Enjeux autour de la Force Régionale East Africaine en RDC : Quid de Forces de Défense Nationale du Burundi ?

Militaires FNDB/FARDC. Pic @Ikiriho

Bien qu’étant voisin du Burundi, il serait hasardeux de croire que tous les Burundais maitrisent mieux les questions sécuritaires que connait l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC). Toutefois, les Burundais vivant dans la région des Grands Lacs d’Afrique savent quand même ou ont suivi par diverses sources qu’au Sud-Kivu, il y a des groupes rebelles qui combattent le régime actuel au Burundi. Parmi ces groupes, on pourrait citer les FNL, le Red-Tabara ainsi que le FOREBU (FPB). C’est depuis 2010 que le FNL opère au Sud-Kivu alors que le Forebu (qui se serait affaibli à cause des rivalités avec le Red-Tabara, entre autres) ainsi que le Red-Tabara y opèrent depuis 2015-2016. Les deux derniers mouvements rebelles trouvent leur origine dans le coup d’Etat de 2015 au Burundi pendant la période de contestation du troisième mandat de Feu Président Pierre Nkurunziza.

Bien que les relations diplomatiques entre le Burundi et son voisin du Nord, le Rwanda tendent à se normaliser, plusieurs sources (y-compris locales ou experts des Nations Unies) avaient indiqué que le Rwanda a soutenu ces rebelles, accusations qui ont été rejetées par les autorités de ce pays. Le Burundais ordinaire pourrait croire que ces rebelles burundais qui opèrent au Sud-Kivu n’ont été qu’une menace pour la sécurité du Burundi plus que le Congo. Ces rebelles burundais, spécifiquement le Red-Tabara ont commis, aux côtés de groupes armés locaux, des atrocités inimaginables dans les territoires d’Uvira, Mwenga et Fizi au Sud-Kivu, et plus particulièrement à l’encontre de la communauté Banyamulenge.

  1. Le Banyamulenge et la Discrimination « raciale ».

Le Banyamulenge est une communauté ethnique qui vit largement dans les Moyens et Hauts Plateaux des territoires d’Uvira, Mwenga et Fizi au Sud-Kivu. Ils se sont établis sur le territoire qui deviendra le Congo entre le 17-19e siècle, avec de précision que c’était bien avant le partage de l’Afrique. Les Banyamulenge seraient, comme toutes les autres ethniques voisines, originaires du Burundi, Rwanda, Tanzanie ou même l’Uganda. Ils sont pour la plupart considérés comme appartenant au groupe Tutsi de l’Afrique de Grands Lacs. Majoritairement et pendant de milliers des années, le Banyamulenge sont éleveurs de vaches. La vache est un moyen de subsistance mais aussi fait partie de l’économie et de l’identité sociale et culturelle. Les problèmes sécuritaires dans les Kivu datent de longtemps tout comme la violence contre le Banyamulenge date de longtemps et largement liée aux méfaits de la colonisation.

Sur base de leurs activités économiques et faciès d’une manière large, le colonialisme a catégorisé de communautés locales en peuples dits « natifs-autochtones » et des autres dits « immigrés-nouveaux venus ». L’interprétation raciale―coloniale estimait que les agriculteurs sont des natifs (premiers occupants) et que les éleveurs sont des immigrés (occupants secondaires). Le Banyamulenge au Sud-Kivu ont été catégorisé parmi les nouveaux-venus au point que leurs chefferies locales ont été abolies durant la période coloniale. La violence post-indépendance a conduit aux manipulations de l’histoire et de positionnement des ethnies sur l’échiquier de la politique nationale congolaise. C’est alors depuis les années d’indépendance du Congo en 1960 que le Banyamulenge ont été discriminés, exclus d’exercer les prérogatives d’assumer les fonctions au sein de l’arène public, leur nationalité déchue, au point que le pouvoir public avait décider de les expulser vers les pays dits « de leurs origines ». Alors que les communautés locales ont toujours cohabité ensemble, les manipulations politiciennes des années 1980 ont été si déterminantes pour exclure et marginaliser le Banyamulenge. Ce climat se détériora pendant la période de la démocratisation au Zaire (1990-1995).

