ADF & Terrorisme en RDC : Défis face à ce « Secret de Polichinelle »

Le premier Avril 2019 aux environs de 18h05’, j’ai rencontré un militaire dans les environs de Minembwe Aérodrome. Je revenais accompagner un ami qui m’avait rendu visite et j’aperçois un homme en tenue presque militaire avec son arme à quelques mètres. C’était inquiétant, mais, je n’avais pas d’autre choix car pendant cette période, les armes retentissaient dans cette zone autour de la contestation de la Commune Rurale. Il est devant une boutique communément appelé Kiosque dans le langage local. Une Kiosque qui était place au croisement de chemin mais a une distance des maisons d’habitation, villages. En m’approchant de lui, je réalise qu’il est militaire de FARDC qui devait se procurer une cigarette avec moins de 200FC. Il fait tellement froid à Minembwe et on ne peut que se sauver en allumant une cigarette peut-être. Sa capacite financière ne lui permet que se procurer juste une tige de cigarette !

Dans ma curiosité et considérant que pendant ces heures un militaire ne devrait peut-être pas se promener seul, j’engage juste un débat comme il discutait en Swahili. Du coup, je réalise qu’on lui donne que la seule tige dont il est à mesure de payer. C’est étonnant mais c’est une réalité amère. Habari gani ? Il me répond dans un Swahili avec un accent identifiable. Notre discussion commence sur la seule tige de la cigarette et pour combien de temps cela va lui servir pendant cette longue nuit qui commence à 18.30 min. Je suis natif de Mweso, en territoire de Masisi au Nord Kivu. Je suis à mesure de localiser son village de naissance car j’avais visité ce territoire et précisément les cités de Kitshanga et Mweso en Février 2019.

Le climat devient si propice et confiant entre deux personnes qui se rencontrent pour la première fois. Il est peut-être chez-moi mais j’ai une idée de ce qu’est Mweso et sa localité d’origine. « On a déjà fait plus de deux ans à Kitona et depuis qu’on a quitté Kitona, ça fait plus de 6 mois maintenant ». Il y a presqu’une année que nous ne sommes pas payés et vivons de conditions difficiles. Un sentiment de choque de ma part, je comprends la raison de procurer seulement une seule tige ! Je n’ai pas de réponse ni un mot pour le consoler. Nous sommes maintenant en opérations militaires à Minembwe et dans les mêmes conditions. Je dois passer cette nuit a la garde de l’Aérodrome car nous avons été commis à cette tâche cette nuit. Demain on pourra avancer vers ces montagnes-là. Je vois les collines de Biziba vers Matanganika-Lulenge, en direction Sud-Ouest de Minembwe. C’est pour combattre les groupes armés qui ont attaqué les villages dans cette partie. On se fait marche ensemble jusqu’à l’endroit où je devais rester. L’histoire est longue et son parcours a connu tout un tas de problèmes dont il croyait résoudre une fois au sein de l’armée.

Il a une histoire qui dépasse ces manouvres de ceux qui nous disent « biso bato tosalaka na B2 ou na ANR ». Ils sont nombreux qui nous partagent leurs missions d’agents de renseignement alors qu’ils sont en tenu civile. Si cette occasion peut procurer un petit montant, la confidentialité est secondaire. En plus d’autres failles, telles sont les conditions dans lesquelles opèrent les militaires de l’armée nationale Congolaise alors qu’elle fait face à une montée du terrorisme. Ces mêmes conditions humiliantes n’affectent pas seulement les membres de forces armées mais aussi ceux de service de sécurité en général (y compris la Police Nationale Congolaise) et la population locale.

  1. Terrorisme en RDC & Recommandations de « Program on Extremism ».

Le terrorisme du modèle Jihadiste est complexe à comprendre mais aussi à combattre. Depuis l’ascension de Musa Baluku en remplacement de Jamil Mukulu en territoire de Beni, la Province de l’État Islamique en Afrique Centrale (PEIAC) s’installe progressivement à l’Est de la RDC. Le rapport de « Pogramm on Extremism, The George Washington University » a produit d’éléments détaillés qui indiquent que depuis 2018, il y a eu une collaboration directe entre Allied Democratic Forces (ADF) et L’Etat Islamique (EI). L’EI ou Daech est bien connu pour ses exactions et atrocités qui veulent imposer la Sharia et l’Islam comme seule religion. Le rapport de The George Washington University indique qu’actuellement le « débat n’est pas de savoir si la relation [entre ADF et EI] existe, mais plutôt de la nature de la relation, et c’est une question beaucoup plus compliquée qui doit impliquer les recherches universitaires approfondies, des praticiens et stratèges dans le domaine de lutte contre le terrorisme ». Le rapport formule plusieurs recommandations dont il faut analyser sa faisabilité dans un contexte tel que l’Est de la RDC. C’est une occasion de se remettre en cause et voir ce danger qui s’étend sur un grand territoire de Beni vers Ituri.

