« Guerre Imminente » dans le Haut Plateau d’Itombwe-Minembwe: Complicité de l’Armée Nationale ?

La guerre n’a pas de formule magique pour la gagner. Il suffit peut-être savoir exploiter les faiblesses de la partie adverse. Les affrontements de Bijombo, Itombwe, Kamombo et Minembwe vont dans l’avenir proche prouve cette magie.  Evénements  Récents: Semaine Passée dans Itombwe-Minembwe

Dans la nuit du 7-8/9/2019, le groupe Maimai dit Mtetezi Kibukila Trésor, connu sous le nom d’Ebuila a attaqué et incendié pour la deuxième fois les villages Tulambo, Kibundi, Marunde, Mikenke, Kivogerwa, Bijanda, Makutano… On a signalé au moins 8 personnes tuées dont une vieille maman morte à la suite de blessures causées par les éléments de l’Armée Nationale. Ces attaques ont déjà fait une quinzaine de blessés et de milliers de vaches allant autour 700-1000 razziées par ce groupe durant ces deux jours. Le Général auto-proclamée Ebuila fut, il y a quelques mois, l’adjoint du Général Yakutumba. Après une forme de dissension interne et l’affaiblissement du Coalition Nationale du Peuple pour la Souveraineté du Congo (CNPSC), Kibukila Mtetezi s’installe dans sa région natale de Kipupu depuis 2018. Au sein de son nouveau groupe, il serait actuellement secondé par René Itongwa Bienfait.

La présence du Colonel auto-proclamé Gumino du nom de Mugaza Semahurungure Kimasa dans la région de Tulambo justifie cette attaque selon les explications données par Maimai. Ce groupe Mtetezi ait soupçonné aussi la présence d’éléments en « formation militaire » dans les environs. Durant ces affrontements, le Colonel Semahurungure est blessé dans les circonstances qui deviennent de plus en plus floue à la suite de la communication de la Radio Maendeleo de Bukavu. Il succombe de ses blessures après plusieurs heures passées sur une barrière alors qu’une ambulance devait l’amener à l’hôpital de Minembwe.

Tensions à Minembwe centre aujourd’hui le 11/9/2019: A la suite de l’attaque chez Willian Etabu. D’échauffourées ont fait 4 blesses (Photo:MbSt).

Le Colonel Semahurungure est celui qui tua le chef de localité Kawaza Nyakwana en date du 4 Mai 2019 à Mikalati. Depuis la mort de Kawaza, la situation s’est dégradée au point que des localités sur une distance de 50 Kms avaient été attaquées sous cette impulsion de venger Kawaza. Parmi ces localités attaquées entre Mai-Juin 2019, les villages cités hauts avaient totalement étaient dévastés. Cette deuxième attaque détruit les maisons que les paisibles citoyens essayent de reconstruire pour s’installer après une forme de garantie que les Forces Armées veilleront à leur sécurité. Une résilience des populations locales qui trouvent difficilement l’appui de forces de sécurité.  

Dans la nuit du 9-10/9/2019, une famille Banyindu dans le village Kalingi est attaquée par des hommes inconnus. On signale un mort sur la scène et un deuxième mort à l’hôpital de Minembwe. Cette attaque de Kalingi suscite déjà des réactions de la part de groupes affiliés aux communautés en accusant l’adversaire éternel. On fait étant de menaces de représailles qui se font signaler. Durant cette attaque de Kalingi, au moins 5 personnes ont été blessées. La nuit du 10-11/09/2019, plusieurs crépitements des armes se sont fait entendre dans les localités de Minembwe Centre (Gitavi et Madegu). Il serait que la maison du Vice-Président de la Société civile à Minembwe a été visée et une femme qui serait sa sœur a été blessée. Le Président de cette société civile a Minembwe fait déjà quelques mois dans la clandestinité. Dans la foule, on parle de menaces par téléphones et SMS qui visent les journalistes mais aussi les agents des hôpitaux pour de raisons à vérifier. La journée du 11/9/2019 a été très tendue dans le Minembwe Centre au point que les communautés se sont rangées en groupes adverses ; et c’est la première fois depuis plusieurs années. On tend à s’accuser mutuellement comme quoi, l’insécurité est entretenue à dessein.

