RDC: Archives Coloniales detiennent la clé de la paix au Sud-Kivu

Map of South Kivu province. The southern South Kivu comprises Mwenga, Uvira and Fizi territories. Photo: https://en.populationdata.net/maps/rdc-sud-kivu/

Devant la persistance du climat de contestation du groupement de Bijombo et de la commune rurale de Minembwe ainsi que l’usage des armes, j’ai écrit au Président Felix Tshisekedi en date du 29 octobre 2019. Dans cette lettre, j’ai proposé la mise en place d’une commission indépendante composée d’experts nationaux et expatriés pour examiner la question des chefferies traditionnelles en territoire de Fizi, Mwenga et Uvira. Le document a été envoyé au Président Tshisekedi comme une lettre (voir ici) avec une annexe avec les détails suivants (voir en bas). 

Contestation de Bijombo & Minembwe

Le Haut Plateau de Bijombo, Kamombo, Itombwe et Minembwe en Territoire d’Uvira, Fizi et Mwenga, connait une crise humanitaire indescriptible. Cette partie du territoire Congolais est habitée majoritairement par les Babembe, Bafuliro, Banyindu, Banyamulenge, Bavira et biens d’autres communautés. De milliers de personnes ont dû fuir leurs localités car plus de 200 villages ont été incendies et complètement détruits. La perte en vies humaines est extrêmement alarmant.

Les populations locales, ceux qui n’ont pas eu la chance de fuir dans plusieurs directions, sont concentrées dans quelques villages qui sont sous attaques réguliers―systématiques des combattants locaux. Parmi ces combattants, il y a d’éléments étrangers qui y prennent part active. Dans cette complexité qui implique des pays de la Région de Grands Lacs d’Afrique, la donne identitaire et appartenance aux communautés ethniques mobilise localement. D’une manière brève, certains groupes sont dits ‘natifs―autochtones’ alors que d’autres sont dits ‘envahisseurs―immigrants’. De Bijombo vers Minembwe en passant par Kamombo et Itombwe (Mibunda), Banyamulenge sont situés dans la deuxième catégorie des ‘envahisseurs’ ; et la lutte contre l’envahisseur est noble.

Il me semble que la question principale que connait la région couvrant Bijombo-Minembwe est la contestation de la communauté Banyamulenge par de communautés voisines considérant cette première comme étant ‘immigrée’. Des livres et travaux scientifiques ont été écrits pour soutenir cette thèse de ‘nouveaux-venus. Pour n’avoir pas eu une chefferie coutumière en leur nom, certains auteurs et politiques n’hésitent pas d’affirmer que la communauté Banyamulenge est constituée de réfugiés Rwandais des années 1959. Cette conception de ‘nouveaux-venus’ s’applique facilement dans le contexte de la plaine de la Ruzizi et oppose la communauté Barundi et Bafuliro. Même si la communauté Barundi gère une chefferie coutumière, la contestation dans cette partie du pays a fait de milliers de dégâts dans le cadre de la conquête de terres occupées par les envahisseurs.

Pour le cas précis de Bijombo et Minembwe, la mobilisation politisée contre le chef de groupement de Bijombo, la création et contestation de la Commune de Minembwe ; les discours politiques et mobilisation faites par de personnalités connues autour de la lutte contre les envahisseurs, les cahiers de charge (les plus récents sont ceux de Juin 2019) de communautés vivant dans cette partie du territoire par rapport à l’appartenance au sol Congolais en dit long. On parle de l’occupation des terres des autres. Trouver un compromis, d’une manière objective et neutre, pourra conduire à la paix durable. La seule piste, avant qu’il ne soit tard, est les archives coloniales (riches et accessibles) se trouvant partout ; mais plus particulièrement à Bruxelles, au sein du Ministère des Affaires Etrangères de la Belgique[1].

