En date du 18/02/2026, à 12 h, un nouveau cessez-le-feu est entré en vigueur en République démocratique du Congo (RDC), porté par la médiation angolaise. Sur le terrain, les combats se poursuivent et la méfiance domine. Les revendications des deux parties, AFC/M23 et autorités congolaises, semblent aujourd’hui irréconciliables. Eastern Congo Tribune a interviewé Christophe Rigaud, fondateur et rédacteur en chef du site Afrikarabia sur les enjeux du cessez-le-feu dans un processus de paix fragmenté et les obstacles d’un dialogue intercongolais encore incertain.
Eastern Congo Tribune : L’Angola a proposé un cessez-le-feu qui est entré en vigueur ce mercredi 18 février 2026. Comment en sommes-nous arrivés là, considérant les difficultés que Luanda avait connues vers décembre 2024, pour jouer un rôle de médiateur ?
Christophe Rigaud : Depuis le retour du M23, fin 2021, Félix Tshisekedi est en échec militaire mais aussi diplomatique. La médiation américaine n’a pas vraiment fait de miracle sur le terrain, si ce n’est de freiner l’avancée des rebelles et de les faire reculer de Walikale et d’Uvira. D’un autre côté, Félix Tshisekedi est pressé de toutes parts pour organiser un dialogue national intercongolais. C’est une demande de l’opposition, mais aussi des Européens et des Américains.
Il semblait donc opportun au président congolais de réactiver la médiation angolaise, malgré son échec de 2024, qui était dû au refus de Kinshasa de négocier avec le M23, ce qu’exigeait le Rwanda pour signer l’accord. Luanda peut aider Félix Tshisekedi dans l’organisation de ce dialogue, sachant que Joao Lourenço est plutôt perçu comme bienveillant vis-à-vis de son homologue congolais.
Enfin, l’Angola a tout intérêt à s’impliquer dans le conflit congolais pour des raisons sécuritaires et économiques. Sécuritaire, car Luanda ne souhaite pas que la crise congolaise déborde régionalement, à ses frontières. Economique enfin, car les Angolais ont également intérêt à voir aboutir le corridor de Lobito, ce vaste projet ferroviaire entre la Zambie et l’Angola pour acheminer les minerais du Congo sur la façade Atlantique afin de les exporter plus facilement vers les Etats-Unis.
Eastern Congo Tribune : Quelle est la situation aujourd’hui, un jour après ce cessez-le-feu ? Peut-on espérer que les parties en conflit soient disposées à l’observer ?
Christophe Rigaud : Pour l’instant, le cessez-le-feu n’est pas respecté au Sud-Kivu, qui est la zone de tension principale à l’Est du Congo. Il y a toujours des combats signalés autour de la région de Minembwe. Mais comme les six autres cessez-le-feu déjà signés depuis l’année dernière, aucun n’a été respecté. Chacune des parties attend que l’autre fasse le premier pas.
Le Rwanda attend que la RDC commence la neutralisation des FDLR, ce groupe d’ex-génocidaires rwandais, alors que Kinshasa attend que les rebelles de l’AFC/M23 se retirent des vastes territoires qu’ils contrôlent. Rien ne bouge également, car les rebelles restent maîtres du terrain militairement, et le rapport de force plaide largement en leur faveur. Ils n’ont donc aucune raison de se désengager.
Eastern Congo Tribune : Il y a une multiplication d’initiatives visant à ramener la paix à l’Est de la RDC : Washington, Doha, Lomé-Union Africaine et encore Luanda. Par quel moyen toutes ces initiatives sont coordonnées ?
Christophe Rigaud : C’est justement là que le bât blesse. Si les combats continuent, c’est que cet empilement de processus de paix n’est pas coordonné. On ne sait pas qui fait quoi. L’AFC/M23 avait d’ailleurs demandé une clarification. Le cessez-le-feu proposé par l’Angola, et accepté uniquement par Kinshasa, entre en concurrence avec les négociations de Doha, dont les discussions sont encore en cours.
Normalement, c’est l’Union africaine qui est chargée de coordonner tout cela, mais on voit que les différentes rivalités au sein de l’Union risquent de rendre l’action des facilitateurs africains peu lisible et peu efficace.