Depuis hier soir 10-11/9/2019, les éléments Mtetezi en compagnie de leurs alliés ont attaqué encore une fois la région de Mibunda (Nkango, Bakura, Lisansi,….)[1]. On en signale des dégâts humains, mais particulièrement des villages incendiés et plus de 700 vaches razziées. Dans la localité de Mikenke, on a signalé une incursion Maimai qui a visé les éleveurs et une centaine de vaches ont été emportées. Dans cette même zone, une femme a été kidnappé et son chauffeur (motard) libéré sur fonds d’appartenance ethnique. Les éléments en arme sont autour de Minembwe, dans tous les axes de ce centre abritant la Commune Rurale la plus contestée. Plusieurs signaux montrent qu’une attaque pourra visant encore une fois les localités de Minembwe centre qui constitue l’abri de milliers de déplacés internes.

Une vue de la Zone de Mibunda, vers Makutanao/Itara (Photo: Del)

Ces nouveaux développements entrent dans la suite d’événements qui visent les individus appartenant à toutes les communautés de cette région. Il avait été reporté que dans les trois semaines passées, au moins 5 ont trouvé la mort dans des circonstances floues. Certains sont tombés dans des embuscades dont on croirait tendues pour les éliminer ; d’autres morts lors de razzias de vaches mais aussi d’attaques qui peuvent se conscrire dans les règlements de compte personnels. Toutefois, dans un contexte volatile caractérisé par une polarisation à caractère communautaire, l’interprétation est que la partie dite adverse est responsable ; cela qui conduit à des formes de représailles perpétuelles. Ces tueries dans les circonstances seraient orchestrées à partir de boîtes qui veulent créer la terreur dans les communautés afin de justifier leurs actions à venir.

De l’Implication de Groupes Armés ?

La présence des groupes armés étrangers et locaux dans la région sont en grande partie soupçonnés d’être derrière ces attaques. D’un côté, il y a les groupes dits Burundais dont Resistance pour un Etat de Droit au Burundi (Red-Tabara), Forces Populaires du Burundi (FPB) connu il y a quelques années sous Forces Républicaines Burundaises (FOREBU) et Front National de Libération (FNL/Nzabampema). Les sources sur le terrain font étant de la participation active du groupe Burundais Red-Tabara aux côtés de Mtetezi Kibukila, et plus précisément le groupe du commandant connu sous le nom de Gisiga. De l’autre côté, les sources locales avaient pointé à la présence des éléments proches du Général Kayumba Nyamwasa, dissident de Paul Kagame qui serait proche de Gumino. Depuis plusieurs semaines, ils auraient fait mouvement vers Mwenga-Kalehe pour de raisons inconnues. Serait-il que d’éléments insignifiants sont encore dans le Haut Plateau d’Itombwe ? Avec une moindre probabilité. Toutefois, la présence de ces groupes étrangers implique directement les deux pays voisins de l’Est dont le Rwanda et le Burundi.     

De l’autre, il y a les Maimai et Biloze-Bishambuke recrutant largement au sein de communautés Babembe, Banyindu, Bafuliiro ; et Gumino et Twirwaneho ayant dans ses rangs largement les membres de la communauté Banyamulenge. Ces groupes locaux se sentent moins menacés par la présence des positions de FARDC dans la région. De surcroit, leur processus d’intégrer l’armée nationale ou désarmer avait été entravé par un choix au sein de l’appareil de l’Etat ; et l’objectif derrière de ce choix reste moins clair.

Emergence de Mtetezi dans Itombwe & Complicité de l’Armée Nationale ?