Visite des archives coloniales à Bruxelles

Dans le souci de mieux comprendre, j’ai personnellement visité le Musée de Tervuren et archives coloniales au sein du Ministère des Affaires Etrangères Belges trois fois (du 23-24 Mai 2018 ; du 14-23 Aout 2019 ; du 23-24 Octobre 2019). Je suis confiant que les informations contenues dans ces archives (indépendamment de la manière dont elles ont collectées par des personnes qui ne maitrisaient probablement pas le contexte, qui travaillaient sous la grande pression de l’expansionnisme des autres pays colonisateurs comme l’Allemagne et l’Angleterre…), donnent des pistes rigoureuses par rapport aux questions multiples de l’établissement des peuples et formation de chefferies coutumières. Recourir à ces archives reste la panacée pour la stabilité de la région en question. Si ce travail est réalisé par une équipe indépendante, l’Etat Congolais aura largement pose une fondation pour tout l’avenir de ce pays et de générations futures. De ce fait et pour y arriver, l’appui de la Belgique est primordial car elle a sa part de responsabilité.

Preuves de l’existence des chefferies Banyamulenge

Dans le cadre de soutenir cette démarche, l’expéditeur de cette lettre a réuni quelques faits probants et indicatifs qui serviraient d’appui pour comprendre cette nécessite d’entrer en profondeur. Les quelques points indicatifs qui sont accessibles aux archives coloniales et au sein de la littérature sont :

1. Au sujet de chefferies coutumières, Reyntjens, Filip et Stefaan Marysse (1996 :15)[2] précisent qu’en la partie sud du Sud-Kivu, « Seuls les Tutsi Banyamulenge n’ont pas leur collectivité propre. Si certains décrets ont, dans le passé, accordé aux Tutsi Banyamulenge une entité administrative[3] (6 octobre 1891, 3 Juin 1906, 2 Mai 1910), le décret du 5 Décembre 1933 supprima cette autonomie du groupe Tutsi… ». Les deux éminents professeurs d’Universités donnent une indication par rapport à la formation, et abolition des chefferies.

L’Access aux procès-verbaux sanctionnant l’investiture et nomination des chefs donnerait plus de précision. Personnellement, faute de temps et moyens, je n’ai pas pu retrouver ces décrets de reconnaissance de chefs coutumiers étaient sanctionnés par des procès-verbaux. Malgré mon impossibilité, ces PV doivent exister quelque part. A défaut d’accéder les PV, les documents contenus dans les archives (AIMO 1581 du 22 Mai 1907 ainsi que la lettre No 857 du 17/12/1909 par exemple) indiquent que Kaila était un chef coutumier au même titre que Lusini, Mangwa, Luzuguma, Katshagulu, Lusakara, Makora, Mokinia. L’interprétation préliminaire liée à l’emplacement de son groupement tend à indiquer que Luzuguma (serait plutôt Ruhuma) l’arrière-grand-père à Sebasamira et Shanga qui sont cités dans le Rapport annuel du territoire de Bafulero[4] de 1932 (signé le 1er Janvier 1933) ;

Organisations spociales & politiques coloniales 

2. Alors que les documents consultés au sein des archives indiquent que le groupe Kaila est Banya Ruanda (probablement pour exprimer l’origine dite du Rwanda actuel), leur date d’installation dans cette région d’Uvira-Itombwe (avec estimation approximatif) peut se lire dans Loons (1933), document intitulé l’Etude sur l’Origine de Bafulero. Jusqu’en 1933, l’administration coloniale considérait Bafuliro comme une population composée de plusieurs regroupements politiques ou sociales organisés autour de chefferies. Ces chefferies bien citées composant le pays de Bafulero sont : les Bahamba, Barungu, Bazige, Banya-Ruanda.

Les Bahamba sont affiliés au Kahambalingishi (fondateur de la dynastie dirigeant l’actuel chefferie Bafuliro) ; Barungu (de la descendance Namuka) ; Bazige ou Bazeke (d’origine Burundaise) ; Banya-Ruanda (qui s’installèrent dans le pays Bafulero lors du règne de Namboko Lwame). Pour comprendre cette logique d’établissement, il sied de voir que Kahambalingishi (le fondateur du royaume Bahamba) s’est installé dans le pays Bafuliro vers le XVIe siècle. Selon Loons (1933), lors du règne de son fils, Namboko Lwame, vient s’installer les Banya-Ruandas connu sous le groupe Kaila. Selon Loons (1933), les Bavira se seraient installés dans cette partie du pays pendant la même période de Namboko Lwame comme le Banya Ruandas.