Les années 1990s ont été caractérisées par les guerres régionales dans lesquelles le Banyamulenge furent massacrés, appauvris mais aussi chassés de territoires qu’ils occupaient pendant des années ; et cela, sous prétexte qu’ils ne seraient pas de « vrais citoyens » congolais.  Par exemple, en 1998, le Banyamulenge qui vivaient la Province du Katanga (ancien Shaba) ont été tous/toutes chasses vers 1998. De 1996, 1998, le Banyamulenge qui vivaient dans plusieurs provinces du Congo ont été massacrés sur ordre des autorités de l’Etat Zaïrois/Congolais. Pendant cette période, ceux-là qui vivaient d’autres localités comme Ngandja/Mirimba en territoire de Fizi ont été forcés de fuir et la plupart ont été tués lors de ce long calvaire vers les zones qu’ils jugeaient sécurisées. Personne de la communauté Banyamulenge peut oser aller s’installer dans ces localités comme Ngandja ou Mirimba. Parmi ces épisodes de massacres, les lecteurs s’en souviendraient qu’en 2004, le Banyamulenge ont été massacrés à Gatumba/Burundi par une coalition des criminels Burundais, Rwandais et Congolais.

  1. Alliance rebelles Congolais & burundais pour quelle fin ?

Presque partout dans le monde, des alliances rebelles se font et se défont. Toutefois, ceux qui ont suivi de près la situation sécuritaire dans les trois territoires cités haut, peuvent affirmer que depuis 2017, Red-Tabara/FNL se sont alliés aux groupes MaiMai locaux y-compris ceux dénommés Biloze-Bishambuke. Plusieurs rapports rapport des Experts des Nations Unies (S/2016/466 ; S/2017/672; S/2019/469) ainsi que les communications du groupe Red-Tabara (voir communiqués sur le compte Twitter par exemple) indiquent clairement cette alliance. Dans la « jungle » du Sud-Kivu où toutes les communautés locales cherchent à se protéger contre la violence provenant des groupes armés étrangers, locaux ou même celle perpétrée par l’armée dite nationale, la particularité de groupes dits MaiMai/Biloze-Bishambuke est qu’ils s’attaquent aux populations civiles appartenant à la communauté Banyamulenge dont ils nient leur appartenance à l’état congolais, y compris le droit à la nationalité mais aussi celui d’exercer de fonctions politico-administratives.

La mission et l’objectif principaux de MaiMai/biloz-Bishambuke peuvent se résumer en un seul mot « chassons les envahisseurs ». Ces groupes recrutent souvent parmi les communautés ethniques dites majoritaires et « autochtones ». Cette notion d’autochtonie peut échapper aux lecteurs burundais ordinaires, mais elle signifie qu’il y a des communautés ethniques constituées par de vrai(e)s fils et filles du pays. Certains peuvent aller à se considérer comme ceux-là ou celles-là qui ont poussé dans le sous-sol d’Uvira-Mwenga ou Fizi. Pour ce faire, les MaiMai ne tolèrent jamais ceux-là (celles-là) vu comme « nouveaux-venus », concept que le Congo a largement hérité de méfaits de la colonisation.

  1. Le Banyamulenge sur le bord de l’extermination

La contestation du troisième mandat de feu Président Pierre Nkurunziza a rendu le Sud-Kivu un terrain de combat par procuration entre le Rwanda et le Burundi. Le contexte local dans les moyens et hauts plateaux d’Uvira, Mwenga, Fizi ont fait les rebelles s’allient aux MaiMai/Biloze-Bishambuke. Cette alliance a fait que la situation de Banyamulenge qui jadis était fragile s’est dramatiquement détériorée. Cela aurait été la conséquence directe des efforts, expérience-tactique militaire, finances et logistiques de rebelles burundais aux côtés de MaiMai/Biloze-Bishambuke. Des attaques contre les membres de la communauté Banyamulenge dans les territoires d’Uvira, Mwenga et Fizi sont à estimer a des milliers de personnes tuées, plus de 300 villages incendiés, 400.000 têtes de vaches pillées alors que toutes les infrastructures comme écoles ou centres de santé ont été détruites. Le Banyamulenge qui jadis vivaient dans ces territoires ont soit été forcés de se réfugier dans les pays limitrophes ou accepter le choix imposé de vivre assiéger dans moins de 3-4 petites localités comme Minembwe/Mikenge ou Muramvya. Le Banyamulenge vivant à Minembwe ou Mikenge par exemple, ne peuvent accéder à leurs champs qui sont situés dans une distance de 3-5 kilomètres.