Les incidents récents d’Itombwe peut servir d’exemple de la manière dont les FARDC ouvrent de brèches pour toutes les spéculations possibles de son rôle. Depuis sa dissension avec Yakutumba, il s’est installé à Kipupu (Gipupu). Alors que son groupe attaquait les villages de Tulambo ce weekend, ses hommes ont traversé plusieurs positions de FARDC à Kipupu ainsi que d’autres qui sont dans les alentours. Les sources locales soulignent que ses positions dans les environs de Kipupu n’ont jamais été la cible d’une quelconque attaque de la part des forces armés. Ce constat contredit largement l’interprétation comme quoi certains groupes armés dans la région avait trouvé une sympathie de la part de FARDC.

Approximation des villages attaqués par rapport aux positions FARDC (en rouge). XX montrent les villages attaqués et incendiés, des vaches razzies. Toute les localités derrière Bakura et Lisansi (5 villages ont été tous incendiés)

Ces genres d’accusations ont conduit à la décision de muter certains commandant militaires dits Banyamulenge. Pour la plupart, on les soupçonnait de ne pas être ferme par rapport au Gumino. Alors que la question était dans le temps et en partie liée aux menaces que posaient un groupe armé par rapport aux FARDC, le lien de familiarité y aurait joué un rôle mineur. Si non, les FARDC n’aurait pas attendu des années pour « combattre―déloger » les éléments de groupes armés Burundais dans le Plateau d’Uvira. Dans le même ordre d’idée, la question se pose sur comment identifier un militaire au sein de FARDC qu’il est natif ou pas de la région et si réellement, il pourra entrer en connivence avec les groupes armés. Des sources sur place ont signalé une relation étroite, de premier degré entre le commandant de Bataillon basé à Mikenke et le Général Mtetezi Kibukila. La question serait ailleurs car les accusations contre le Colonel Katembo n’ont rien à faire avec les relations de famille mais peut-être une complicité pour de fins non avouées.  

Mtetezi Kibukila avait décidé de se rendre à la suite probable des élections de 2018. Kibukila décide de déposer son cahier de charge aux représentants du gouvernement et s’installe pendant plusieurs semaines a Kafulo (30 Kms de Baraka) attendant son intégration ou désarmement. Ses éléments se méconduisent selon le porte-parole de FARDC ; ce qui poussa l’armé à l’attaquer. On peut comprendre que les éléments en processus d’intégration se sont méconduits peut-être pour de raisons d’accompagnement difficile ; mais, la réponse n’était pas de tirer sur lui. 6 personnes dont l’épouse de Mtetezi trouvent une mort durant cette attaque dont les justifications n’ont pas été convaincantes. C’est alors que Mtetezi rentre dans son fief qui est les environs de son village natal. Le General Mtetezi comme tout chef des groupes armés dans la région est devenu maitre de presque tout.

Mtetezi a l’occasion d’occuper même les fonctions du Procureur de la République ou de la Police Nationale Congolaise. De son passage de Kipupu vers une destination inconnue qui aurait été Mutambala, Mtetezi visita l’Hôpital de Mikenke, le 03 Août 2019. La veille de cette visite, les humanitaires de Médecins Sans Frontières (MSF)[2] en provenance de Kipupu vers Mikenke avaient été visé par une attaque d’assaillants qui a emporté des matériels et de l’argent. Son passage à l’hôpital de Mikenke et le discours tenu en s’entretenant avec plusieurs personnes, y compris les agents de l’hôpital, avait présagé que sa présence dans la région pourra conduire aux nouveaux affrontements. La suite d’événements conduit à l’assassinat de Mlomboci Zakayo dans les environs de Mikenke (Bukunji). La mort de Zakayo crée encore une grande suspicion entre les communautés et le Général Mtetezi Kibukila promet d’y répondre fermement. La population locale commence à faire des mouvements vers Mtambala et Minembwe alors que chaque jour ne passait pas sans qu’on ne signale les vaches pillées par les hommes en armes. C’est dans ce contexte tendu que les affrontements actuels sont menés alors que les FARDC semblent prendre une indifférence totale devant une tragédie qui affecte largement les populations civiles.

