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Genocide

30 ans après le massacre de Lemera : Une dizaine d’autres avaient précédé dans cette région.

Avant le massacre de Lemera (octobre 1996), le rapport Mapping de l'ONU documente une dizaine de massacres de Banyamulenge en septembre-octobre 1996. Une lutte sérieuse contre l'impunité commence par nommer toutes les victimes.

By Eastern Congo Tribune October 7, 2026 6 min read

30 ans après le massacre de Lemera : Une dizaine d’autres avaient précédé dans cette région.

Le 6 octobre 1996, l’hôpital de Lemera, au Sud-Kivu a été attaqué par des troupes de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), le mouvement rebelle de Laurent Desiré Kabila qui était soutenue par le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi. Durant cette attaque, une trentaine des patients et soignants ont perdu la vie.

30 ans du massacre de Lemera

Commémorant les 30 ans de ce massacre, la Fondation René Cassin a organisé une conférence pour réfléchir sur l’impunité et les cycles de violences en République Démocratique du Congo (RDC). Lors de la conférence-débat dont le Dr Denis Mukwege, le Prix Nobel de Paix, était l’invité principal. Durant cette conférence, le massacre de Lemera a été « raisonnablement » présenté par le Dr Denis Mukwege comme le début symbolique de la première guerre du Congo, en s’appuyant sur le rapport Mapping des Nations unies. Selon le Dr Denis Mukwege,

“le massacre de Lemera marque symboliquement les débuts de la première guerre du Congo et l’ouverture d’un cycle de violence qui, 30 ans plus tard, se poursuit dans l’est de mon pays.”

Ce rappel est légitime et ces victimes méritent toute notre mémoire et compassion. Les violences doivent aussi cesser comme l’a souligné le Dr Denis Mukwege. Toutefois, en fin septembre et début octobre 1996 (avant le massacre de Lemera), on en a dénombré une dizaine d’autres qui spécifiquement visaient les membres de la communauté Banyamulenge dans les localités voisines de Lemera. Ne pas citer ces massacres dans un des débats de « 30 ans d’impunité » revient à omettre une partie de l’histoire de l’impunité en RDC et surtout que les victimes ces massacres étaient sciemment ciblées sur base de leur appartenance ethnique et communautaire.

Le rapport Mapping énumère les massacres ci-dessous et sont rapportés tels que le rapport les décrit. Le rapport Mapping a connu de critiques et certaines qui sont fondées. Il attribue de fois les tueurs à leurs appartenance communautaire. Dans ces cas précis, les tueurs étaient dans la plupart de cas des éléments armés dits Babembe et à des militaires des FAZ (Forces armées zaïroises). Quelques faits repris dans le rapport Mapping (2010) :

1.     Uvira (9 septembre 1996) : arrestations et pillages

Pendant qu’une manifestation à Uvira réclamait le départ de Banyamulenge et Tutsi du Zaïre, des FAZ ont arrêté un nombre indéterminé de Tutsi/Banyamulenge. Ils ont pillé plusieurs bâtiments, dont des établissements religieux et les bureaux des organisations Non-Gouvernementales (ONG) locales dirigées par de Banyamulenge.

2.     Abela – Fizi (17 septembre 1996) : les hommes tués, les femmes violées

Des éléments armés Babembe, aidés des FAZ, ont tué un nombre indéterminé de civils Banyamulenge. Seuls les hommes ont été tués. La plupart des femmes, épargnées, ont été violées. Ces femmes ont été déportées manu militari vers le Rwanda. Abela fait allusion a la localite dite Kabera (prononciation Kinyamulenge).

3.     Kamanyola (21 septembre 1996) : un mineur et un dirigeant communautaire exécutés

Des éléments de FAZ ont tué un mineur qui avait demandé de l’eau, puis pillé leurs biens quand le Banyamulenge attendaient d’être expulsés vers le Rwanda. Le président de la communauté Banyamulenge d’Uvira a été exécuté peu après. La plupart de ces victimes avaient fait de jours dans des conditions inhumaines dans les prisons de FAZ.

4.     Kamanyola (23 septembre 1996) : au moins quinze morts

Des FAZ ont tué au moins quinze Banyamulenge/Tutsi, accusés de faire partie d’éléments armés infiltrés.

5.     Nyamugali (22 au 24 septembre 1996): exécutions publiques

Des militaires FAZ ont exécuté publiquement deux civils banyamulenge, accusés d’être en contact avec des éléments armés infiltrés.

6.     Lubonja (Septembre 1996): des femmes et deux pasteurs tués

Des éléments armés Babembe ont tué un nombre indéterminé de Banyamulenge, surtout des femmes qui avaient quitté Ngandja pour Minembwe. Deux pasteurs ont été tués au même endroit.

7.     Baraka (26 septembre 1996): près de 300 civils tués

Des civils venus de Bibokoboko cherchaient la protection des FAZ à Baraka. Avec leur aide, des éléments armés bembe ont tué près de 300 personnes, dont des femmes et des enfants, la plupart à l’arme blanche. De nombreuses femmes, dont des mineures, ont subi des viols collectifs. Les corps ont été enterrés dans une fosse commune. En 2005, une haute autorité administrative nationale aurait demandé à des groupes Mayi-Mayi d’en déterrer les ossements et de les jeter dans le lac Tanganyika, pour effacer toute trace.

8.     Lueba (29 septembre 1996) : 152 civils tués

Toujours avec l’aide des FAZ, des éléments armés bembe ont tué 152 civils banyamulenge, dont beaucoup d’enfants et de femmes. Certains ont été tués à la machette, d’autres brûlés vifs dans une maison incendiée à la grenade. De nombreuses femmes ont été violées collectivement.

9.     Mboko (29 au 30 septembre 1996) : près de cent victimes

Les victimes étaient surtout des rescapées de Lueba que les miliciens emmenaient pour les expulser vers le Rwanda. Après un clavaire inexprimable, les femmes et les enfants ont pu atteindre le Rwanda. Les hommes ont été ligotés puis jetés dans le lac Tanganyika. Quinze hommes, gardés provisoirement dans un camp, sont depuis portés disparus.

10.                        Sange (2 octobre 1996): quinze Banyamulenges tués

Des jeunes locaux et des FAZ sont venus chercher de Banyamulenge réfugiés chez le chef de cité, sous prétexte de les escorter au Rwanda. Ils les ont tués en cours de route.

Pourquoi ce rappel compte

Certes, Lemera n’est pas le premier épisode de ce cycle de violence. Ces crimes de septembre-octobre 1996 sont dans le rapport que le Dr Mukwege évoque souvent. La plupart de ces localités ci-haut citées sont dans les alentours (moins d’une dizaine de Kms) de la localité et de l’hôpital de Lemera.

Ces massacres s’inscrivent dans une campagne qui vise certainement le Banyamulenge depuis des années. Dans certains cas, les traces de ces massacres ont été délibérément effacée, comme à Baraka.

Une lutte sérieuse contre l’impunité commence par nommer toutes les victimes, où qu’elles aient été tuées et quelle que soit leur communauté. J’invite le Dr Denis Mukwege, comme tous ceux qui portent cette cause, à prendre en compte les faits les massacres de trente années de guerre doivent nous amener à réfléchir objectivement pour trouver des solutions aux causes persistantes.

Suivez l’intégralité de la conférence: https://www.youtube.com/watch?v=LIeUPw4I0Hw&t=2057s

Delphin R. Ntanyoma

Twitter: https://x.com/Delphino12

Blog: https://easterncongotribune.com/

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