De Kamerhe à Bulambo : La Jeunesse appelle les Politiques à l’Ordre Communautaire ?

En République Démocratique du Congo, la politique ou la « comédie congolaise » se dissocie difficilement avec les groupes ethniques/communautaires. C’est bien sûr un héritage lointain dont on aura difficile à se débarrasser. Les représentants du peuple deviennent facilement ceux militant pour les intérêts de leurs ; provinces à moindre mesure, ethnies, clans, familles…ou ceux vus comme tel. C’est dans cette optique que les jeunes Balega/Lega/Warega s’en prennent à Bulambo Kilosho Jean Marie dont ils sollicitent sa prise de conscience en abandonnant le Président Joseph Kabila. L’article essaie de situer, dans le contexte spécifique, l’origine de cet entendement de la jeunesse.

L’erreur d’appréciation de la part des gouvernants depuis l’époque coloniale est qu’ils communiquent indirectement avec le peuple à travers ces relais qui sont les hommes/femmes dits influents. Ce décalage a souvent été à l’origine de deux conséquences complémentaires. Les réalités à la base ne sont pas forcement celles que la hiérarchie et Kinshasa « palpe » dans ses mains. D’autre part, la base ne voit que ce relais à la place et lieu d’un système politico-administratif qui fonctionne  en tant que tel. Voila pourquoi le bloggeur reste le défenseur du fédéralisme comme mode approprié pour mieux nous servir de ce contexte socio-culturel.

 

La province du Sud-Kivu va bientôt élire son gouverneur ainsi son adjoint. Longtemps considéré comme le fief du Président Joseph Kabila, les donnes changeant superficiellement au Sud-Kivu quand Kamerhe décida de quitter en 2009 son ancien ami, Joseph Kabila. Le ralliement de Sud-Kivutiens derrière Kamerhe n’est pas forcement guidé par le sens qui va au-delà d’affinités socioculturelles comme tel est le cas pour la plupart des hommes et femmes politiques de la RDC. Dans l’ensemble, les fiefs sont les provinces d’origines ou les communautés ethniques. Indépendamment de certains doutes en rapport avec son origine, son appartenance à la communauté Bashi confère à Kamerhe ces prérogatives d’être largement soutenus a Bukavu, mais pas a Shabunda, Mwenga ou spécialement à Mweneditu.

A moindre mesure, ceux du territoire de Kabare diront qu’il est de Walungu et qu’il doit trouver son soutien en dehors de leur territoire. Il n’est pas facile que ce dernier soit applaudi à Kaziba s’il est à coté de l’ancien Gouverneur Basengezi Katintima ou s’il arrive dans le grand fief de Lukwebo Bahati. Il s’agit des réalités de la « comédie congolaise » où chacun se voit porteur de doléances de sa petite communauté. Telle est la raison derrière toutes ces tractations incessantes autour de postes dans le gouvernement central à Kinshasa mais aussi il se manifeste clairement dans ces cabinets politiques. Prière de visiter les cabinets de ministres, l’expérience prouve pourquoi votre communauté doit avoir un ministre.

Les anciens alliés deviendront-ils de concurrents ou adversaires ? C’est la demande de la jeunesse Barega à leur « représentant » à Kinshasa, Bulambo Kilosho Jean Marie. L’intégralité de ce document dont il est difficile de prouver son authenticité est à retrouver sur ce lien (link, jeunesse Balega envers Bulambo). Ces jeunes reprochent à Bulambo l’erreur d’appréciation de cet Honorable député, natif de Mwenga, membre du Gouvernement Matata I (économie nationale) ainsi que de Samy Badibanga (Pêche & Elevage) d’avoir choisi Kabila. L’homme politique qui est ‘mis sur la sellette’ a aussi occupé plusieurs fonctions au sein de l’administration fiscale du Sud-Kivu mais aussi au niveau nationale.

