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Sud-Kivu & guerre à distance: pourquoi Kigali & Gitega évitent la confrontation sur leurs frontières?

Le Sud-Kivu n'est pas un simple champ de bataille annexe : il est devenu l'espace où Kigali et Gitega arbitrent, sans laisser la guerre se mener aux frontières communes, un enjeu régional qui nécessite une attention.

By Eastern Congo Tribune September 7, 2026 5 min read

Sud-Kivu & guerre à distance: pourquoi Kigali & Gitega évitent la confrontation sur leurs frontières?

Depuis l’intensification des combats dans les Hauts Plateaux de Minembwe, territoire de Fizi, et les Hauts Plateaux en général, une lecture s’impose : ni le Rwanda ni le Burundi n’ont intérêt à faire la guerre sur leurs frontières communes. Les deux capitales préfèrent projeter leur rivalité régionale sur le sol congolais ou les victimes civiles ne sont pas leurs populations.

Les raisons sont : les coûts politiques, diplomatiques et humains, si la guerre est engagée sur les frontières communes, seront extrêmement exorbitants pour ces petits pays qui musent sur leurs stabilités politiques et économiques. Les dirigeants de ces deux pays préfèrent s’affronter su le sol Congolais car les couts peuvent être imputés à des tiers (groupes opérant par procuration).

Cette semaine, des rumeurs de risques d’affrontement entre le Rwanda et le Burundi à leurs frontières communes ont circulé sur les réseaux sociaux. Il me semble peu probable pour le moment pour des raisons ci-après :

Kigali cherche à consolider des acquis au Sud-Kivu

Kigali ne cherche pas à engager une confrontation militaire au sud ou au sud-est de son territoire, à la frontière avec le Burundi. Très isolé diplomatiquement, Kagame a pu jouer sur la menace que présente les Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR) et les questions locales à l’Est de la RDC pour étendre la zone d’influence sécuritaire.

Le Rwanda a déjà eu des acquis qu’il faut consolider au Sud-Kivu et qui pourront dans une certaine mesure éloigner toute menace sur son territoire. Pour le Rwanda, investir la force militaire (soft power) au Sud-Kivu répondait d’abord à un impératif premier : empêcher tout rapprochement entre les groupes Banyamulenge — MRDP et Twirwaneho — et Gitega, surtout l’armée Burundaise (FDNB). Le rapprochement entre les jeunes Banyamulenge – Twirwaneho et le Burundi, briserait l’exclusivité de l’influence du Rwanda sur cette communauté (difficile à gérer) que Kigali considère (malicieusement) comme un relais stratégique dans les Hauts et Moyens Plateaux.

Deuxièmement, l’implication rwandaise et la mainmise sur les combattants Banyamulenge du MRDP a permis à Kigali de dissiper l’attention (dans un long processus de rendre acceptables) les agissements de Red-Tabara, mouvement rebelle burundais qui s’est vu impliquer dans les exactions au Sud-Kivu. En imposant cette coalition plus large de l’AFC/M23, MRDP et Red-Tabara, Kigali dilue les responsabilités de ce mouvement rebelle burundais tout en entretenant, chez les sympathisants de celui-ci un espoir d’un renversement prochain du pouvoir CNDD-FDD — un espoir utile pour maintenir la pression sur Gitega sans déclencher un affrontement ouvert. Troisièmement, le contrôle des Hauts Plateaux constitue un investissement à moyen terme. Cette région a une position stratégique pour celui qui veut l’exploiter à bon escient. Il est à la hauteur surplombant le Lac Tanganyika (Uvira y-compris) et la frontière burundaise. Son contrôle pourrait peser lourd dans les recompositions régionales anticipées autour de 2027- 2028 et tout changement de l’influence Américaine (notamment si l’équilibre des pouvoirs à Kinshasa (2028), Bujumbura (mai 2027) ou Washington (2028). Tout porte a croire que les calculs se positionnent sur ces échéances.

Priorités de Gitega

Le Burundi, avec des moyens militaires et logistiques presque limités, Ndayishimiye se doit de composer avec Tshisekedi. A ce stade, Gitega est plus menacé que Kinshasa par l’avancée des rebelles AFC/M23 – MRDP. Toutefois, sa logique est défensive avant d’être offensive. Le Burundi ne peut oser mener cette guerre en direction du nord, à la frontière avec le Rwanda. Le Sud-Kivu est perçu comme le dernier verrou protégeant Bujumbura et Gitega : un basculement complet des Hauts et Moyens Plateaux sous contrôle de l’AFC/M23 -MRDP représenterait, pour le Burundi, une menace existentielle plus immédiate que pour la RDC elle-même — ce qui explique la poursuite des déploiements militaires burundais et le pari, renouvelé, sur la coopération avec les FARDC.

Cependant, cette alliance tripartite — FDNB, FARDC, Wazalendo — n’offre aucune garantie de sécurité durable. Elle s’était accompagnée d’un blocus imposé aux populations Banyamulenge, choix politiquement et diplomatiquement coûteux pour Gitega, qui peine à le justifier sur la scène régionale ― international sans nourrir l’accusation d’exactions collectives. Gitega et les FDNB auraient pu céder, retirer ses unités pour quelques Kms pour éviter apaiser les voix montantes qui avaient trouvé le Burundi entrain d’asphyxier un groupe sur base de son appartenance communautaire. Toutefois, le Burundi reste préoccupé au premier degré par l’avancée des forces rebelles alliées aux rebelles Burundais.     Enfin, les tensions avec le Rwanda servent aussi un agenda intérieur. À l’approche des élections de mai 2027, la mobilisation autour d’une menace extérieure — incarnée par le soutien rwandais aux groupes armés opérant au Sud-Kivu — offre au pouvoir burundais un levier de cohésion nationale, quand bien même la sécurité du pays reste également mise à mal par des dynamiques internes au Sud-Kivu lui-même.

Une guerre par procuration qui va perdurer?

Ainsi, le Sud-Kivu n’est pas un simple champ de bataille annexe : il est devenu l’espace où Kigali et Gitega arbitrent, s’affronter loin de leurs espaces frontaliers, se positionnent pour des enjeux sécuritaires régionaux allant de 2015 à nos jours. Les économiques et sécuritaires divergents explique la persistance du conflit dans les Hauts Plateaux et autour de Minembwe. L’une des solutions est que ces deux belligérants trouvent un médiateur. Si non, les questions Congolaises trouveront continuellement les nouveaux maitres de terrains.

L’équipe Eastern Congo Tribune.

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