Une force neutre dans la partie sud du Sud-Kivu doit remplir les exigences suivantes : primo, elle doit rassurer en termes sécuritaires tous les Etats de la région et ceux en confrontations dont la République Démocratique du Congo, le Burundi et le Rwanda, à une certaine mesure l’Uganda et la Tanzanie. Secundo, elle doit être équipée pour vérifier les lignes de front et avec mandat de protéger les civiles, et surtout les groupes vulnérables à la verge d’extermination. Tertio, elle doit disposer d’un mandat d’enquêter sur les atrocités commises en vue de prévenir les mêmes scenarios dans l’avenir.
- Prise d’Uvira & l’Idée de la Force Neutre.
Depuis février 2025, il s’est observé une forme d’accalmie sur les lignes de front en Plaine de Ruzizi, au sud du Sud-Kivu. C’était après la prise des villes de Goma et Bukavu en janvier et février 2025. La semaine passée (10/12/2025), les rebelles de l’Alliance Fleuve Congo – Mouvement du 23 Mars (AFC-M23) soutenus par le Rwanda ont pris le contrôle de la ville d’Uvira. La prise d’Uvira a été suivi par des condamnations et pressions diplomatiques, surtout venant des Etats Unis d’Amérique intimant le Rwanda de retirer ses troupes qui sont sur le sol Congolais.
Je vais dire, un groupe d’auto-défense ne garantirait pas tout le monde. Avais-je dit que la Monusco est « parfaitement » neutre ? Il y a quand même un degré de neutralité dont on doit discuter aussi longtemps que FARDC n’est plus à mesure. Il faut une solution moins politisée.
— Delphin R. Ntanyoma, Ph.D (@Delphino12) July 17, 2020
Quelques jours après prise d’Uvira, les rebelles du M23 ont décidé « unilatéralement » de se retirer dans cette ville. Des images qui nous ont été partagées montraient les rebelles quittant la ville d’Uvira à partir du 17/12/2025. Les rebelles ont posé quelques conditions pour que ce retrait soit effectif et garantir la sécurité autour des lignes de front. Les rebelles proposent la démilitarisation de la ville d’Uvira, la protection de populations et infrastructures ainsi que la mise en place d’une force neutre. Dans cet argument, il est question de réfléchir sur les critères que doit remplir cette force neutre.
- Exigences nécessaires pour une force neutre
Affirmer que les débats en coulisses continuent entre les Etats concernés par cette crise à l’est de la RDC et les médiateurs ne serait pas utopique. Au même moment, il a été rapporté qu’un sommet des Chefs d’Etats se tiendra à Kampala, ce dimanche 21/12/2025, pour discuter des risques de la dégradation du climat sécuritaire au niveau régional. Alors que les pays qui participeront ne sont pas encore connus, il est fort probable que le sommet réunira les pays de la Southern African Development Community (SADC) et ceux de l’East African Community (EAC). Peut-être que l’idée de mettre en place cette force neutre sera aussi approfondi au sein de sommet initie par le President Yoweri Museveni.
Tenue du sommet à l’initiative de @KagutaMuseveni confirmée. Les experts vont entamer les travaux et il va s’en suivre la réunion au niveau ministériel avant l’étape finale avec les chefs d’État. #RDC #Ouganda #CIRGL #GrandsLacs https://t.co/RTCJKAQrf3
— Stanis Bujakera Tshiamala (@StanysBujakera) December 19, 2025
Que doit alors remplir une force neutre dans ce contexte spécifique :
2.1 Garantir la sécurité des Etats concernés
Loin d’être seulement une crise interne en RDC, le conflit et la guerre actuelle implique plus les Etats de la région des Grands Lacs, dont la RDC, le Burundi, le Rwanda et a une mesure l’Uganda et la Tanzanie. D’une manière particulière, la prise d’Uvira a largement été conditionnée par les rivalités entre le Rwanda et le Burundi. Cette rivalité et confrontation au Sud-Kivu date des années 2015 et se sont accentuées ces derniers mois.
Pensez à une force neutre, c’est aussi garantir la sécurité a tous ces pays de la région, y-compris la RDC, le Burundi et le Rwanda. Mais, c’est la capacite de cette force et des médiateurs de comprendre les non-dits. C’est dans cette optique qu’il est important de voir les rivalités latentes ou qui sont difficilement exprimables. Ceci me fait penser aux rivalités entre le Rwanda et l’Uganda mais aussi la Tanzanie.
