Le HCR Discrimine-t-il la Communauté Congolaise Barundi au Burundi ?

En juin 2025, les représentants de la communauté congolaise Barundi, réfugiés au Burundi ont écrit (lettre ouverte dont nous avons reçu la copie) au Président Evariste Ndayishimiye pour dénoncer le traitement auquel ils font face vis-à-vis du Haut-Commissariat pour les Réfugiés (HCR). Dans cette lettre ouverte, les représentants de la communauté Barundi ont fustigé l’attitude discriminatoire de la représentante du HCR, Brigitte Mukanga-Eno, qui est en fonction depuis 2022.

En décembre 2025, Matabaro Ntawigira a sollicité le plaidoyer auprès de la Coalition pour la Défense des Droits Humains Vivant dans les Camps de Réfugiés (CDH/VICAR), une organisation basee au Burundi, en vue de trouver une issue sur cette question. Eastern Congo Tribune a contacté Matabaro pour comprendre les tenants et aboutissants de cette question. Pour compléter ses propos, nous avons sollicité la representante du HCR au Burundi pour avoir sa version de faits et nous la confronterons avec ceux de Matabaro.

  • Voudriez-vous vous présenter brièvement à nos lecteurs ?

Je m’appelle Matabaro Ntawigira, réfugié congolais vivant au Burundi depuis 2004 et porte-parole de la communauté des Barundi du Congo, une communauté de réfugiés congolais d’expression “Kirundi” présente dans plusieurs camps au Burundi, certains d’entre nous y ont obtenu l’asile depuis les années 2000 voire même avant.

À ce titre, je représente une population historiquement marginalisée en République démocratique du Congo en raison de sa langue et de son identité, et aujourd’hui confrontée, en exil, à une remise en cause préoccupante de sa nationalité congolaise et de son statut de réfugié.

  • En juin 2025, vous avez écrit (lettre ouverte) au Président de la République du Burundi. Quel était l’objet de cette lettre ?

La lettre adressée en juin 2025 au Président de la République du Burundi visait à alerter l’autorité suprême du pays d’asile sur une situation devenue dangereuse : depuis 2022, notre communauté est confrontée à des décisions et orientations du HCR Burundi qui remettent en cause notre Congolité, pourtant reconnue de longue date.

Nous ne demandions pas une ingérence politique, mais une vigilance institutionnelle, car ces pratiques créaient des tensions intercommunautaires, un sentiment d’insécurité et un risque réel d’apatridie, incompatible avec les obligations internationales de protection des réfugiés.

  • Pourquoi pensez-vous que le HCR vous discrimine ?

Nous parlons de discrimination parce que, de manière systématique depuis 2022, notre communauté a été :

  • ciblée par des doutes récurrents sur sa nationalité congolaise,
  • exclue ou marginalisée dans certains mécanismes de protection et des solutions durables au refuge prolongé dont le programme de réinstallation vers des pays tiers,
  • traitée différemment d’autres groupes de réfugiés congolais, uniquement en raison de la langue que nous parlons proche du kirundi parlé dans le pays hôte.

Cette logique reproduit en exil une persécution identitaire déjà subie en RDC, où notre langue a longtemps servi de prétexte pour nous considérer comme des « étrangers Burundais ».

  • Quelles sont les preuves de cette discrimination ?

Les preuves sont documentées et cumulatives :

  • exclusion de fait de certains programmes de protection et de solutions durables durant la période 2022-2024 ;
  • discours et comportements de certains réfugiés compatriotes congolais hostiles, encouragés ou décomplexés par ce climat institutionnel ambigu à l’égard de notre communauté ;
  • conséquences sécuritaires graves, dont des violences intercommunautaires et l’assassinat tragique d’une jeune réfugiée issue de notre communauté, vers fin juillet 2023 au Camp de Réfugiés de Kinama(Muyinga);
  • correspondances écrites adressées au HCR Burundi, au Bureau régional de Nairobi et à Genève, restées sans réponse ;

Ces éléments montrent que la discrimination n’est pas seulement administrative, mais qu’elle a eu des effets humains concrets.

  • Pourquoi vous être adressé directement au Président Évariste Ndayishimiye et non d’abord au HCR ?

Nous avons épuisé toutes les voies internes du HCR avant cette démarche. Des lettres ont été adressées :

  • au HCR Burundi,
  • au Bureau régional à Nairobi,
  • au siège du HCR à Genève, y compris aux départements Protection et Opérations.

Face à l’absence persistante de réponse, nous avons estimé légitime d’alerter le chef de l’État du pays hôte, non pas contre le HCR, mais pour prévenir une crise de protection et de cohésion sociale sur son territoire.

  • Quelle a été la réponse que l Président Evariste Ndayishimiye a réservée à votre lettre ouverte?

À ce jour, aucune réponse officielle formelle ne nous a été communiquée. Cependant, notre démarche a contribué à visibiliser la problématique dans l’espace public burundais (grâce aux interviews accordées aux chaînes locales) et à susciter un débat plus large sur le respect des principes de neutralité et de protection des réfugiés dans le cadre du mandat Onusien et en vertu de la Convention de Genève relative au statut de Réfugié.

  • Pourquoi vous êtes-vous récemment adressé à la Coalition pour la Défense des Droits Humains Vivant dans les Camps de Réfugiés (CDH/VICAR) ? Cela signifie-t-il que la discrimination continue ?

Oui. Le recours à la Coalition pour la Défense des Droits Humains Vivant dans les Camps de Réfugiés traduit le fait que la situation n’a pas été corrigée en profondeur.

Nous avons estimé nécessaire de solliciter des acteurs indépendants et crédibles afin de documenter les faits, préserver des preuves et éviter que cette affaire ne soit étouffée institutionnellement.

La discrimination n’est peut-être plus toujours explicite, mais ses effets structurels persistent.

  • À votre avis, que peut-on faire pour décanter cette situation ?

Trois mesures sont essentielles :

  • Une enquête indépendante et rétrospective sur les décisions prises entre 2022 et 2024 à l’égard de notre communauté ;
  • La réaffirmation claire de notre nationalité congolaise et de notre statut de réfugiés, sans ambiguïté linguistique ou identitaire ;
  • Le rétablissement de la confiance, à travers des mécanismes de protection équitables et transparents.

Nous ne demandons ni privilèges ni passe-droits, mais le respect strict des principes universels de protection des réfugiés.

Les détails à venir.

Eastern Congo Tribune team

Matabaro Ntawigira, est le Porte-parole de la Coordination des Mutualités des Réfugiés Congolais Barundi au Burundi. Pour contact, priere nous contacter.

About Delphin 486 Articles
PhD & Visiting researcher @POLISatLeeds, proud of being a "villageois". My interest: Peace, conflict, Genocide Studies, Minority ethnic groups, DRC, African Great Lakes region. Congolese, blogger & advocate #Justice4All in #DRC.

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