Parmi ces recommandations, on résumerait le souci d’approfondir de recherches pour mieux comprendre cette relation entre l’EI et ADF. La recommandation ne veut pas signifier qu’il faut croiser les bras jusqu’à ce que ces recherches aboutissent. Plutôt, le rapport souligne qu’avec la propagande qui entoure ce nouveau champ du terrorisme international, il y aune possibilité que de combattants terroristes étrangers pourront se faire recruter et s’installer en RDC. Le rapport rappelle que les frontières poreuses et l’instabilité sécuritaire et politique de la RDC pourront servir de brèches pour que l’agenda terroriste se mette en place facilement. Le rapport appelle à la synergie entre les pays de la région et du monde entier enfin de juguler cette menace terroriste. En dépit de conditions d’accès dans les zones reculées de l’Est du Congo restent difficiles, le rapport souligne qu’une attention particulière autour de cette menace terroriste est plus qu’importante et la RDC doit être considéré comme une priorité au même titre que les autres coins où se sont développés ces genres de terrorisme. Le rapport insiste qu’il faille agir car ne pas agir serait désastreux pour la RDC, l’Est du pays mais aussi pour la région de l’Afrique Centrale. Le terrorisme était une question de sécurité mondiale dont il ne faut pas laisser à un seul Etat.

De toutes ces recommandations et celles autres qui peuvent être formulées, il est important d’évaluer les forces et les faiblesses, défis et opportunités pour que la RDC ne sombre pas dans une autre vague de violence impliquant le terrorisme. Dans un premier temps, l’Etat Congolais devrait mettre en place les mécanismes devant conduire à établir un Office en charge de lutte contre le Terrorisme. Le Bureau devra répertorier les connaissances et capacités existantes en matière de lutte contre le terrorisme dans une perspective de mettre en place une stratégie dans ce domaine.

  1.  Nouveaux Développements et Allégiance des ADF à l’EI 

Depuis quelques années, de recherches et publications avaient hésité de confirmer ni d’infirmer une possible collaboration entre les ADF et l’EI. Qu’il y ait ou pas une collaboration entre les ADF et l’EI, le drame de Beni-Ituri dépasse tout entendement humain. Le rapport souligne qu’entre Janvier 2019 et Juin 2020, les ADF ont tué au moins 793 civils ; alors que les organisations de la société civile locale estiment ce nombre étant plus élevé. Cette tragédie mérite en soi une attention particulière avant qu’on ne pense à toute éventuelle collaboration entre ADF et l’EI. Selon le Bureau conjoint des droits de l’homme des Nations Unies (UNJHRO) considère que les crimes commis par les ADF peuvent constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. ADF a été récemment mis sur la liste de groupes terroristes par le Département d’Etat Américain.

Kasese, la région natale de Musa Baluku

Selon le rapport l’opportunisme qui conduira à cette collaboration entre ADF et l’EI trouve origine dans deux circonstances distinctes mais qui s’influencèrent au fur et à mesure. Alors qu’en 2018 l’EI perdait du terrain en Irak et en Syrie, le groupe a pensé restructurer ses provinces en consolidant ses territoires pour fusionner certaines provinces en divisions territoriales. Au même moment, les ADF faisait face a la crise interne après l’arrestation de Jamil Mukulu qui n’avait pas de visées islamistes mais plus préoccupé par la « libération » de l’Uganda. Ces deux événements conduiront à ouvrir une voie de rapprochement entre les deux groupes qui avaient peut-être de contacts dans les temps (my emphasis). Ce rapprochement conduira à la création de la Province de l’État Islamique en Afrique Centrale couvrant la RDC et le Mozambique.

La branche RDC est alors commandée par Musa Baluku alors que celle de Mozambique (en région Cabo Delgado) est dirigée par Abu Yasir Hassan. Musa Baluku est né en 1975 ou 1976 à Bwera (district de Kasese). Il est de la tribu Bukonjo de l’Uganda alors que la plupart d’autres commandants appartiendraient à la tribu Basoga. Baluku est Orphelin à l’âge de dix ans qui a reçu une éducation islamique à l’Institut islamique de Bugembe. Il a été, selon ce rapport, Imam d’une mosquée de Tabligh à Malakaz. Avec des ambitions exprimées de rejoindre le Jihad, la période pendant laquelle il a rejoint les ADF est estime être en 1994. Il serait alors parmi les anciens membres des ADF qui ont rejoint le groupe dans les années 1990. Il a d’ailleurs été le commandant adjoint de Jamil Mukulu. Bien que les auteurs du rapport précise que celui-ci est encore incomplet et analysant un phénomène complexe, il insiste sur le fait que sous la direction de Baluku, les ADF font actuellement partie de la Province de l’État Islamique en Afrique Centrale et que l’EI a formellement et publiquement accepté cette allégeance. Cette question nécessite alors d’y penser doublement.

NTANYOMA R. Delphin

PhD Researcher in Conflict Economics

The Institute of Social Studies/

Erasmus University Rotterdam

Twitter: https://twitter.com/Delphino12

Blog: www.easterncongotribune.com

About admin 398 Articles
PhD fellow @ErasmusUnivRotterdam/ISS: Microeconomic Analysis of Conflict. Congolese, blogger advocating 4r Equitable Redistribution of Ressources & national wealth as well as & #Justice4All #DRC In the top of that, proud of being "villageois"

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