Il y a presque un mois que la localité « Point Zero » ou Point kilomètre Zero s’est fait entendre dans les réseaux sociaux comme une localité stratégique pour la bataille entre belligérants au Sud-Kivu. Point Zero n’est pas stratégique pour eux qui veulent contrôler (conserver ou s’emparer) le pouvoir à Kinshasa. Point Zero n’est que stratégique au vu du contexte socio-sécuritaire actuel dans les conflits qui opposent les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), Forces de Défense du Burundi (FNDB) & MaiMai (Wazalendo) contre Mouvement Républicain pour la Dignité des Peuples (MRDP-Twirwaneho), Alliance Fleuve Congo – Mouvement du 23 Mars (AFC-M23) et Rwanda.
Qu’est-ce que « Point Zero » ?
Le “Point Zéro” est une localité à la limite des territoires de Fizi et Mwenga, sur la chaîne de montagnes de Mitumba. La localité est située sur l’inexistante route venant d’Uvira-Fizi centre vers Mukera (Mugera), Mulima vers Minembwe – Mikenge (Mkenke) et Itombwe. La localité Point Zero est sur les hauteurs qui surplombent les villages de Minembwe. L’origine de ce nom « Point Zero » serait (si ma mémoire est bonne) liée au fait la localité est considérée comme point de départ de comptage des kilomètres vers Minembwe et Itombwe-Mwenga.

La localité est à une distance de de 18-20 kms (approximation) de derniers villages de Minembwe dont Rubemba, Bidegu et Kalongo (à titre d’exemple). Point Zero est devenu un village, et un carrefour en devenir à la suite de violence qui ont secoué les Hauts Plateaux de Minembwe, Fizi & Itombwe. Etant à une altitude qui approxime 3000 mètres, la région est tellement froide au point qu’il est difficile d’y vivre. Le choix actuel d’y vivre dans ces conditions climatiques a été dictée par les conditions sécuritaires.
Point Zero est connu aussi pour avoir une antenne de télécommunication Vodacom qui profite de l’altitude de cette zone pour couvrir une grande zone allant jusqu’à Minembwe et Mikenge. Actuellement, l’antenne ne fonctionne pas à cause de la coupure de réseau de téléphonie mobile. Pendant cette période d’affrontements, l’approvisionnement en carburant constitue aussi un problème qui n’est pas moindre.
Qui contrôle Point Zero ?
Durant les trois dernières semaines, Point Zero a fait l’objet de débat dans les journaux et médias (sociaux) entre les fanatiques de l’AFC-M23/Rwanda & MRDP-Twirwaneho et ceux de FARDC, FNDB & MaiMai. En février 2025, les FARDC qui étaient basés à Minembwe ont été délogé par Twirwaneho après que ce dernier groupe ait décidé de rejoindre officiellement l’AFC-M23. Des militaires FARDC chassés à Minembwe et Mikenge ont dû s’installer vers le Point Zero rejoignant des groupes miliciens MaiMai.
Ces déploiements FARDC ont été renforcés au fil de temps par d’autres forces, y-compris les unités de FNDB. A la prise d’Uvira, et l’avancée supposée de rebelles vers Baraka et Fizi et Kalemie (comme on le disait) avait fait que les gros des unités se retirent vers les moyens plateaux de Mutambala et Baraka. Des unités militaires FARDC-Wazalendo et FNDB étaient restées sur Point Zero comme déploiement tactique pour surveiller Minembwe. MRDP-Twirwaneho avait tenté avec un succès de quelques jours (deux semaines) de conquérir Point Zero au début de la deuxième quinzaine de janvier 2026.
Les trois dernières semaines ont connu d’intenses combats qui avancent vers Minembwe centre au point que la coalition gouvernementale atteignait les villages Kalingi, Bidegu et Kalongi. Les informations qui restent à vérifier indiqueraient que les combats se déroulent autour de Bicumbi, Rwitsankuku vers Point Zero. Il serait que les FARDC-FNDB-Wazalendo contrôle ladite localité Point Zero et que d’affrontements s’y approcheraient dans les jours à venir.
En quoi Point Zero est stratégique ?
Pour contrôler (conserver ou s’emparer) des rouages du pouvoir à Kinshasa, Point Zero n’est pas nullement stratégique. La localité ne l’est même pas quand il s’agit d’avancer ou de contenir l’avancée vers Fizi et Kalemie. Contrôler le Point Zero n’est point important même s’il s’agirait de contrôler militairement les moyens plateaux de Mutambala même Bibokoboko (Bibogobogo). Ceci pour une simple raison, Point Zero n’ouvre aucune voie viable vers toutes ces zones ci-haut citées. La meilleure façon d’avancer vers Baraka est et reste la voie sur la route RN5. Il y assez de raisons de croire que les rebelles qui ont été contraints de céder Uvira ne pourront pas s’hasarder d’avancer sur cet itinéraire qui présentent assez de difficultés et défis plus que celui d’user la RN5.
“Point Zéro” présente également une importance stratégique majeure, dans la mesure où il abrite l’unique antenne de Vodacom desservant l’ensemble des hauts plateaux de Fizi, y compris Minembwe. Contrôler ce point, c’est contrôler un nœud vital de communication pour toute la zone. https://t.co/n46PgWrykw pic.twitter.com/U8PFjVQ7on
— Benjamin Babunga Watuna (@benbabunga) February 17, 2026
Point Zero est en quelque sorte stratégique pour attaquer ou protéger Minembwe et ses environs. Pour les rebelles AFC-M23 et Rwanda, alliés du MRDP-Twirwaneho, il faut à tout prix protéger Minembwe pour éviter un « double blow » qui énerverait encore une fois l’allié distant Twirwaneho, apres Uvira. Pour les combattants Twirwaneho, Minembwe est le particulièrement symbolique en termes de leur résistance. Durant les huit dernières années, Twirwaneho s’est engagé à corps et a cru de protéger Minembwe.
Pour les FARDC, reconquérir Minembwe pourrait constituer une alternative de consolation devant les défaites multiples que l’armée Congolaise a connu ces dernières années devant la coalition AFC-M23/Rwanda. Pour les MaiMai-Wazalendo, ils croient que Minembwe est leur terre dont les « étrangers » veulent occuper ou annexer au Rwanda. Dans l’entendement des MaiMai-Wazalendo, perdre le Congo ne dérangerait pas s’ils parvenaient à récupérer Minembwe. Pour le FNDB, les Hauts Plateaux en général est un terrain géostratégique dans ce conflit qui oppose le Burundi au Rwanda.
La guerre et les affrontements militaires, couplés de la guerre technologique et de drones font de dégâts innombrables, où civiles sont les premières victimes de ces calculs politiques et sécuritaires. Dans tout ça, les fanatiques et les réseaux sociaux sont utilisés comme moyens de propagande, faire peur, applaudir sans savoir qui a gagné mais aussi imposer la façon de voir les choses.
Delphin R. Ntanyoma
Twitter: https://x.com/Delphino12

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