sont soit les vivres transportés par vols aériens ou soit s’approvisionner en passant par les éléments FARDC stationnés dans les environs. Ces derniers ont opté de faire un business d’argent en « spéculant économiquement » sur les vivres amenés par les communautés pouvant accéder les champs et les autres qui ne les peuvent pas. Cette situation ne s’appelle pas une zone sécurisée.

De surcroit, elle exige un engagement honnête et des acteurs qui nous permettent de voir toute la réalité en face plutôt que de croire que les communautés locales vont trouver de solutions sur une crise régionale impliquant des pays de la région de Grands Lacs. Il serait dangereux de ne pas voir que la combinaison de ces facteurs suivant pourront inévitablement conduire à des formes d’épuration ethnique : une capacite militaire qui s’accroit avec de coalitions régionales pour faire face à certains groupes dits « envahisseurs », une armée nationale qui observe ou optant de prendre parti ; un gouvernement central dans une confrontation sans fin ; la famine et l’appauvrissement imposés à certains groupes…Les groupes vulnérables peuvent s’effacer facilement sur la carte du Congo. Il est alors important d’éviter la simplification d’une crise complexe.

 

NTANYOMA R. Delphin

PhD Researcher in Conflict Economics

The Institute of Social Studies/

Erasmus University Rotterdam

Twitter: https://twitter.com/Delphino12

Blog: www.easterncongotribune.com

[1] Autesserre, S. (2012). Dangerous tales: Dominant narratives on the Congo and their unintended consequences. African Affairs, 111(443), 202–222. https://doi.org/10.1093/afraf/adr080

[2] A partir de la Traduction Google, le paragraphe en Anglais signifierait “Ainsi, les cadres et les récits ne provoquent pas d’action. Plutôt, ils rendent l’action possible : ils autorisent, permettent et justifient des pratiques et des politiques spécifiques (comme la réglementation du commerce des minerais) tout en en excluant d’autres (comme la résolution de conflits fonciers). Ces actions à leur tour reproduisent et renforcent à la fois les pratiques dominantes et les significations, incarnées dans des cadres et des récits, sur lesquels elles reposent. Au fil du temps, les récits et les pratiques qu’ils autorisent en viennent à être considérés comme naturels, acquis et les seuls imaginables.

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PhD fellow @ErasmusUnivRotterdam/ISS: Microeconomic Analysis of Conflict. Congolese, blogger advocating 4r Equitable Redistribution of Ressources & national wealth as well as & #Justice4All #DRC In the top of that, proud of being "villageois"

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