Pendant la période de 2017 à nos jours, le Banyamulenge ont connu des attaques systématiques et coordonnées mais aussi ils ont été victimes de pillages de bétails ont été aussi systématiques. De surcroit, tous ces milliers de bétails (vaches) pillées ont été soit vendus sur les marchés locaux au Sud-Kivu, Maniema ou Katanga alors que d’autres sont encore dans les mains de ces miliciens. Rien n’a été fait ni pour protéger les civiles et leurs biens ni moins fournir des efforts en vue de poursuivre ceux-là qui vendaient ces bétails dans les marchés locaux.

  1. Le Rôle FARDC & Quid de la Collaboration avec le FNDB ?

Depuis Aout 2022, la Force Régionale Est-Africaine, Kenya, Burundi, Uganda, et Sud Soudan, continue à se déployer à l’Est du Congo. Selon les sources bien informées, ce contingent pourra atteindre 12.000 militaires. Plus précisément, les FNDB se sont officiellement déployées au Sud-Kivu, les Hauts Plateaux d’Uvira-Mwenga-Fizi vers mi-Aout 2022. La force régionale a pour mission de stabiliser l’Est du Congo qui est en proie à la violence depuis de décennies. Les FNDB tout comme les autres forces des pays de la communauté Est Africaine devraient travaillent avec les FARDC.

Pour le cas d’espèce du Sud-Kivu, les FARDC ont une grande responsabilité dans la destruction brièvement présentée dans le point (3). Premièrement, l’établissement de rebelles burundais a été largement facilité par des officiers de haut rang au sein de FARDC. Ces rebelles n’ont jamais été combattu par les FARDC tout comme d’autres miliciens dont ils collaborent avec souvent. Deuxièmement, il est à noter que les politiciens congolais avaient toujours nié l’existence de ces rebelles burundais sur le territoire du Sud-Kivu. Pour preuve, le Sud-Kivu n’a pas été retenu parmi les provinces ou l’état de siège devrait être instauré. Pour preuve que les officiels politiques et militaires congolais n’ont que malencontreusement admis la présence de rebelles burundais à la veille de la visite officielle de Son Excellence Evariste Ndayishimiye à Kinshasa en mi-juillet 2021. Par surprise, le communiqué de FARDC a sciemment trompé par rapport aux groupes locaux qui sont alliés aux rebelles burundais. Ce communiqué ne cite pas le MaiMai/Biloze-Bishambuke alors qu’il est bien connu que ces derniers ont été et sont encore des alliés de ces rebelles burundais.

La responsabilité de FARDC va au-delà de la complicité. Alors que les unités FARDC ont apparemment observé la destruction citée dans le point (2), ces unités ont aussi fourni des munitions à cette coalition MaiMai/Biloze-Bishambuke et rebelles burundais pour attaquer le Banyamulenge. Des témoignages indiquent que certains villages ont été détruits après les FARDC aient fourni de munitions, ouvert des corridors de passage pour ces miliciens et hommes en armes mais aussi interdire ou attaquer ceux-là qui choisissaient de faire l’autoprotection.

C’est alors avec cette armée, FARDC que la force régionale de la Communauté Est-Africaine et plus spécifiquement les FNDB veulent travailler avec. Dans ce cas précis, il est important que les FNDB comprennent que l’attitude FARDC n’est différente que celle des autres groupes armés au point d’ailleurs que l’opinion publique Burundaise devrait être informée sur ce danger qui guette la réputation des FNDB.

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PhD & Visiting researcher @POLISatLeeds. Interest: Microeconomic Analysis of Violent Conflict, Genocide Studies and violence targeting minority groups. Congolese, blogger advocating for Equitable Redistribution of Ressources & national wealth as well as & #Justice4All #DRC. On top of that, I'm proud of being a "villageois"

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