3. Le groupe dit Banya-Ruandas est composé de deux sous-groupes dont celui de Gahutu (Kahutu) qui immigrant vers l’Etat indépendant du Congo (EIC) le 12 Aout 1912 en provenance du territoire contesté. Ce groupe Kahutu traversa au même moment que deux autres qui s’installèrent vers Nyangezi et Bobandana (vers l’actuel Bushi). Par rapport au groupe Kahutu qui serait le grand-père de Livuze, Loons stipule que « La plupart de ceux-ci [groupe Kahutu] ont rejoint le Ruanda depuis à la suite de notre intervention ; ce groupe ne comptant qu’actuellement plus que 140 hommes, dont 20 Watusi seulement».

Il serait que le groupe Livuze se serait mué en chefferie de Barundi (certaines archives indiquent). Le deuxième groupe est celui de Kaila. Il est décrit comme celui qui quitta le « Rwanda » lors du règne de Gahindiro (cfr No 2797/AIMO/B.7.b.a de 1908). Le règne de Gahindiro peut se situer entre 1797-1830). L’élément important à ce niveau est que cette migration du groupe Kaila eut lieu lors de Namboko Lwame est le premier héritier du royaume Kahambalingishi.

De ce fait, si le groupe Kaila s’est installé dans ce territoire durant le temps de Namboko, on peut estimer que la migration du groupe Bigimba le père ou grand-père de Kaila a eu lieu avant 1797 ou soit, la « dynastie » Kahambalingishi est récente et non du XVIe Siècle comme l’indique Loons. Il serait difficile de croire que Kahambalingishi a régné pendant tout un siècle pour que vers la fin du 18e Siècle son fils Namboko accède au trône. Pour preuve, il apparait dans les documents de l’archive coloniale que la chefferie Bahamba se renforça plus après la reconnaissance de l’un de leurs par l’administration coloniale.

4. Dans le même document, Loons énumère les noms de notables du groupe Kaila dont : Nyirimuhanga, Gitimbwa, Mutayega, Ngenganyo, Shebabukwa, Gasambi, Bushambe (dans la chefferie Bafuliro) ; Rwiyereka, Budulege, Sebasamira, Muyengeza, Nyakaboko, Musoso, Bururu (dans chefferie Bavira). On peut facilement réaliser que ce groupe avait une organisation politique qui aurait rencontré des défis majeurs incluant la discrimination selon Weis (1959)[5];

Etablissement précolonial de Byinshi & Kayira (Kaila)

5. Pour renforcer l’idée dans Loons sur l’établissement et migration, Newbury (2009 :265)[6] précise que le clan Abanyabyinshi, descendant de Byinshi, le cousin du roi Ruganzu du Rwanda prirent la direction de l’Ouest du « Rwanda » vers 1510-1543. Cette indication amène à considérer que ce regroupement BanyaRuanda a suivi le même modèle de migration qui s’est réalisée en plusieurs moments. Il est important de souligner que le clan Abanyabyinshi se retrouve chez le Banyamulenge et ils sont l’un de grands clans composant cette communauté ;

6. Le document No 465 du 29 Avril 1912 signé par l’Agent Territorial Maurice Vanderkeulen qui était en mission de prospection dans Uvira, il précise que « le 22 Avril, je pars pour le village de Kaila, chef-non reconnu, route très dure. Le village était situé à une altitude de 2200m. Grande Chefferie s’étendant jusque derrière Uvira. Peuple exclusivement pasteurs, et se nourrissent du lait de leur bétail…». On peut comprendre qu’en 1912, Maurice avait estimé que la chefferie Kaila qui s’étend de Ruvumera vers Uvira, était grande. Même si le groupe Kaila était nomade par rapport à leur activité principale de l’élevage, il faut rappeler qu’en 1912, il n’y avait que quelques chefs reconnus et investis. Pour preuve, Nyamogira père de Mahina l’un de petits fils de Kahambalingishi n’était pas encore investis.