Dans ce document, ces jeunes rappellent deux faits qui attirent l’attention pour celui qui est informé du contexte socioculturel de la Province du Sud-Kivu. D’une part, cette jeunesse rappelle qu’en dépit de l’effort fourni par Bulambo pour soutenir le Président Joseph Kabila depuis 2005, ce dernier n’a cessé de se rapprocher de la communauté Bashi, on dirait malheureusement. Ce rapprochement au sens unique se fait alors que Kamerhe et sa communauté ont choisi de rejeter Kabila. Le deuxième aspect est celui du choix  des « petits frères » Babembe qui n’ont plus Kabila dans leur agenda électoral, mais ils en ont reçu de celui-ci le poste du Directeur de Cabinet à la Présidence, du nom de Néhémie Mwilanya. Et enfin de conclure par extrapolation, rejeter Joseph Kabila ne signifie pas la fin du monde, mais plutôt le rejet s’accompagnerait par des récompenses. L’un de camps est soit la sympathie envers la communauté Bashi ou la nomination de Néhémie Mwilanya.

Ville de Bukavu (fief Warega/Bashi)

La lettre a certaines limites mais elle renferme de réalités qui prouvent que le pouvoir en place doit inévitablement s’occuper de son peuple dans l’immédiat et directement. Devant les enjeux―défis politiques, sociaux et économiques du moment, le Sud-Kivu élit le gouverneur dans quelques semaines. Il est difficile de dissocier le positionnement politique par rapport à ce poste cher au niveau provincial ainsi que les rivalités Bashi-Barega à Bukavu. Ensuite, il est vrai que la majorité de Barega vit dans la précarité énorme comme l’est le reste de la population locale du Sud-Kivu et celle de la RDC en général. Toutefois, les jeunes au 21e siècle ne devront plus se renfermer dans les cercles restreints de l’ethnicité. Cette demande―mise en garde aurait été adressée à l’ensemble de la classe politique Sud-Kivutienne, au besoin conçue par l’ensemble de jeunes appartenant à toutes les communautés.

Je doute fort que rejeter un personnage politique devienne l’unique voie de sortie de problèmes que connait notre peuple ; il me faudra du temps pour en être convaincu. En plus de cela, il me semble que les problèmes congolais dépassent bien les mandats présidentiels ainsi que la personne de Joseph Kabila, comme Président de la République. Je me sens perplexe d’affirmer que le salut de Barega se trouverait dans les mains de Bulambo et son choix d’adherer à tel ou tel regroupement politique. Ce raisonnement s’applique aux plusieurs cas similaires. Toutefois, cela n’exclut pas la vérité en face comme quoi nous devons reconnaitre la responsabilité en tant qu’hommes/femmes politiques durant tous nos engagements. Pour    quoi ces politiques doivent embarquer leurs ethnies et enfin y gagner seul(e)s leurs vies ? Aux Béninois de répondre ?

Ce contexte politique Congolaise renseigne souvent que les actions de la jeunesse sont conçues par « manipulation » au besoin de ceux-là même qui veulent se créer de l’espace en se plaçant dans la position victime.  L’absence du gâteau personnel peut enfoncer toute une région/ethnie dans la confrontation. J’insiste encore une fois, les jeunes ont besoin de se faire un meilleur avenir et l’état doit y veiller avec stricte attention. Nos politiques devraient faire un sursaut et éviter de faire brandir tout le temps le seul bouc émissaire du désordre congolais. Enfin, mon souhait imminent serait de voir cette jeunesse appartenant à de différentes communautés ethniques de dépasser ces rivalités insensées qu’a connu notre pays et particulièrement notre province. Il serait parfait et un acte à applaudire si les Barega plaident la cause de Bafuliro, Banyindu, Banyamulenge, Bavira, Bashi, Bahavu, …et vice versa.

Ntanyoma Rukumbuzi Delphin

PhD Researcher in Conflict Economics

The Institute of Social Studies/

Erasmus University Rotterdam

Twitter: https://twitter.com/Delphino12

Blog: www.edrcrdf.wordpress.com

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