Dans les Hauts Plateaux de Fizi, Mwenga, Uvira et particulièrement à Minembwe, la situation sécuritaire s’est largement détériorée ces QUATRE derniers mois (décembre 2025 à nos jours). Toutefois, elle date de 2019 et a fait des dégâts innombrables. Depuis février 2026, la situation sécuritaire continue de se détériorer et la guerre s’est concentrée autour de Minembwe, localité majoritairement habitée par les membres de la communauté Banyamulenge.
Cette crise est, de fois, réduite et reportée comme une escalade militaire. Elle affecte actuellement autour de 30 à 40 mille personnes civiles (données qui restent à consolider). Derrière les affrontements et les mouvements armés, ce sont des communautés entières qui s’effondrent progressivement. Elles sont prises au piège d’une violence prolongée, d’un blocus et isolement humanitaire croissant.
Voici le tableau sombre de celle-ci de cette guerre :
- Blocus humanitaire
Les mouvements des populations au sein des localités de Minembwe se sont extrêmement restreints durant toute la période allant de 2019 en fin 2024. Pendant cette longue période, les membres de communautés dont leurs villages avaient été détruits à Minembwe (Territoire de Fizi), Itombwe (Territoire de Mwenga) et Kamombo (Territoire de Fizi & Mwenga), ont fini par se concentrer dans quelques villages dits de Minembwe-centre. De lors, il a été difficile d’accéder aux champs au-delà de 2 kilomètres du périmètre de Minembwe-centre.
Figure 1: Sitauation de Minembwe & Mikenge

Ce blocus humanitaire de 2019-2024 n’était pas si aigue comme il l’est actuellement. Bien que difficile et moins fréquents, des avions petit-porteurs atterrissaient et pouvaient apporter de biens de premières nécessités en provenance de Bukavu et Goma. Des commerçants ambulants, membres de la communauté Bashi principalement (et d’autres qui prenaient les risques) pouvaient voyager dans certaines zones et amener certains produits dont les populations locales pouvaient acheter aux prix raisonnablement élevés.
La situation sécuritaire a changé autour de février 2025. Les populations civiles de Minembwe ont été complétement contraints de ne plus se déplacer à cause du blocus lié aux affrontements entre groupes belligérants. Des avions ne pouvaient plus y atterrir et mêmes ces commerçants ambulants ne pouvaient que voyager pendant des longues nuits. Ce climat reste unique au point que les organisations humanitaires reconnaissent que leurs efforts pour ouvrir ce corridor humanitaire se sont heurtés à la mauvaise volonté politique des acteurs de la région.

Depuis le début de cette année et surtout vers la troisième semaine de janvier 2026, Minembwe est complétement isolé et sous blocus humanitaire. Les espaces de libre circulation se rétrécissent du jour au jour. Personne ne sort ni n’entre dans cette région. Il est impossible d’y faire entrer même des médicaments ni des produits des premières nécessités.
- Drones : Traumatisme & guerre psychologique
Depuis 2019, les populations civiles de Minembwe ont connu différentes formes d’atrocités, y-compris les tueries, la destruction de villages et maisons, l’anéantissement de bétails ainsi que le blocus humanitaire couplé par d’attaques incessantes. L’un d’éléments nouveaux dans cette guerre est l’usage de drones et de la technologie sophistiquée durant les attaques qui n’épargnent pas les civiles. De sources locales nous ont confié qu’entre janvier et mars 2026, il y a eu au moins une centaine d’attaques par drones.
Ces drones accompagnent d’offensives terrestres sur le terrain. Depuis fin janvier 2026, Minembwe est devenu une cible militaire et les forces belligérantes y trouvent une occasion de régler les comptes sur les dos des civiles (voir point 8 en bas). Ces attaques de drones et offensives terrestres combinées sont à l’origine de déplacement forcé de populations civiles (voir point 5 en bas). Ces drones tuent des civiles mais aussi leurs bétails. C’est devenu une guerre destructive, mais de plus en plus psychologique et traumatisant. On ne sait plus quand la bombe tombera sur une école, une maison ou dans un lieu de rassemblement.
Alors que les parties belligérantes ont toutes les capacités d’user des drones, on assiste à une tendance pour les parties de les associer à la partie adverse. C’est devenu courant que Kinshasa et Goma-Kigali se rejette la responsabilité d’attaques même dans les conditions ou il aurait été facile de savoir qui a attaqué.