Evolution des chefferies pendant la période coloniale  

7. L’évolution de formation des chefferies était extrêmement manipulée par l’administration coloniale pour de raisons diverses. La reconnaissance et l’abolition de celles-ci pourraient constituer une manière de punir ou récompenser la personne pour sa loyauté. Certains chefs auraient été demis ou nommé sur de bases sujette à débat au point qu’y revenir pourrait ouvrir cette « boite à pandore ». Toutefois, pour l’avenir de cette partie du pays, la boite devrait s’ouvrir. Selon les instructions contenues dans la lettre No 505 (du 08 Novembre 1920), le Ministre Louis Franck avait suggéré deux options de fusionner les chefferies car elles étaient devenues « nombreuses ».

L’une d’options était qu’à la mort du chef et sa population devait être soumise à un autre chef. Toutefois, même après la mort de Kaila, il était prévu que sa population soit reconstituée en leurs regroupements. Le rapport de 1934 (RACCB 422 page 3) stipule que « Le regroupement de Banya Ruanda dispersés depuis une quinzaine d’années, à la suite de la mort de leur chef Kaila, a été également envisagé. La nouvelle organisation, déterminée avec l’accord préalable de notables Banyaruanda et Bafulero, ne laisse subsister que quatre groupes pour la chefferie de Bafuliro, sous la direction de Neri Monga (Mangwa)». L’interprétation de cette formulation prouve qu’en regroupant cette population qui avait perdu leur chef, l’option de reconstituer ces regroupements devait partir de l’accord de leurs notables et ceux de Bafulero. La mort de Kaila serait l’une de piste pour comprendre pourquoi sa grande chefferie n’a plus existé comme auparavant.

8. Toutefois, même après la mort de Kaila, le Rapport annuel du territoire de Bafulero[7] de 1932 (signé le 1er Janvier 1933) précise qu’il y avait, en chefferie d’Uvira, 4 groupements Banyamulenge dont Shanga, Rwiyereka, Budurege, et Rushibuka. Il sied de réaliser aussi qu’en chefferie de Bafuliro, le groupement Mudage et actuellement connu sous le nom du Groupement Kigoma donnerait d’indications quelconques sur ce qui était la composante Banyaruanda dans la chefferie. A sa mort, Mudage a été remplacé par Kanyaruhuru avant que cette chefferie devienne Kigoma actuel. En rapport avec Kigoma, Loons (1933) y situe un notable Rukalisa qui est le fils de Kaila ; donc, on peut facilement retracer qui sont les ayant-droits. La manière dont les 3 groupements de la chefferie d’Uvira ont disparu n’est pas claire dans les archives.

Toutefois, j’ai réalisé que le Groupement Budulege est repris dans la chefferie Bavira, aux côtés de Kabale (groupement du chef), Makobola, Husseni, Ruhekenya, Ruharura, et Kitwika. Le groupement Budulege (Budurege) existait depuis les années antérieures jusqu’en 1954 (les derniers documents d’archives que j’ai consultés). Il est fort probable que ce groupement qui, en 1954 après un recensement si fort, était le plus peuplé parmi les autres, ne figure pas dans le mémoire de Weis (1959). Rien n’indique dans Weis les raisons de la disparition du groupement Budulege bien qu’il puisse se retrouver encore dans d’autres archives des années postérieures à 1954. Le groupement Budurege est celui actuel de Bijombo, le plus contesté et source de confrontation alors qu’il avait existé jusque vers les années vers l’indépendance.

Origine de l’eponyme Banyamulenge  

9. Le deuxième aspect qui crée de confrontation dans ce contexte de Bijombo-Minembwe est lié à l’éponyme Banyamulenge. Pour la question de l’éponyme, Depelchin[8] (1974 :70) précise que le mot Banyamulenge avait existé avant l’arrivée des colons pour désigner les gens qui habitaient Mulenge. Pour ce faire, il est clair que n’eut été l’influence et la confusion de l’administration coloniale, l’éponyme Banyamulenge aurait pu être enregistré dans les archives coloniales. Des informateurs que j’ai contactés et qui ont contribué pour dissiper l’équivoque autour de l’identité Banyamulenge appelés à tort et à travers Banya Ruanda, Ruandas, Batutsi, Watuzi, Tutsi d’Itombwe…affirment avoir été motivé par cet aspect historique auquel Depelchin avait superficiellement fait allusion. Dans le même ordre d’idée, il sied de reconsidérer le document signé en 1969 par Mr Sebasonera Kabarure qui dénonçait la discrimination de sa communauté (en annexe). En passant, il faut aussi dire que l’ensemble de communautés vivant cette partie de l’Est du Congo ont d’éponyme qui n’ont rien à voir avec un ancêtre commun. Il s’agit de noms dont personne ne peut reconnaitre avec précision comment ils ont vu le jour ;