La présidence tournante de l’Union, occupée aujourd’hui par le président burundais Évariste Ndayishimiye, pose question. L’armée burundaise combat aux côtés de la RDC les rebelles de l’AFC/M23, soutenus par le Rwanda, alors que les relations en Gitega et Kigali sont très tendues. Les deux pays s’accusent mutuellement de vouloir se déstabiliser l’un l’autre.
Eastern Congo Tribune : On parle de la septième proposition de cessez-le-feu depuis le début de 2025. Mais la guerre continue et cette fois-là avec une prédominance d’usage de drones ?
Christophe Rigaud : Le conflit est enlisé au sol pour l’armée congolaise, dont la faiblesse ne lui a jamais permis de reprendre le dessus sur les rebelles, ni de reprendre des localités significatives. Et pour l’AFC/M23, leur moindre mouvement est scruté par les Américains. La guerre s’est donc déplacée dans les airs. Le problème, c’est que ces bombardements et ces attaques de drones ont peu d’impacts réels sur les lignes de front. Ce qui fait bouger les lignes, ce sont les combats au sol.
La faiblesse de l’armée congolaise reste le principal problème de Kinshasa qui doit sous-traiter ses offensives aux milices Wazalendos, peu contrôlables et qui commettent de nombreuses exactions sur les civils, ou aux armées privées et aux mercenaires. Mais on ne peut pas gagner une guerre dans ces conditions. C’est pour cela que Félix Tshisekedi a tout misé sur la médiation américaine pour imposer la paix. Pour l’instant sans convaincre.
Eastern Congo Tribune : En quoi ce cessez-le-feu qui a commencé hier est différent des autres et quelle est la marge de manœuvre de l’Angola dans le contexte actuel ?
Christophe Rigaud : L’Angola n’a que peu de prise sur la bonne application de ce cessez-le-feu. Ils n’ont plus de troupes en RDC. La seule action de Luanda est diplomatique. Mais là encore, on voit que c’est peu efficace. Les rebelles jouent la montre et s’en remettent exclusivement aux discussions de Doha, qui patinent depuis de nombreux mois.
Eastern Congo Tribune : Quel est le lien entre ce cessez-le-feu et les efforts de dialogue politique entre Congolais?
Christophe Rigaud : Les différents médiateurs, américains, qataris, africains pensent que le cessez-le-feu permettrait justement d’engager un dialogue pour régler les nombreux problèmes de gouvernance et sécuritaire de la RDC. Mais pour que ce dialogue soit une réussite, il faut qu’il soit inclusif. Et pour l’instant, Kinshasa ne veut ni des rebelles de l’AFC/M23, ni du camp de l’ancien président Joseph Kabila, qui a été condamné à mort pour ses liens supposés avec les rebelles. Il y a donc peu de chance que ce dialogue règle les choses. Ce dialogue risque de tourner au monologue entre le camp présidentiel et quelques opposants « autorisés » afin de se partager le pouvoir.
Eastern Congo Tribune : Quelles sont les questions principales qui divisent les parties en conflit ?
Christophe Rigaud : Les revendications des deux parties, AFC/M23 et autorités congolaises, semblent aujourd’hui irréconciliables. Les rebelles veulent, à minima, co-administrer avec Kinshasa l’Est du Congo, avec une large autonomie de gestion, alors que le gouvernement congolais exige de reprendre sa souveraineté sur les territoires occupés par la rébellion. Chacun campe sur ses positions, et le conflit s’enkyste.
Eastern Congo Tribune team.
Christophe Rigaud est journaliste, réalisateur de documentaires TV basé à Paris. Il anime depuis 2007 le site AFRIKARABIA (https://afrikarabia.com/wordpress/) consacré à l’actualité en République démocratique du Congo (RDC).

Merci beaucoup pour cette interview qui donne les soubassements de la guerre. Les initiatives pour la paix se sont multipliés pour les cessez -le -feu. Prochainement,j’aurais aimé avoir la différence ou complémentarité entre Accords de Loanda,Nairobi,Doha et Washington.
Je vous remercie.
Merci de votre commentaire. On pourra y revenir.