Les populations civiles de Minembwe n’ont pas de drones et ne penseraient même pas à s’en procurer. Elles n’ont même pas la capacité de savoir qui aurait télécommandé un drone pendant ni pendant la nuit ni pendant la journée. Les faits sont, il y a des attaques des drones et les civiles en souffrent. Il faut au moins une entité habilitée et ayant cette volonté de déterminer d’où est venu l’attaque, si non, des communautés s’effondrent dans le traumatisme.
- Raréfaction des médicaments
Le blocus humanitaire a de graves conséquences sur l’approvisionnement en médicaments, matériaux et équipements médicaux. Des sources bien informées indiquent que des enfants meurent de conditions inhumaines, de femmes enceintes sont exposées à toutes les éventualités. Dans un contexte de guerre extrêmement complexe, on dénombre actuellement des centaines de blessés (centaines en nombre et non estimation) qui n’ont pas de moyens d’être évacués. Imaginez que même la Croix-Rouge (CICR), Médecins du Monde, Médecins Sans Frontières n’ont pas accès à ces blessés et sinistres.
- Flambée des prix de produits de base
La forme “d’accalmie” qui avait suivi la prise de la ville d’Uvira (décembre 2025) par les rebelles de l’Alliance Fleuve Congo – Mouvement du 23 mars (AFC/M23) a fait que certains commerçants se procurent quelques produits qu’ils vendent. Aujourd’hui, les prix des produits essentiels ont explosé, rendant la survie au quotidien de plus en plus difficile. Le savon, le sel ou le sucre atteignent des prix hors de portée pour la majorité des familles. Leurs prix vont dans l’intervalle de 25 $ à 30 $ la tige du savon ou le kilo du sucre ou du sel. Quel que soit ces prix exhorbitant, ces produits sont devenus introuvables.
- Famine & non-accès aux champs
Trois éléments font que la population de Minembwe fait face à une famine qui tend à devenir plus aiguë dans les jours qui viennent : premièrement, le blocus humanitaire fait que ces populations ne consomment que ce qui est produit dans la zone avec le danger de ne plus trouver les produits de base comme sucre, sel… Deuxièmement, Minembwe et les Hauts Plateaux sont devenus des zones d’opérations et de confrontations militaires. Il y a des milliers de combattants (militaires) qui n’ont pas où s’approvisionner et doivent trouver à manger par tous les moyens. Des combattants et militaires de toutes les forces belligérantes s’appuient largement sur les récoltes de populations civiles pour survivre.
Troisièmement et particulièrement, la guerre a encore une fois déplacé les centaines de familles qui ont dû abandonner leurs champs. Par exemple, des populations civiles qui avaient trouvé refuge dans la localité de Mikenge (Mikenke) depuis octobre 2019 ont dû finalement fuir les violences en mi-février 2026. Ils se trouvent tous coincées dans ce blocus humanitaire à Minembwe-centre. Des villages environnants dont Kalingi, Bidegu, Gakenke, Ilundu ont dû fuir leurs villages et n’ont plus accès à leurs champs (voir figure 1). Toutes ces populations s’ajoutent à ceux-là qui ont été de déplacés internes depuis 2019.
- Fermeture d’écoles
Depuis 2019 au début 2026, des écoles dans les Hauts Plateaux de Fizi, Mwenga et Uvira ont difficilement fonctionné. Des parents dépouillés de presque tout, de familles forcées de fuir leurs localités et constamment attaques, ont connu assez de défis pour s’adapter et trouver les moyens pour subvenir à tous les besoins. Les membres de la diaspora ont su intervenir pour appuyer les familiers.
Les conditions sécuritaires actuelles ont fait toutes les écoles, primaires, secondaires et universitaires interrompent et cela depuis mi-février 2026 (nous ont confié les sources locales). Les parents et les écoles se sentent de plus en plus en insécurité et craignent qu’a tout moment, des écoles pourront être cibles d’attaques drones. La récente attaque « drone » qui a tué des centaines de vaches dans la localité d’Ilundu, s’est effectuée à quelques mètres d’une école primaire et secondaire d’Ilundu. Des cas similaires se sont produits dans plusieurs autres localités de Minembwe ou d’attaques n’épargnent ni civiles ni leurs propriétés.