10. D’une manière ou d’une autre, les précédents points évoquant l’établissement de Banyamulenge dans le territoire actuelle d’Uvira, ramène déjà l’idée de ce qu’on peut penser sur les actuels Bavira, Bafuliro et Barundi. Les archives coloniales, une fois analysées en profondeur par une équipe neutre, objective et soucieuse d’apporter la réponse à toutes les questions, elles pourront indiquer qui méritait quoi et qui est qui aujourd’hui. Voilà pourquoi, ma proposition (individuelle soit-elle) peut intéresser les acteurs soucieux de la stabilité de l’Est du Congo mais aussi de la région du sud Sud-Kivu. Mais pour être apparemment exhaustif, il sied d’évoquer les paradoxes dans le territoire de Fizi :

Chefferies- collectivités versus Secteurs

11. D’une manière globale, je précise que le territoire de Fizi est subdivisé en collectivités dits Secteurs. Le décret du Roi-Souverain du 3 Juin 1906 reprenant l’idée du décret du 06 Octobre 1896 et largement repris durant toute la période coloniale, un SECTEUR reflète une organisation politique dont sa population n’était ni homogène ni organisée en chefferies coutumières. La loi prévoyait qu’une erreur dans la création de Secteurs peut être remise en cause. Toutefois, depuis que le territoire de Fizi ait été créé, il est toujours géré en Collectivités-Secteurs. La performance de l’organisation politique dans cette partie était encore mise en doute par les colons car récente.

12. Les archives coloniales indiquent aussi clairement même l’origine de groupements dans cette partie du pays. Par exemple, Moeller (1936 :45)[9] indique que les Basandje, Babuye, Bazoba ont précédé les actuels Babembe. L’éponyme Babembe qui signifierait « les gens de l’Est » aurait pu englober plusieurs regroupements politiques comme l’indique Moeller (page 11) ainsi que Willemart[10]. L’Ubembe était un territoire, non de ceux qui sont communément appelés le Babembe, car ce territoire avait en son sein plusieurs autres communautés ethniques. En plus de cela, les archives contenues dans le document (AIMO 1973 : Secteur de Baraka) indiquent que les « Babembes » habitaient les montagnes de monts Mitumba jusqu’à 1840. Ce groupe qui s’appelle Babembes aujourd’hui aurait été chassé par les Babingas pour venir s’installer sur le bord du Lac Tanganyika (Baraka) après avoir chassés les Masandjes. Par ricochet, on peut déduire que la notion de premiers occupants reste vague et avantage plus un regroupement social avait eu la chance d’exercer les prérogatives politiques ; avoir de chefs.

13. L’exploitation de ces archives pourrait indiquer qu’à l’arrivée de colons dans cette partie de Fizi actuel, il y avait d’autres groupes communautaires qui sont peut-être aujourd’hui contestés. La tradition orale indique qu’avant l’occupation du territoire de Fizi par les colons, les familles Sebasaza Magwera et Rutambwe Maniha avaient leurs propres groupements politiques. Il est fort probable que de traces sur ces groupements politiques dans le territoire de Fizi (et même Itombwe) sont encore retrouvables dans les archives coloniales. De la même façon, Sans tenir compte de l’arbitraire qui accompagnait le choix des administrateurs coloniaux, il reste opportun de recourir à ces archives pour construire la paix au sud du Sud-Kivu.

Conclusion

Partant de l’argument expliqué en haut et compte tenu du niveau de contestation au Sud-Kivu, la solution ultime est de constituer une équipe d’experts indépendants (nationaux et internationaux) qui feront recours aux archives coloniales en vue d’apporter les éclaircissements sur le processus migratoire et établissement des peuples ; formation et évolution de regroupements politiques et chefferies coutumières en vue de réhabiliter ceux-là lésés.

