Crise de Minembwe-Itombwe : Pourquoi Dissimuler la Responsabilité de Kigali?

Personne ne veut pointer du doigt les acteurs principaux ? Derrière la formation militaire, l’approvisionnement en munitions et conseils militaires dont reçoivent les éléments Burundais de Red-Tabara et Forebu (FPB) qui opèrent dans l’Itombwe et Minembwe, il y a la main de Kigali au premier plan. Vous ne pouvez pas vous imaginer que Red-Tabara/Forebu et FNL, quand ils ont été attaqués par l’armée Burundaise et « Imbonerakure » dans le moyen Plateau d’Uvira, ils n’ont jamais osé incendier aucun village dans cette partie du territoire. Cette attitude persistait même si les éclaireurs derrière l’Armée Burundaise était de groupes locaux, originaires de cette région de Moyen Plateau d’Uvira.

Crise Humanitaire

Il y a environs 7 mois que d’affrontements quotidiens, dont les « narratifs dominants » imposent d’appeler un conflit intercommunautaire, se tiennent dans la région de Minembwe, Mibunda, Matanganika et Lulenge. Tous efforts sont fournis pour que cette crise humanitaire, alors impliquant les groupes étrangers venant du Rwanda et Burundi, soit plus perçue comme une confrontation entre les communautés ethniques. La crise humanitaire a déjà fait plus de 300 morts (estimation dans un contexte où l’accès est difficile) depuis l’année passée, de centaines d’écoles et de dizaines de centres de sante détruits ; plus de 300,000 personnes ont quitté leurs villages et la plupart errent dans les forêts d’Itombwe, à Lulenge; ou ils ne pouvaient que trouver un abri à Uvira, Makobola, Mutambala.

Une particularité (peut-être contestée pour ceux-là qui liront ma partialité) est que certaines communautes ne peuvent pas prendre n’importe quelle direction lors de la fuite. Le Banyamulenge ont difficile, comme dans le passé, de trouver refuge ou un abri avec les autres communautés voisines dans le Mutambala, Fizi, Lulenge ou Itombwe . La simple raison s’inscrit dans l’idéologie de combattants locaux connus sous le nom de Maimai qui ne pourront jamais tolérer que ‘étrangers ou envahisseurs’ survivent ce calvaire dont ils partagent avec les autres. La société en général tend à croire en cette diversion d’envahisseurs et voir en ces derniers l’origine de tous les maux que connait l’ancien Zaïre. Les preuves dans ce sens sont énormes et documentées par des indépendants, chercheurs scientifiques ou observateurs objectifs. Cela n’explique en rien qu’individus appartenant à cette communauté dite ‘envahisseurs’ sont tous de « saints ». Jamais. Je suis aussi sûr qu’une grande majorité de voisins préfèrent de vivre en paix car personne ne bénéficie de ces manipulations qui opposent les communautés locales.

Pour la plupart de ces dits ‘envahisseurs’, ils sont obligés et ont été contraint de se concentrer à Minembwe et Mikenke. De Bijombo vers Minembwe, en passant par Mibunda and Kamombo, on en dénombre autour de 200 villages qui ont été complétement détruits par une nouvelle tactique militaire qui incendie les maisons, les vivres mais aussi les champs. La grande partie de ces villages (plus de 60%) appartiennent au Banyamulenge ; et le reste aux communautés Babembe, Banyindu et Bafuliiro. Dans ces nouveaux développements, la nouvelle tactique militaire a décidé d’appauvrir les éleveurs de cette région. Comprennez seulement que ces éleveurs sont ceux-là dont leur appartenance au territoire Congolais est contestée ; ils sont ces ‘envahisseurs’. Le nouveau rapport des acteurs de la société civile et des éleveurs, ont indiqué que plus de 26,850 vaches ont été razziées depuis Mars 2019 par le Maimai en coalition avec le Red-Tabara, Forebu, FNL.

Responsabilite de Kigali  au travers Red-Tabara/FOREBU      

Les trois dernières semaines ont fait que plus de 6000 vaches ont été razziées depuis le 7 Septembre 2019. Le nombre de vaches razziées depuis Mars 2019 se situerait autour de 35,000 vaches de paisibles citoyens. Dans un contexte où toute la population de Haut Plateau d’Itombwe, Minembwe, Kamombo est en « état de siège » de Maimai et alliés, de milliers de vaches périssent du jour au jour à cause de manque de pâturages. Les pertes dans ce sens s’estiment autour de milliers de vaches qui ont péri dans quelques mois. Il s’agit d’une tactique Maimai de punir les éleveurs en complicité avec leurs allies ou simplement il s’agit d’une tactique des allies apportée aux Maimai?

Cette razzia organisée n’emporte pas de biens qui sont pliables. Il s’agit de vaches qui traversent des camps militaires et déploiements FARDC. Tout en appauvrissant les éleveurs de Minembwe, ces vaches servent pour l’approvisionnement en munitions mais aussi récompenser les combattants. Ces vaches se font vendre au sein du territoire Congolais. Autour des problèmes locaux mais aussi la manipulation politique au niveau régionale, la présence des éléments Burundais dans cette crise doit être ouvertement évoquée. Ces derniers se sont installés dans les Hauts Plateaux d’Uvira depuis 2015. Depuis lors, les groupes armés Burundais se sont engagés derrière les groupes Maimai locaux pour de fins inavouées. Des éléments Burundais estimaient autour de 1500-2000 ont traversé la frontière entre le Rwanda et le Congo avec leurs munitions et armes. Ils sont de militaires bien entrainés par Kigali et le rapport des experts de Nations Unies l’ont documenté depuis 2016. Ces Burundais ont reçu une formation militaire et se feraient accompagnés par des éléments de la force spéciale de l’Armée Rwandaise.

Cet appui militaire, matériel, financier et moral continue jusqu’au jour où on croit que les relations se sont normalisées entre Kigali et Kinshasa. Cette situation persiste même au jour où les Présidents de la sous-région des Grands Lacs vont se rencontrer à Bukavu. La main de Kigali derrière ces crimes contre l’humanité ne punit pas les vaches, mais les éleveurs et leur attitude de ne pas accepter le « babysitting ». Les relations entre Kigali et le Banyamulenge autour des années 1996, 1998, 2002, 2009, 2012 ne pouvaient que prédire une situation pareille. Le refus presque total de s’allier avec Kigali a rendu forte cette communauté devant l’histoire mais vulnérable devant l’indifférence du monde et de la société Congolaise. Partant de son expérience au Sud-Kivu, Kigali connaissait bien qu’il y a des facilités de manipuler pour « punir » ces éleveurs une fois pour toute. Kigali doit, en tout état de cause, répondre de ces crimes d’armer les éléments étrangers et sa responsabilité ne doit pas être compensée par de manœuvres d’asseoir le pouvoir.

 

NTANYOMA R. Delphin

PhD Researcher in Conflict Economics

The Institute of Social Studies/

Erasmus University Rotterdam

Twitter: https://twitter.com/Delphino12

Blog: www.easterncongotribune.com    

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PhD fellow @ErasmusUnivRotterdam/ISS: Microeconomic Analysis of Conflict. Congolese, blogger advocating 4r Equitable Redistribution of Ressources & national wealth as well as & #Justice4All #DRC In the top of that, proud of being "villageois"

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