- Qui de Kinshasa & Goma-Kigali est responsable ?
Depuis quelques temps, il s’observe un phénomène extrêmement inquiétant. Devant les tribunes des Nations Unies à Washington, dans les forums académiques, sorties médiatiques et mêmes le débat au sein des plateformes de médias sociaux, Kinshasa et Goma-Kigali ont optée de placer la communauté Banyamulenge au centre de leurs confrontations. Banyamulenge de plus en plus coincés entre le marteau et l’enclume.
D’une part, Olivier Nduhungirehe, ministre des Affaires Etrangères du Rwanda ou l’équipe de Corneille Nangaa continuent d’accuser Kinshasa ― FARDC et allies ― de commettre d’atrocités contre les civiles, membres de la communauté Banyamulenge. Nduhungirehe et l’équipe Nangaa ne répondent pas (ne font jamais allusion) au rôle du Rwanda derrière les atrocités commises par les groupes Burundais comme Red-Tabara (entre 2017 et 2024).
Note: le Gouverneur du Sud-Kivu (gouvernement), Jean Jacques Purusi, s’exprima sur la situation de Minembwe et attaques de drones (02/04/2026) Kinshasa.
D’autre part, Muyaya, ministre de la Communication de la RDC et son équipe avaient longtemps minimisent ou du moins rejeter l’existence de discours de haine contre cette catégorie de populations Congolaises. Son discours est en train de changer vers un ‘narratif’ qui accuse tout au Rwanda. Des sorties médiatiques s’organisent avec pour mission, faire croire à l’opinion que le Banyamulenge sont simplement victimes des agissements du Rwanda et particulièrement que le Rwanda veut créer un chaos autour de cette communauté pour s’en servir.
Il y a un danger derrière ces nouveaux modèles de communications et d’accusations mutuelles. Banyamulenge, on parle de cette population à haut risque, largement perçue comme « étrangers » dans leur pays et prise entre les feux de plusieurs belligérants, y-compris le Mai-Mai. Il y a assez d’inquiétude que dans ce contexte tellement incertaine et complexe, les civiles Banyamulenge pourront continuer à être pris entre l’étau et toutes ces atrocités vont servir de justifications d’accusations mutuelles. Ceci amené à donner un aperçu des acteurs impliqués dans ce conflit.
- Acteurs régionaux et locaux
La guerre autour de Minembwe oppose directement les forces militaires de pays de la région de Grands Lacs d’Afrique et/ou par procuration. Il s’agit des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (RDC), les Forces de Défense Nationale du Burundi (FDNB) et les Forces de Défense du Rwanda/Rwanda Defense Forces (FDR/RDF). Les FDNB sont alliées au FARDC.
Cette guerre implique aussi des groupes armés locaux et étrangers. Pour rappel, il y a les miliciens MaiMai (dits actuellement Wazalendo) alliées aux FARDC. L’Alliance Fleuve Congo – Mouvement du 23 Mars (AFC/M23) et le Mouvement Républicain pour la Dignité des Peuples (MRDP) anciennement Twirwaneho et alliés au RDF. Il y a aussi plusieurs groupes burundais dont la Resistance pour un Etat de Droit (Red-Tabara), les Forces Nationales de Libération (FNL). Le degré de participation et d’alliance entre ces groupes locaux et étrangers est dynamique et dépend du contexte sécuritaire. Le rapprochement de Red-Tabara et FNL avec le Rwanda les place dans l’alliance et proche de l’AFC/M23. Les Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR) se rapproche du cas FARDC/FDNB.
Une question a casse-tête c’est la collaboration entre le MRDP et le Red-Tabara – FNL. Durant la période de 2017 à 2024, Red-Tabara et FNL ont largement participé dans les atrocités contre les membres de la communauté Banyamulenge, ce qui rend difficile les efforts de rapprocher ces groupes.
Conclusion
Aujourd’hui, la crise de Minembwe n’est plus seulement une question de sécurité. Cette crise continue de s’enfoncer et devient de plus en plus une crise humaine profonde où de milliers de civiles vivent un blocus humanitaire imposé consciemment par les belligérants. Des centaines de blessés n’ont pas accès aux soins de santé et de vis périssent alors que le droit humanitaire international leur permet de se faire soigner.
Delphin R. Ntanyoma
Twitter: https://x.com/Delphino12

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