Cette équipe d’experts pourra aller aussi dans le sens d’exiger au Royaume de Belgique de se prononcer par rapport à son rôle lointain dans cette crise. Les pistes de solution seront de réhabiliter ces regroupements politiques dont leurs entités-chefferies avaient été abolies sur de bases non-objectives (si vérifié) ou soit restructurer et adapter ces espaces géographiques en fonction de l’évolution du temps et besoins de la population.

Delphin R. Ntanyoma

Twitter: https://x.com/Delphino12

Blog: https://easterncongotribune.com/

 

[1] Selon mes dernières informations, il serait que le musée de Tervuren en contient autant bien que je n’aie pas eu la chance d’y passer de temps suffisant. Des contacts au sein de cette institution tendent à convaincre qu’il y en ai plusieurs autres.

[2] Pour de détails, consultez : Reyntjens, Filip & Stefaan Marysse (1996). « Conflits au Kivu: Antecédents et Enjeux ». Anvers: Centre d’Etudes de la Région de Grands Lacs d’Afrique.

[3] Dans leur livre, il parle de Gahutu sous l’Etat Independent du Congo et Kaila (Kayira) après l’annexion du Congo à la Belgique

[4] Par Bafuliro, il faut comprendre le sens du territoire et non de la chefferie (selon ma lecture).

[5] Weis, George (1959) ‘Le Pays d’Uvira : Étude de Géographie Régionale sur la Bordure Occidentale du Lac Tanganyika’, Academie Royale de Sciences Sociale, Bruxelles. Accessible sur :

http://www.kaowarsom.be/documents/MEMOIRES_VERHANDELINGEN/Sciences_naturelles_medicales/Nat.Sc.(NS)_T.VIII,5_WEIS,%20G._Le%20pays%20d%27Uvira.%20Etude%20de%20g%C3%A9ographie%20r%C3%A9gionale%20sur%20la%20bordure%20occidentale%20du%20lac%20Tanganika_1959.PDF

[6] Newbury, David (2009), «The Land Beyond the Mists : Essays on Identity and Authority in Precolonial Congo and Rwanda ». Ohio University Press, Athens

[7] Par Bafuliro, il faut comprendre le sens du territoire et non de la chefferie (selon ma lecture).

[8] Depelchin, Jacques-Marie F. (1974:70), “From pre-capitalism to imperialism: A History of Social and Economic Formations in Eastern Zaire”. PhD Dissertation, Stanford University. Depelchin precise que, enc es termes que « When the Rwanda eventually crossed the Ruzizi river, they first settled at Kakamba….. Slowly, they started towards the slopes until they reached a place called Mulenge at about 1,800 meters. For many years afterwards, Mulenge was to be the quasi-capital of the Rwanda, so much so that their companions who stayed behind referred to them as Banyamulenge”.

[9] Moeller (1936), “Les Grandes Lignes Des Migrations de Bantous de la Province Orientale du Congo Belge”, Memoires―Collections in-80, TomeVI, Institut Royal Colonial Belge, Librairie Falk Fils, Bruxelles. Available at : http://www.kaowarsom.be/documents/MEMOIRES_VERHANDELINGEN/Sciences_morales_politique/Hum.Sc.(IRCB)_T.VI,_MOELLER%20A._Les%20grandes%20lignes%20des%20migrations%20des%20bantous_1936.pdf

[10] Willemart (1935), “Historique du Territoire de Babembe: Territoire de Kamembemembe [Kalembelembe]”. Accessible sur : http://ufdc.ufl.edu/AA00001882/00001. Willemart fut l’Administrateur Territorial de ce qui deviendra Fizi ; jadis appelé Kalembelembe et plus tard Fizi.

 

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About Delphin 483 Articles
PhD & Visiting researcher @POLISatLeeds, proud of being a "villageois". My interest: Peace, conflict, Genocide Studies, Minority ethnic groups, DRC, African Great Lakes region. Congolese, blogger & advocate #Justice4All in #DRC.

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