2.2 Equipement & Mandat de protéger les civiles
Le contexte socio-sécuritaire du sud Sud-Kivu est complexe. Il implique multiples conflits locaux dans lesquels, les compétitions et confrontations régionales s’y invitent régulièrement. Il y a de multiples groupes armés locaux et étrangers mais aussi l’armée nationale Congolaise qui s’attaquent souvent et très souvent aux populations civiles.
L’avancée du M23 reste d’actualité et attire l’attention du monde du fait de la participation du Rwanda derrière ce mouvement. Toutefois, les récentes confrontations au sud Sud-Kivu date des années 2015, a la suite des crises électoraux en RDC et au Burundi. Les populations locales ont longtemps souffert par soit l’incapacité de FARDC protéger les civiles soit par la complicité dans les attaques.
#Minembwe: la situation securitaire se déteriore pr une population sous menace d’extermination depuis 2017, FARDC étant parmi les commanditaires. J’invite @jumuiya d’y déployer une force neutre pr protéger les civiles @WilliamsRuto @KagutaMuseveni @SuluhuSamia @GeneralNeva (1/n) pic.twitter.com/ikp8aaYGLk
— Delphin R. Ntanyoma, Ph.D (@Delphino12) December 26, 2024
Il y a aussi de formes de violences qui visent de communautés perçues comme « étrangers » et « envahisseurs ». Des preuves probantes et récentes indiquent que les communautés Banyamulenge et Barundi sont spécifiquement visées. Ces communautés entrent dans la catégorie de ceux qui doivent être chassées de la RDC. Leurs conditions persistantes ouvrent de brèche pour ceux qui, soit penser à les rendre vulnérables et pour enfin instrumentaliser leurs situations ou soit par ceux qui croient toujours que leurs membres finiront par être chassés de la RDC.
Une force neutre doit être équipée de la manière de bien comprendre tous ces enjeux locaux et régionaux, à mesure de savoir qui a fait quoi et comment au moment opportun, et prête à répondre aux exigences de protéger les civiles avec un mandat robuste. La protection de civiles devra tenir compte de la vulnérabilité de certains groupes sociaux.
@fdnbbi ne doit jamais s’allier aux forces qui, idéologiquemnt, croient qu’il faut éliminer le #Banyamulenge. Tt déploiement doit éviter qu’atrocités commises par @Red_Tabara ne se repètent. J’insiste, @jumuiya @SADC_News devra déployer une force neutre pr protéger les civiles…
— Delphin R. Ntanyoma, Ph.D (@Delphino12) March 2, 2025
2.3 Enquêter sur les atrocités pour prévenir
Si de critiques existent sur le rapport mapping, il est au moins une base par laquelle ceux qui voudront comprendre les atrocités commises depuis 1993 jusqu’en 2003 ont un point de départ. Ces dernières années, et surtout vers 2015 et 2017 à nos jours, des nouvelles formes de violence ont secoué la région du sud Sud-Kivu. Certaines formes de violence présentent des signes qui visent à éliminer des groupes protégés, caractère génocidaire. Des groupes armés locaux, étrangers mais aussi des individus au sein de forces armées nationales de pays de la région ont activement participé dans ces violences.
La stabilité de cette région dépend de la manière dont cette force neutre pourra contribuer à résoudre les causes de violences et cela exiger comprendre les contours de celles-ci. Une force neutre sera efficace si elle reçoit un mandat d’enquêter sur les récentes atrocités dans l’optique de prévenir et rendre justice.
Conclusion
Une force neutre désignerait celle militaire ou de maintien de la paix, impartiale et non partisane entre belligérants locaux ou régionaux. Dans ce contexte spécifique du sud Sud-Kivu, elle est extrêmement nécessaire et il y a de cela plusieurs années. Comme aucun pays ne peut remplir toutes ces exigences, il sera impérieux qu’il y ait plusieurs pays contributeurs. Le plus important est que les pays médiateurs, les USA et le Qatar y jouent un rôle déterminant en termes de levier diplomatique, d’équipement et renseignements.
Delphin R. Ntanyoma
Twitter: https://x.com/Delphino12

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