FARDC sont déployés sur presque l’ensemble du Secteur d’Itombwe à partir de Kipupu (le Quartier Général de Mtetezi), Mikenke, Kibundi, Nazarethi, Nyarurambi, Makutano, Bakura., Tabunde, Kidasi, et Nyarubombeko. Il s’agit de villages distants tout au plus d’une heure – une heure et demie entre une position militaire et une autre proche. Ces militaires avaient été déployés pour sécuriser les populations civiles ; et sur ordre du Commandant Supreme des FARDC, le Président Felix Tshisekedi. Que les groupes armés aient recrutés parmi les communautés, que les communautés semblent accommodées les membres de groupes armés (souvent par peur de force), rien ne justifie que l’armée nationale observe indifféremment les villages de paisibles citoyens entrain d’être dévastés, incendies… Rien ne peut garantir son impartialité quand la population locale voit leurs propriétés privées passent autour de camps militaires comme si des corridors ont été établis pour cette fin. Ces propriétés sont souvent de milliers de vaches dont on ne peut en aucun cas emballer dans une poche ou porte-monnaie. Cette attitude est condemnable, mais elle ouvre une brèche à toutes les spéculations possibles mais aussi à une crise de confiance totale ; signe précurseur de se prendre en charge.

Signes Précurseurs de l’Imminence de la “Guerre Ouverte” ? 

La suite des événements depuis 2015 dans la région de Bijombo, Itombwe, et Minembwe prouve que la région tend vers la dernière étape pour que tout éclater. Toutes les batteries sont mises en marche pour que les parties en conflit se décident d’annoncer ouvertement leurs couleurs. L’impartialité―neutralité de l’armée nationale Congolaise sont remises en cause par toutes les parties sur fond d’appartenance ethnique de certains commandants militaires. Il est à ce stade difficile d’affirmer que les Forces Armées Nationales Congolaise (FARDC) ont un parti-pris ; mais de toute évidence, l’armée n’est pas à la hauteur de répondre à ses missions régaliennes de protéger les populations locales.

Toutefois, son indifférence devant l’accroissement des groupes armées étrangers pousse plusieurs observateurs de voir une certaine complicité dans les événements qui endeuillent cette région du pays. A cela s’ajoute le fait que le FARDC en mission d’Operations militaires, décidées par le Président de la République comme étant urgentes, n’interviennent que tardivement ou n’interviennent pas carrément. L’insensibilité d’une armée nationale devant les cris d’alarmes de la population locale me semble surprenant. La manière dont ces forces armées ouvrent de corridors pour les groupes armés en les laissant circuler librement quand bien même ils ont razzié les propriétés privées de paisibles citoyens ouvre un chapitre vers le désastre. Il est temps que tout celui qui est soucieux de la paix dans cette région interpelle la responsabilité de l’Etat avant tout carnage.  

NTANYOMA R. Delphin

PhD Researcher in Conflict Economics

The Institute of Social Studies/

Erasmus University Rotterdam

Twitter: https://twitter.com/Delphino12

Blog: www.easterncongotribune.com

[1] Les villages suivants ont été complétement incendiés par le groupes Mtetezi Kibukila avec ses allies Red-Tabara: Rinjanja, Bijanda, Ruvumera, W’Imbogo, Tulambo, Marunde Kibundi, Marunde kwa Rujanika, Marunde kwa Mushambaro, Marunde kwa Muzerwa, Kigazura, Gatenga, Kivogerwa, Rushasha, Bijanda, NkangoI, II, III, Bakura, Kwa Kabemba, Maranda, Nyarurambi, Murambi, Rukwiza, Lisansi

[2] ] Dans le cadre de ses interventions urgentes en Itombwe, MSF avait passee 12 semaines (du 10 juin au 31 août 2019) dans les environs et realisee un grand travail qui est : Admissions au sein de l’Hôpital général de référence d’Itombwe : 1.588 ; Consultations externes : 10.306 ; Accouchements assistés : 228 ; Références sur Bukavu : 

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PhD fellow @ErasmusUnivRotterdam/ISS: Microeconomic Analysis of Conflict. Congolese, blogger advocating 4r Equitable Redistribution of Ressources & national wealth as well as & #Justice4All #DRC In the top of that, proud of being "villageois"

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